Inicio
PROGRAMME 2023-2024
Cette année, nous suivrons trois fils conducteurs
- L'étude du séminaire de Charles Melman sur la névrose obsessionnelle
- Les topos de Grothendieck et leurs applications éventuelles à la théorie et à la pratique psychanalytique
- Le séminaire de Jacques Lacan sur La lettre volée.
et nous démarrons le 30 septembre par une séance spéciale consacrée à la question de la fin de vie médicalement assistée.
Les dates pour cette annĂ©e : samedi de 9h Ă 12h30, Ă partir du 30/09, 18/11, 16/12/2023 puis les 13/01, 27/01, 23/03, 27/04, 25/05, 08/06/2024Â
Christian Escriva, que nous avons reçu le 15 novembre, participe à une rencontre le dimanche 3 mai à 19 h à Paris, Place de la Concorde, avec Aurélien Barrau et Christian Escriva, dans le cadre d'un évÚnement organisé par le photographe Yann Arthus-Bertrand intitulé : « Vivre ensemble » (du 11 avril au 10 mai 2026). Inscription obligatoire et gratuite pour cette conférence. Christian Escriva est cofondateur de la société Le Gattilier. Aurélien Barrau et Christian Escriva réfléchiront ensemble sur le sens du « Vivre ensemble » à partir de leurs livres respectifs sur Alexandre Grothendieck, considéré comme le plus grand mathématicien du XXÚme siÚcle :
Â
Â
Question de Bernard Vandermersch au topos
Il y a des questions qui sâadressent au mathĂ©maticien et puis des questions qui sont plutĂŽt des objections, modestement, bien sĂ»r.
La premiĂšre question :
La psychanalyse est une mĂ©thode qui opĂšre avec le langage, mais pas nâimporte quel langage, le langage humain, dans lequel le signifiant [lâunitĂ© de base] a comme propriĂ©tĂ© dâĂȘtre un objet diffĂ©rent de lui-mĂȘme. Est-ce qu'il s'en dĂ©duit - c'est une question pour ma gouverne - de ce fait que le signifiant soit diffĂ©rent de lui-mĂȘme, que l'ensemble des signifiants, ce que nous appelons le grand Autre, le lieu de l'Autre, soit un ensemble continu ?
En effet, beaucoup de psychanalystes se reprĂ©sentent ce lieu de l'Autre comme un ensemble discret, Ă l'image que vous avez donnĂ©e du dictionnaire alors que, en ce qui me concerne, je le considĂšre comme un ensemble continu duquel se dĂ©coupe, au moment oĂč le sujet s'exprime, (le temps de dire), un signifiant [celui qui reprĂ©sente le sujet] avant que ce signifiant ne retombe dans la colle commune [l'ensemble continu de l'Autre] ?
C'est une premiĂšre question.
Bernard Vandermersch
Â
Lâintelligence artificielle envahit notre vie quotidienne avec la promesse de quelque chose de nouveau et bouleversant. Nos actions de tous les jours et peut ĂȘtre mĂȘme notre façon de penser seront modifiĂ©es.
Il semble nécessaire alors de saisir ce qui est en jeu et ce à quoi nous avons affaire.
Lâambition affichĂ©e par lâIA est dâaller au-delĂ de la facilitation trĂšs puissante de lâinformatique que nous connaissons aujourdâhui. Mais jusquâoĂč ? Autrement dit quels sont les limites de cette nouvelle technologie ?
 Si lâon considĂšre un sujet devant une machine qui fait semblant dâĂȘtre humaine grĂące Ă des algorithmes trĂšs sophistiquĂ©s, force est de constater quâil y a une diffĂ©rence structurelle : le sujet est le fruit de son histoire et de son rapport au langage, rĂ©gi par son dĂ©sir inconscient, alors que lâIA est construite avec des algorithmes probabilistes, certes trĂšs puissants mais oĂč les mots sont rĂ©duits Ă des signes. Or, le noyau central de la psychanalyse est de renoncer aux signes comme condition dâaccĂšs Ă la logique du signifiant.
 Des tĂ©moignages actuels peuvent dĂ©jĂ nous surprendre sur lâemprise de ce semblant dâhumanitĂ©. Ainsi, lâIA peut ĂȘtre utilisĂ©e pour faciliter des rencontres sur internet, non sans une certaine rĂ©ussite. LâIA connait certainement mieux que nous tous les codes et le politiquement correct exigĂ©s aujourdâhui dans les rencontres sur internet. Tel autre y trouvera un « interlocuteur » pour ses malheurs. Ce semblant de psychothĂ©rapeute saura donner des rĂ©ponses compatissantes Ă ses questionnements mĂ©taphysiques qui prouvent soulager son angoisse.
Â
MĂȘme si lâinformatique permet dâassocier un million dâentrĂ©es de sens Ă un seul mot, comme nous lâa dit AurĂ©lien Sagnier, cela ne suffirait pas pour transformer le mot en question en signifiant.Â
Câest justement ce quâune machine ne peut pas faire : elle peut imiter admirablement ce que nous appelons un sujet, son fonctionnement se rĂ©sume Ă un calcul statistique du plus probable. Quelle place lâIntelligence artificielle arrivera Ă donner au singulier de chacun si ce qui le dĂ©termine comme sujet est ce quâil a refoulĂ© ?Â
 Une machine peut produire des Ă©noncĂ©s fabriquĂ©s selon des procĂ©dĂ©s trĂšs sophistiques, elle peut calculer lâincidence des certains Ă©noncĂ©s dâun sujet, mais elle ne peut pas se substituer au sujet dans son acte de parole.
Elle relĂšve de lâĂ©crit pur, et de ce fait, elle reste en dehors du rĂ©el de lâĂ©nonciation dâun sujet divisĂ©.
 Si lâon considĂšre le joli exemple donnĂ© par AurĂ©lien Sagnier :Â
« Roi â(moins) homme + (plus)femme = reine, on peut percevoir quâil sâagit dâun maniement de signes. Lacan se sert du langage des abeilles dĂ©crit par Von Frisch, pour dĂ©finir le statut dudit signe : il est ce qui reprĂ©sente quelque chose pour quelquâun.Â
Lâintelligence artificielle peut-elle ou pourra-t-elle manier des signifiants ? Peut-elle accorder une place Ă ce que les signifiants ont pour vocation de vouloir attraper sans jamais y rĂ©ussir, lâobjet a, perdu par dĂ©finition ? Quelle place pour le manque dans les algorithmes ?Â
 Or, force est de reconnaĂźtre que tout ce qui prĂ©cĂšde est au mieux une position de principe, au pire un prĂ©jugĂ© Ă lâĂ©gard des avancĂ©es en mathĂ©matiques aujourdâhui.
Lâapport que Freud et Lacan ont trouvĂ© dans les thĂ©ories physique et mathĂ©matique de leur Ă©poque est indiscutable. Les apports de la science les ont aidĂ©s pour avancer dans la dĂ©finition de concepts clĂ©s de la thĂ©orie psychanalytique.Â
Aussi, nous reconnaissons le courage ou pulsion mystĂ©rieuse qui pousse certains chercheurs Ă sâavancer Ă chaque fois aux frontiĂšres du no manâs land de leurs recherches avec lâeffet Ă©nigmatique que cela semble induire sur leur subjectivitĂ©.Â
 Autrement dit, le sujet forclos de la science (ou dâun quelconque savoir qui se prĂ©tend « tout ») revient nĂ©anmoins dans la subjectivitĂ© de ceux qui ont relevĂ© le dĂ©fi. Cantor, Cohen, GrothendieckâŠÂ
Peut-ĂȘtre le topos que AurĂ©lien Sagnier et Alain Connes nous invitent Ă Ă©tudier relĂšve dâune possibilitĂ© nouvelle de penser le sujet.Â
Who knows ?
Virginia Hasenbalg
Â
La question de l'acte en psychanalyse, passage Ă l'acte et acting out. Choula Emerich
Â
PoĂ©tique de lâUnheimliche : Angoisse et passage Ă lâacte. ConfĂ©rence dâAlejandra Ruiz LladĂł
Â
Â
Â
La topologie. L'autre et l'étranger
Henri Cesbron Lavau
C'est la distance entre deux points qui donne Ă l'espace sa topologie "naturelle". Mais cette topologie euclidienne n'est pas la seule. Elle n'est, dans un premier temps, que la reprĂ©sentation locale dâune topologie plus large : celle de la thĂ©orie de la relativitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e.A l'autre bout de l'Ă©chelle astronomique, c'est une topologie diffĂ©rente encore qui permet de rendre compte, par exemple, de l'intrication quantique.
Autrement dit, l'organisation topologique de l'espace, fût-il celui de la science la plus objectivable, n'est pas un a priori kantien. C'est une donnée médiatisée par une construction qui n'est ni réelle, ni imaginaire, mais symbolique.
Le voisinage d'un point n'est donc défini que relativement à une topologie particuliÚre : deux points peuvent se trouver dans le voisinage l'un de l'autre, ou non, selon la topologie appliquée.
C'est cette incursion du symbolique qui a certainement intéressé Lacan dans son abord de la topologie : on ne peut parler de voisinage sans la notion d'autre.
La topologie est aussi connue comme "science des voisinages".
S'il n'y a pas d'autre, il n'y a pas de voisinage et donc pas de topologie.
L'autre, le diffĂ©rent, est au cĆur de toute topologie.
On peut séparer les points d'un ensemble en un lieu que l'on va qualifier d'intérieur par opposition à un autre qualifié d'extérieur.
La frontiÚre est alors formée des points restants, c'est à dire ceux dont tout voisinage contient nécessairement un point intérieur et un point extérieur.
Revenant sur la multiplicitĂ© des topologies applicables Ă un mĂȘme ensemble de points, on peut simultanĂ©ment avoir par exemple une topologie fondĂ©e sur les lieux et une topologie fondĂ©e sur les nationalitĂ©s, ou bien sur d'autres diffĂ©rences encore, notamment celles fondĂ©es sur les langues (maternelles).
Ainsi, l'Ă©tranger devient celui qui, se trouvant en proximitĂ© gĂ©ographique (mĂȘme intĂ©rieur) avec d'autres, est avec eux en diversitĂ© langagiĂšre (Ă l'extĂ©rieur). C'est cette "dissonance" entre deux topologies qui crĂ©e les tensions d'organisations sociales que nous connaissons - pour le meilleur et pour le pire.
A entendre que la source de ces tensions est aussi bien chez lâautre que "chez nous", en tout cas chez ceux qui veulent tout ramener Ă la topologie des lieux.
En d'autres termes, l'exclusion de l'autre prend sa source dans l'exclusion Ă nous-mĂȘme opĂ©rĂ©e, dans l'exemple ci-dessus, par l"identification nationale.
Pour introduire la question Aliénation-Séparation
par Virginia Hasenbalg-Corabianu
Dans une rĂ©cente exposition au MusĂ©e de lâHomme, clairement dĂ©diĂ©e Ă nos enfants, il est affirmĂ© sans dĂ©tour que lâon peut choisir son sexe. Ceci nâest quâun exemple de ce qui semble rĂ©gir la sociĂ©tĂ© actuelle dominĂ©e par une pensĂ©e de toute-puissance oĂč lâhomme pourrait dĂ©cider par lui-mĂȘme du sexe, de la vie et de la mort, en refusant toute aliĂ©nation.
Dâun autre cĂŽtĂ© les discours sociologiques et philosophiques rappellent non sans fondement que lâaliĂ©nation existe toujours mais quâelle serait la rĂ©sultante dâune domination dont il faudrait sâen dĂ©barrasser.
En se dĂ©tachant de ces approches, Lacan redĂ©finit le concept de lâaliĂ©nation en lui donnant ses racines non pas dans la sociĂ©tĂ© mais dans la mise en place de la subjectivitĂ©. Ainsi, la psychanalyse nous permet de penser lâaliĂ©nation en termes dâopĂ©ration logique fondatrice et non pas comme un artefact social. La lecture psychanalytique de lâaliĂ©nation serait nĂ©cessaire pour mettre en perspective les diffĂ©rents effets dans la sociĂ©tĂ© de sa nĂ©gation ou de son statut rĂ©duit Ă un rapport de forces.
En rĂ©sumĂ©, il ne sâagit pas de rĂ©cupĂ©rer quelque chose qui nous aurait Ă©tĂ© dĂ©robĂ©e mais dâaccepter la valeur libĂ©ratrice dâune perte, celle de lâobjet a, vĂ©ritable enjeu aussi de la fin de la cure analytique.
Câest la raison pour laquelle il nous semble fondamental de consacrer une MathinĂ©e aux racines logiques de lâaliĂ©nation telles que Lacan les dĂ©veloppe dans son enseignement.
Â
Les Mathinées Lacaniennes de juin ont eu lieu à Marseille. Les videos de cette mathinée sont sur le site de l'Ecole Ali-Provence.
Â
Lors de son exposé sur l'aphasie de Wernicke, le Dr Ovidiu Corabianu a évoqué le comique français Pierre Repp, dont le style nous aide à comprendre pourquoi Lacan nous dit dans le séminaire sur les psychoses que ça fait rire. Certes, cette aphasie est un phénomÚne douloureux pour celui qui la subit, se traduisant souvent par une dépression allant jusqu'au suicide. La video de Pierre Repp, nous permet néanmoins de percevoir l'enjeu des troubles de langage que Lacan développe dans le séminaire à l'étude.
Cliquer ici pour "La recette de crepes"
Clique ici pour "Les fables de Lafontaine"
L'humour décapant des Deschiens joue par contre sur le malentendu. Cliquer ici pour Les autoroutes de l'information
Â
Extrait de la cinquiĂšme rencontre avec Marc Darmon et Charles Melman
M. Darmon â Oui, vous avez soulevĂ© diffĂ©rentes questions. La premiĂšre câest, ce quâil en est du RĂ©el, par rapport au nombre Pi. Câest-Ă -dire nous avons affaire, on va partir de la cure, Ă une suite en apparence alĂ©atoire dont on va plus ou moins trouver la loi. Câest un peu ce qui se passe dans le jeu de pair ou impair. Donc une loi dâalternance qui va ĂȘtre peut-ĂȘtre spĂ©cifique Ă chacun, qui va renvoyer aux lois du langage⊠Mais, Freud a parlĂ© de lâombilic du rĂȘve ou du refoulĂ© primordial, donc, il semble bien y avoir quelque chose qui Ă©chappe au programme, si on reprend cette mĂ©taphore dâinformatique. Donc quelque chose qui rĂ©siste Ă ĂȘtre rĂ©duit Ă une loi.
Ch. Melman â Si câest lâombilic, pardonnez-moi, câest le gĂ©nĂ©rateurâŠ, donc, et en plus avec cette ambiguĂŻtĂ©, pardonnez-moi cette association trĂšs libre, mais enfin, en lâoccurrence avec cette image de lâombilic câest mĂȘme le gĂ©nĂ©rateur maternel, nâest-ce pas ? DoncâŠ
M. Darmon â Oui. Mais on retrouve certaines formulations de Lacan sur le RĂ©el comme sans loi. Câest ce qui Ă©chappeâŠ
Ch. Melman â Ah oui⊠donc câest la tuchĂ©.
M. Darmon â La tuchĂ© oui. Alors on a Ă©voquĂ© le traumatisme ou le troumatisme, câest effectivement ce qui Ă©chappe Ă la loi de lâInconscient.
Ch. Melman â Ă lâautomatisme de rĂ©pĂ©tition.
M. Darmon â Ă lâautomatisme de rĂ©pĂ©tition, qui induit un autre automatisme.
Ch. Melman â Ah, alors lĂ , vous nous engagez sur le terrain de la clinique du traumatisme. Mais justement je dirais que le problĂšme de la nĂ©vrose traumatique câest que ce nâest pas un automatisme, câest une stase.
M. Darmon â Câest une stase oui.
Ch. Melman â Ce nâest pas la mĂȘme chose.
M. Darmon â Oui, câest-Ă -dire que ce nâest pas la mĂȘme rĂ©pĂ©tition.
Ch. Melman â Eh non ! Si ça induisait une autre rĂ©pĂ©tition, au fond, ben voilĂ , ça montrerait quâon peut changer de chaĂźne si jâose dire, on zappe. Bon. Mais, encore que la seconde, et ça ce serait et câest un problĂšme, câest quâelle nâest pas sexuelle.
M. Darmon â Non.
Ch. Melman â Et ce qui est bien sĂ»r un problĂšme. Et justement le traumatisĂ©, le nĂ©vrosĂ© traumatique, il ne peut pas changer de chaĂźne, la premiĂšre ne fonctionne plus et la seconde ce nâest pas automatisme.
M. Darmon â Alors quand vous parlez de la thĂ©rapie, est-ce quâon peut parler de thĂ©rapie ?...
Ch. Melman â Oui.
M. Darmon â ⊠soit, le faire parler immĂ©diatement, [Ch. Melman â Absolument] soit, si câest Ă distance, revenir sur lâenfance. On peut comprendre soit faire parler immĂ©diatement, câest pour enchaĂźnerâŠ
Ch. Melman â Lâen faire parler immĂ©diatement, pour justement, faire rentrer cet Ă©vĂ©nement dans...
M. Darmon â ⊠dans une chaĂźne symbolique.
Ch. Melman â Dans une chaĂźne symbolique, oui.
M. Darmon â Et revenir Ă la chaĂźne de lâenfanceâŠ
Ch. Melman â Revenir Ă lâenfance, pour justement essayer de remettre en marche ce qui a Ă©tĂ© la chaĂźne qui a provoquĂ© lâautomatisme de rĂ©pĂ©tition. Autrement dit essayer de faire revenir les souvenirs, les Ă©motions, les difficultĂ©s, les traumatismes de lâenfance, etc. Autrement dit pour essayer de la ressusciter en quelque sorte.
Â
****
Â
SĂ©minaire dâĂ©tĂ© 2016
Etude du premier et de lâavant-dernier sĂ©minaire de Lacan
Les Ă©crits techniques de Freud (1953 â 1954) Le moment de conclure (1977 â 1978)
Lacan nous rappelle dans ce premier sĂ©minaire que les concepts ne sont pas fixes et Ă©ternels dans le monde des idĂ©es, ils sont vivants. Ce que la formule : « le concept, câest le temps » nous indique. Le temps, câest le temps pour comprendre, câest le temps dâune analyse dont « le transfert est le concept mĂȘme ». Combien faut-il de scansions, dâĂ©bauches de mouvement vers la sortie, pour que lâobsĂ©dĂ© puisse rĂ©aliser le concept de ses obsessions, câest-Ă -dire ce quâelles signifient au moment de conclure, de sortir de la prison du maĂźtre ? Câest la question que pose Lacan Ă la fin de son sĂ©minaire.
« La fin de lâanalyse, câest quand on a deux fois tournĂ© en rond, câest-Ă -dire retrouvĂ© ce dont on est prisonnier. » Cette phrase du Moment de conclure semble rĂ©pondre Ă la fin du premier sĂ©minaire. Il y a ainsi de nombreux ponts entre les deux sĂ©minaires Ă travers les annĂ©es. A la fois tout est changĂ© : le style, les concepts comme lâintersubjectivitĂ©, la rĂ©alisation de lâĂȘtre⊠Et au-delĂ de ces profonds changements, il y a des points fixes et non des moindres : le rĂ©el, le symbolique et lâimaginaire. Distinction essentielle dĂšs le premier sĂ©minaire oĂč le nĆud borromĂ©en est plus quâĂ©bauchĂ© : « Câest dans cette dimension de lâĂȘtre, dit Lacan, que se situe la tripartition, sur laquelle jâinsiste toujours avec vous pour vous faire comprendre les catĂ©gories Ă©lĂ©mentaires sans lesquelles nous ne pouvons rien distinguer dans notre expĂ©rience : la tripartition du symbolique, de lâimaginaire du rĂ©el. Ce nâest pas pour rien, sans doute, quâelles sont trois. Il doit y avoir lĂ une espĂšce de loi minimale, quâici la gĂ©omĂ©trie ne fait quâincarner : Ă savoir en effet que si, dans le plan du rĂ©el, vous dĂ©tachez quelque volet qui sâintroduit, dans une troisiĂšme dimension, vous ne pourrez jamais faire de solide, si on peut dire, quâavec deux autres volets au minimum. »
Lacan met Ă lâĂ©preuve cette distinction fondamentale en sâattaquant au vif de lâexpĂ©rience psychanalytique sous la forme de la technique Ă partir des Ă©crits de Freud. Câest en reprenant lâinterprĂ©tation de nombreux cas cliniques : de MĂ©lanie Klein, de Rosine Lefort, de Michael et Alice Balint quâil en dĂ©montre la pertinence.
Si dans le premier sĂ©minaire, Lacan sâefforçait de distinguer et de souligner la suprĂ©matie du symbolique, dans les derniers sĂ©minaires câest le rĂ©el qui importe, le nĆud borromĂ©en qui le constitue et quâil constitue, Ă©tablissant une Ă©quivalence que Lacan ne fait que retrouver en somme. Dans Le Moment de conclure Ă travers la structure torique des consistances, câest la coupure et la chirurgie qui sont de retour, retrouvant une intuition de Freud qui comparait lâanalyste justement au chirurgien.
Pour suivre les développements topologiques du séminaire L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre, on se reportera avec profit au dossier disponible sur le site de l'ALI
Â
Â
Séminaire d'été 2015
Le titre Ă©quivoque du sĂ©minaire demande Ă ĂȘtre interprĂ©tĂ©. Ecrite en lalangue ou plutĂŽt en lâĂ©langues, cette phrase, Ă la grammaire Ă©nigmatique, se lit en français et sâentend, en partie, en allemand : une-bĂ©vue/ Unbewusst. Lacan utilise un procĂ©dĂ© rencontrĂ© chez Joyce, lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente du sĂ©minaire. La traduction de Unbewusst par « lâune-bĂ©vue » est en soi un mot dâesprit, câest-Ă -dire une formation de lâinconscient comme lâacte manquĂ©, le lapsus, le rĂȘve, le symptĂŽme. Quâest-ce quâun acte manquĂ© ou un lapsus sinon une bĂ©vue ? Cette traduction rend presque vraie la phrase citĂ©e par Dante, lorsquâil Ă©voque Ă propos du mot « amour » le juste accord entre le mot et la chose : nomina sunt consequentia rerum. « Lâune-bĂ©vue » nâa pas le dĂ©faut dâĂȘtre un terme nĂ©gatif comme « lâinconscient », et il ne risque pas, comme lui, dâĂȘtre confondu avec lâinconscience. Lacan annonce dĂšs le dĂ©but du sĂ©minaire quâavec cet « insu que sait de lâune-bĂ©vue », il essaie « dâintroduire quelque chose qui va plus loin que lâinconscient ».
Le titre du sĂ©minaire est donc programmatique, ainsi sa premiĂšre partie : « lâinsu que sait » est une autre façon de traduire lâ Unbewusst, il Ă©quivoque avec « lâinsuccĂšs », câest-Ă -dire le ratage, lâacte manquĂ© qui est, en fait, un acte rĂ©ussi du point de vue de lâinconscient. Mais « lâinsu que sait » indique que le parlĂȘtre sait plus quâil ne croit savoir, et ce savoir, un bout dâune-bĂ©vue, est fait de la matiĂšre mĂȘme du signifiant. « Lâinsu que sait » est lâinconscient dans sa littĂ©ralitĂ© mĂȘme : insu que sait, INsuCSait, I N C S. RĂ©pondant Ă cet autre nom de lâinconscient, une partie importante du sĂ©minaire est consacrĂ©e aux exposĂ©s dâAlain Didier-Weill sur la pulsion invoquante et sur la passe, oĂč celui-ci dĂ©veloppe, Ă partir dâune variante de lâhistoire de La lettre volĂ©e, les Ă©tapes, dans une analyse, du dĂ©voilement du savoir : il ne sait pas que je sais, il sait que je sais, je sais quâil sait, je sais quâil sait que je sais quâil sait. Le personnage de Bozef, introduit par Alain Didier-Weill, incarne pour Lacan « le savoir absolu », Ă la fois Booz et Joseph, celui qui rĂȘve et celui qui interprĂšte le rĂȘve.
Le troisiĂšme nom de lâinconscient : « sâaile Ă mourre » Ă©quivoque avec « câest lâamour » ou « celle amour ». Le titre entier peut sâentendre comme : « lâinsuccĂšs de lâ Unbewusst, câest lâamour ». Or, quâest-ce que lâamour sinon un certain rapport de deux savoirs inconscients, venant Ă la place du rapport sexuel absent ? Un succĂšs rare si les deux savoirs inconscients sont connexes et irrĂ©mĂ©diablement distincts, mais sâils se recouvrent, cet amour nâen est pas moins un ratage.
« Sâaile Ă mourre », quelle est la raison de ce curieux assemblage ?
« Lâamour jeu des nombrils ou jeux de la grande oie
La mourre jeu du nombre illusoire des doigts »
Dans le jeu de la mourre, inventĂ© selon la lĂ©gende par HĂ©lĂšne pour PĂąris, il faut deviner la somme des doigts cachĂ©s de lâun et de lâautre, savoir insu de lâun et de lâautre : lâamour apparaĂźt ainsi sous la forme de deux mi-dires qui ne se recouvrent pas. Une des variantes du jeu de la mourre : pierre, ciseaux, papier, a la structure borromĂ©enne, puisque le troisiĂšme surmonte le premier. Une autre : pair ou impair se retrouve dans La lettre volĂ©e, il est Ă lâorigine du texte ParenthĂšse des parenthĂšses. Il sâagit de la structure rĂ©elle du savoir inconscient.
« Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et dâineffables vents mâont ailĂ© par instants. »
Le savoir inconscient se donne-t-il des ailes pour que la lettre prenne son envol ? Ă moins que ce ne soit lâamour.
Cette troisiĂšme partie du titre inaugure une rĂ©flexion sur la poĂ©sie, sur lâamour et sur le rĂ©el.
La poĂ©sie « amoureuse » de Dante est convoquĂ©e pour soutenir lâaffirmation selon laquelle lâamour nâa pas de sens, Il ne serait que signification, mot vide. Par ailleurs, Lacan affirme « [quâ] il nây a que la poĂ©sie qui permette lâinterprĂ©tation et câest en cela que je nâarrive plus, dans ma technique, Ă ce quâelle tienne : je ne suis pas assez pouĂąte, je ne suis pas pouĂąte-assez ! » Et le sĂ©minaire se termine par lâĂ©vocation « [dâ] un signifiant nouveau, celui qui nâaurait aucune espĂšce de sens, ça serait peut-ĂȘtre ça qui nous ouvrirait Ă ce que [âŠ] jâappelle le rĂ©el. »
Est-ce cela le « quelque chose qui va plus loin que lâinconscient ? ». Lacan poursuit, ici, une idĂ©e exprimĂ©e dans Les non dupes errent selon laquelle, pour la premiĂšre fois dans lâhistoire, il nous serait possible de refuser dâaimer notre inconscient, donc dâerrer, certes, mais dans cette erre, lâinconscient pourrait nous mener au-delĂ du fantasme, « au pur rĂ©el ».
Tout au long du sĂ©minaire, Lacan prend appui sur la topologie. Le fait surprenant est, aprĂšs plusieurs sĂ©minaires consacrĂ©s au nĆud borromĂ©en, le recours Ă la topologie des surfaces, plus prĂ©cisĂ©ment Ă celle du tore. Quelle est la raison de ce tore ? Ce nâest certes pas parce que le tore a une Ăąme, mais parce quâil est la consistance mĂȘme des anneaux du nĆud borromĂ©en, et aussi parce que le tore peut se retourner. Les trois identifications freudiennes sont rapportĂ©es aux trois modes de retournement du tore. Une analyse aurait pour effet de retourner le tore du symbolique en englobant les deux autres, et nĂ©cessiterait, de ce fait, une deuxiĂšme tranche afin de retrouver le nĆud borromĂ©en. Les deux tores enchaĂźnĂ©s et trouĂ©s permettent Ă Lacan de parler de lâamour comme pure signification Ă propos de la poĂ©sie « amoureuse » de Dante.
Lâinvention dont Lacan fait preuve, les consĂ©quences cliniques du recours Ă la topologie des surfaces et de la coupure combinĂ©e Ă celle des nĆuds, les contributions dâAlain Didier-Weill sur la passe et sur la pulsion invoquante, le rĂŽle fondamental de la poĂ©sie dans lâinterprĂ©tation, le projet dâaller plus loin que lâinconscient, la perspective dâun signifiant nouveau, font de lâĂ©tude de ce sĂ©minaire une tĂąche passionnante et prometteuse.
Mercredi 26, jeudi 27, vendredi 28, samedi 29 août 2015 à Paris
Responsables : Marie-Christine Laznik, Pierre Coerchon, Tathyana Pitavy, Jean Brini, Marc Darmon
Â
Â
Â
Â
Â
Séminaire d'été 2014
Â
Ă la derniĂšre leçon de R.S.I., le 13 mai 1975, Lacan annonce le titre de son prochain sĂ©minaire : 4, 5, 6. Il s'agissait sans doute pour lui de poursuivre l'exploration nodale des nominations, chacun des trois ronds du nĆud borromĂ©en faisant faux-trou avec la nomination correspondante. Si Lacan sâarrĂȘte Ă six, câest parce que la voie explorĂ©e ne va pas au-delĂ . Il indique nĂ©anmoins qu'il accordera une attention particuliĂšre au nĆud Ă quatre.
Un mois plus tard, lors de sa confĂ©rence, Joyce le SymptĂŽme, il annonce que câest Joyce qui sera Ă lâaffiche du sĂ©minaire Ă venir. LâintĂ©rĂȘt de Lacan pour lâĂ©crivain irlandais est de longue date â on apprend, Ă cette occasion, quâĂ lâĂąge de dix-sept ans, il frĂ©quentait dĂ©jĂ la librairie dâAdrienne Monnier, quâil y rencontra Joyce, et quâĂ vingt ans, il assista Ă la premiĂšre lecture de la traduction dâUlysse.
Si, dans le SĂ©minaire sur La lettre volĂ©e, Lacan Ă©voque lâhomophonie joycienne Letter/litter, câest dans Encore que son intĂ©rĂȘt pour lâĆuvre de Joyce sâaffirme :
« Lisez Finnegans Wake, câest un long texte Ă©crit dont le sens provient de ceci, [...] câest du fait que les signifiants s'emboĂźtent, se composent, [...] se tĂ©lescopent, [...] que se produit quelque chose qui, comme signifiĂ©, peut paraĂźtre Ă©nigmatique, mais qui est bien ce qu'il y a de plus proche de ce que nous autres analystes â grĂące au discours analytique, nous savons le lire â qui est ce quâil y a de plus proche du lapsus. »
« Ce qu'il y a de plus proche du lapsus »... Lacan ne dit pas que les mots emboĂźtĂ©s de Joyce sont des formations de l'inconscient. Mais pour autant, pouvons- nous Ă©voquer la dimension du mot dâesprit, certes, cultivĂ©, infiniment savant, jouant sur plusieurs langues, mais du mot dâesprit au sens de Freud ? Par exemple, le mot sinse, créé par Joyce, est construit grĂące Ă la condensation de plusieurs mots : since (depuis), sense (sens) et sin (pĂ©chĂ©). Il suggĂšre un lien entre les trois : la faute originaire qui donnerait sens Ă lâHistoire ? Peut-ĂȘtre ? Mais le mot sinse ne garde- t-il pas nĂ©anmoins son parfum dâĂ©nigme ? Est-il comparable au familionnaire de Heine ou aux carthaginoiseries flaubertiennes ?
Avec lâinvention du cĂ©lĂšbre Dumbillsilly, Joyce parvient Ă construire en anglais un mot qui se prononce et qui signifie comme en français, enfin Ă peu de choses prĂšs. Pourtant, nous restons face Ă une Ă©nigme, muets comme lâimbĂ©cile dont il est question. Nous sommes ici au plus prĂšs de ce que Freud dĂ©signe par « mot dâesprit par non-sens ».
Dans le mot dâesprit, une pensĂ©e prĂ©consciente est pour un temps traitĂ©e par lâinconscient, et le rĂ©sultat est aussitĂŽt rĂ©cupĂ©rĂ© et Ă©noncĂ© pour un tiers dont le plaisir vient confirmer le bon mot. Encore faut-il que ce tiers soit un peu concernĂ© au niveau de lâinconscient. Dans sa confĂ©rence, Lacan remarque que, chez Joyce, il nâen est rien : en le lisant, notre inconscient nâest point « accrochĂ© ». Par contre, ce que nous percevons Ă la lecture, câest la jouissance de lâĂ©crivain.
Si lâĂ©criture de Finnegans Wake traite volontiers les signifiants selon la condensation, qui est un des mĂ©canismes du travail du rĂȘve, et si lâart de Joyce produit ce quâil y a de plus proche du lapsus, pourquoi Lacan singularise-t-il lâĂ©crivain comme « dĂ©sabonnĂ© Ă lâinconscient » ?
Dans Le Sinthome, Lacan propose une rĂ©ponse : lâĂ©criture de Joyce, son Ćuvre serait son SymptĂŽme, celui qui le nommerait, celui qui supplĂ©erait la carence paternelle â le symptĂŽme qui «abolirait» le symbole. Joyce est dĂ©sabonnĂ© de lâinconscient dans la mesure oĂč il nâen paie pas le prix : castration et refoulement, avant dâen jouir modĂ©rĂ©ment. Si le symptĂŽme peut ĂȘtre rĂ©duit par une interprĂ©tation jouant sur lâĂ©quivoque, ce nâest pas le cas chez Joyce. Rien ne rattache Ă lalangue le symptĂŽme joycien ; tout au contraire, le gĂ©nie de Joyce sâemploie Ă le porter « Ă la puissance du langage ». DâoĂč la nĂ©cessitĂ© de le nommer autrement : Sinthome.
Si le Sinthome de Joyce montre, Ă son insu mais de façon exemplaire, la structure du nĆud borromĂ©en, il ne se confond pas pour autant avec la quatriĂšme consistance, celle du Nom-du-PĂšre. Si tel avait Ă©tĂ© le cas, cette consistance aurait fait faux-trou avec le Symbolique, et aurait Ă©tĂ© plus que compatible avec le symptĂŽme nĂ©vrotique, rĂ©ductible par lâĂ©quivoque. Le Sinthome de Joyce â et Lacan sâefforce dâen Ă©crire le nĆud tout au long du sĂ©minaire â est, au contraire, la rĂ©paration dâun nĆud non borromĂ©en, puisque lâenlacement de lâInconscient et du RĂ©el dĂ©noue le corps. Ce nouage singulier du RĂ©el et de lâInconscient rend compte de la prodigieuse facultĂ© de Joyce Ă manier la lettre, au prix de la fuite du sens. Lâego viendrait alors rĂ©parer le nĆud de Joyce au point mĂȘme oĂč se serait produite la faute due Ă la carence paternelle. Lacan suggĂšre que, chez Joyce, lâego tient sa consistance de lâĂ©criture : Le symptĂŽme cesse, (virgule) de sâĂ©crire (du fait que le Sinthome sâĂ©crive). Ainsi Joyce supplĂ©e-t-il, par lâĂ©criture, le dĂ©faut du pĂšre qui lui donnait « la queue un peu lĂąche ».
StĂ©criture est-elle celle de lalangue ? PlutĂŽt celle de lâĂ©langues.
Le Lacan du Sinthome est « mathĂ©maticien et poĂšte ». Ce sĂ©minaire nâa pas la prĂ©tention de faire la psychanalyse que Joyce a toujours refusĂ©e. Lacan rĂ©pugne Ă traiter ainsi lâĆuvre et la biographie de lâartiste. Il tente plutĂŽt de se laisser enseigner par lui, par son Sinthome qui donne accĂšs au nĆud et au travail de la lettre. Et sâapplique ainsi Ă poursticher Joyce, Ă commencer par lâĂ©criture de Joyce le SymptĂŽme et poursuivant par le « parler joycien », dans Le Sinthome.
Flavia Goian et Marc Darmon
Â
Le séminaire Le Sinthome est un moment-clé et étonnant de nouveauté dans l'enseignement de Lacan.
En questionnant la singularitĂ© de Joyce et de son Ă©criture, Lacan rĂ©vise les fondements de la clinique en prenant appui sur le nĆud borromĂ©en. La pensĂ©e du nĆud, le nĆud comme appui, nĂ©cessite l'appensĂ©e.
Lacan suit Joyce dans son hĂ©rĂ©sie et inscrit le sĂ©minaire en rupture par rapport Ă la norme â la norme mĂąle en tant qu'elle prend appui sur la jouissance phallique et le Nom-du-PĂšre â en lui substituant, Ă cette norme, une recherche sur les nĆuds. Ce travail sur Joyce, « dĂ©sabonnĂ© Ă l'inconscient » ainsi qualifiĂ© par Lacan, pourrait ĂȘtre Ă©clairant sur des phĂ©nomĂšnes contemporains relevant de la « nouvelle Ă©conomie psychique ».
Cette année, c'est le questionnement à la lettre du séminaire qui guidera nos travaux. Les leçons seront introduites chaque fois par l'un des responsables du Séminaire d'été avec le souci d'aborder et de questionner les points de butée. Les intervenants annoncés seront sollicités en accord avec le déroulement chronologique des leçons.
Â
Â
Séminaire d'été 2013
La maison du parlĂȘtre a trois dit-mansions : le RĂ©el, le Symbolique, lâImaginaire. Est-ce pure coĂŻncidence si son espace sensible, son espace de la reprĂ©sentation ait aussi trois dimensions ? Nous pouvons dire tout au moins que sans RSI, le parlĂȘtre nâen aurait pas la moindre idĂ©e, alors quâil lui est possible de concevoir des espaces de dimensions bien supĂ©rieures Ă trois, des espaces qui lui sont strictement inimaginables. Mais dĂ©jĂ , lâespace Ă trois dimensions lui est-il vraiment imaginable ? Nous pouvons en douter, parce que dans la reprĂ©sentation, la surface Ă deux dimensions sâimpose, image du corps oblige. DâoĂč notre grande difficultĂ© pratique dans le simple maniement des nĆuds borromĂ©ens ou autres.
Si notre maison a trois dimensions, encore faut-il que les supposĂ©es consistances qui les constituent tiennent ensemble tout en Ă©tant radicalement distinctes. A dĂ©faut, dissociation ou homogĂ©nĂ©isation, câest lâerrance sans domicile ou lâĂ©tat de siĂšge.
Pour que les consistances soient radicalement distinctes, il faut que RĂ©el, Symbolique et Imaginaire soient absolument diffĂ©rents quant au sens. Aucun des trois ne dĂ©tient le sens dernier des deux autres. Autrement dit, il nây en a pas un plus grand que les autres. Si tel avait Ă©tĂ© le cas, pour penser comme Saint Anselme, ce « plus grand » aurait prouvĂ© lâexistence de Dieu et son unicitĂ©. Le nĆud borromĂ©en dans sa simplicitĂ©, impose dâemblĂ©e le triple : trois Noms-du-PĂšre. VĂ©ritĂ© de la TrinitĂ© que la religion rĂ©vĂ©la, mais au travers dâune disposition perverse du dit nĆud.
Les dévots du Un retrouvent ce « plus grand » unique dans le quatriÚme qui, comme un-en-plus, noue les trois autres autrement déchaßnés.
Dans notre SĂ©minaire dâĂ©tĂ©, lâĂ©criture du nĆud, Ă©criture premiĂšre, sera Ă©prouvĂ©e dans ses consĂ©quences essentielles : le sens, tel que nous lâavons Ă©voquĂ©, le choix Ă©thique entre le nĆud Ă trois ou Ă quatre, la conduite de la cure et la question de sa fin qui dĂ©coulent de ce choix, la diversitĂ© des structures psychiques que le nĆud permet, la diffĂ©rence sexuelle et la question du non-rapport sexuel quâil rĂ©interroge, le nouveau lien social y compris entre analystes quâil autoriserait.
Charles Melman demande quâun temps du SĂ©minaire dâĂ©tĂ© soit consacrĂ© Ă la question de la transmission de la psychanalyse. Si devant sa dĂ©ception au sujet de la passe, Lacan a pu dire que la psychanalyse Ă©tait « intransmissible », quâil fallait que « chaque analyste rĂ©invente la façon dont la psychanalyse peut durer », câest un fait quâil a lui-mĂȘme transmis ce qui lui venait de Freud et que nous devons Ă Melman de poursuivre cette tĂąche. Dernier legs de Lacan, le nĆud borromĂ©en se doit dâĂȘtre interrogĂ© dans ce sens capital.
Marc Darmon
Â
Â
L'objet a n'est pas la métaphore du sujet de la jouissance parce qu'il n'est pas assimilable au signifiant.
L'objet a résiste à l'assimilation à la fonction du signifiant.
Il symbolise ce qui résiste à cette assimilation, ce qui est perdu. Ce qui se perd à significantisation du sujet désirant
Notes du séminaire sur L'angoisse, Jacques Lacan
Â
Â
RSI 11/02/75
" ...dans Freud, il y a Ă©lision de ma rĂ©duction Ă lâImaginaire, au
Symbolique et au Réel, comme noués tous les trois entre eux... ce
que Freud instaure avec son Nom-du-PÚre, identique à la réalité psychique,
Ă ce quâil appelle la rĂ©alitĂ© psychique, nommĂ©ment Ă la rĂ©alitĂ©
religieuse, car câest exactement la mĂȘme chose, que câest ainsi par cette
fonction, par cette fonction de rĂȘve que Freud instaure le lien du
Symbolique, de lâImaginaire et du RĂ©el. "
Â
"Je poserai, si je puis dire, cette annĂ©e la question de savoir si, quant Ă
ce dont il sâagit, Ă savoir le nouement de lâImaginaire, du Symbolique et
du RĂ©el, il faille cette fonction supplĂ©mentaire en somme dâun tore de
plus, celui dont la consistance serait à référer à la fonction dite du PÚre.
Câest bien parce que ces choses mâintĂ©ressaient depuis longtemps,
quoique je nâavais pas encore Ă cette Ă©poque trouvĂ© cette façon de les
figurer, que jâai commencĂ© Les Noms-du-pĂšre. Il y a en effet plusieurs
façons dâillustrer la maniĂšre dont Freud, comme câest patent dans son
texte, ne fait tenir la conjonction du Symbolique, de lâImaginaire et du
RĂ©el que par les Noms-du-pĂšre. Est-ce-indispensable? Ce nâest pas
parce que ça serait indispensable et que je dis là -contre que ça pourrait
ĂȘ tre controuvĂ© que ça lâest, en fait, toujours !
Il est certain que quand jâai commencĂ© Ă faire le sĂ©minaire Les Noms du-
PĂšre, et que jâai, comme certains le savent, au moins ceux qui Ă©taient
lĂ , que jây ai mis un terme, jâavais sĂ»rement â câest pas pour rien que
jâavais appelĂ© ça Les Noms-du-PĂšre et pas Le Nom-du-PĂšre !- jâavais un
certain nombre dâidĂ©es de la supplĂ©ance que prend le domaine, le discours
analytique, du fait de cette avancée par Freud des Noms-du-PÚre,
ce nâest pas parce que cette supplĂ©ance nâest pas indispensable quâelle nâa
pas lieu. Notre Imaginaire, notre Symbolique et notre RĂ©el sont peut-ĂȘtre
pour chacun de nous encore dans un état de suffisante dissociation
pour que seul le Nom-du-PĂšre fasse nĆud borromĂ©en et tenir tout ça
ensemble, fasse nĆud du Symbolique, de lâImaginaire et du RĂ©el. Mais
ne vous imaginez pas que - ce serait bien pas dans mon ton habituel - je
sois en train de prophĂ©tiser que du Nom-du-PĂšre dans lâanalyse et aussi
bien que du Nom-du-PĂšre ailleurs, nous puissions dâaucune façon nous
passer pour que notre Symbolique, notre Imaginaire et notre Réel -
comme câest votre sort Ă tous - ne sâen aillent trĂšs bien chacun de son cĂŽtĂ©.
Il est certain que, sans quâon puisse dire que ceci constitue un progrĂšs,
car on ne voit pas en quoi un nĆud, de plus sur le dos, sur le col et
ailleurs, on ne voit pas en quoi un nĆud, un nĆud rĂ©duit Ă son plus
strict constituerait un progrĂšs, de ce seul fait que ce soit un minimum. Ca
constitue sĂ»rement un progrĂšs dans lâImaginaire, câest-Ă -dire un progrĂšs
dans la consistance. Il est bien certain que dans lâĂ©tat actuel des choses,
vous ĂȘtes tous et tout un chacun aussi inconsistants que vos pĂšres, mais
câest justement du fait dâen ĂȘtre entiĂšrement suspendus Ă eux que vous
ĂȘ tes dans lâĂ©tat prĂ©sent."
Â
"je réduis le Nom-du-PÚre à sa fonction radicale qui est de donner un
nom aux choses, avec toutes les conséquences que ça comporte, parce
que ça ne manque pas dâavoir des consĂ©quences !"
" Je nâinsiste pas et je poursuis ce quâil en est du Nom-du-PĂšre, pour le
ramener Ă son prototype et dire que Dieu, Dieu dans lâĂ©laboration que
nous donnons à ce Symbolique, à cet Imaginaire et à ce Réel, Dieu est la
femme rendue toute. Je vous lâai dit : elle nâest pas-toute. Au cas oĂč elle
ek-sisterait dâun discours qui ne serait pas de semblant, nous aurions cet
â x que je vous ai notĂ© autrefois, â x tel que nonΊx, le Dieu de la castration.
Câest un vĆu qui vient de lâHomme, avec un grand h, un vĆu quâil existe
des femmes qui ordonneraient la castration."
Â
" (...) lâidĂ©e de supplĂ©er Ă la femme irrĂ©elle, ce nâest pas pour rien.(...) que les imbĂ©ciles de lâamour fou (...) Leur idĂ©e donc de supplĂ©er Ă la femme qui nâek-siste pas comme La, Ă la femme, dont jâai dit enfin que câĂ©tait bien lĂ le type mĂȘme de lâerrance, les remettait dans le biais, dans lâorniĂšre du Nom-du-PĂšre, du PĂšre en tant que nommant, dont jâai dit
que câĂ©tait un truc Ă©mergĂ© de la Bible, mais dont jâajoute que câest pour lâhomme une façon de tirer son Ă©pingle phallique du jeu."
Â
"Câest que ce Dieu tribal, quâil soit celui-lĂ ou bien un autre,
nâest que le complĂ©ment bien inutile, câest ça quâil exprime, de la conju-
gaison de ce noeud quatre au Symbolique (Figure. VII - 3). Câest le complĂ©ment
bien inutile du fait que câest le signifiant un et sans trou, sans
trou dont il soit permis de se servir dans le noeud borroméen..."
Â
"Roi, un nom de plus, un nom de plus dans lâaffaire et dont chacun sait
que ça rejaillit toujours de lâaffaire du Nom-du-PĂšre. Mais, câest un nom
à perdre comme les autres, à laisser tomber dans sa perpétuité . Les
Noms-du-pĂšre hein ! Les Ănons du PĂšre, quel troupeau (...)"
Â
18/03/75
"sâil y a un Autre rĂ©el, il nâest pas ailleurs que dans le nĆud mĂȘme et câest
en cela quâil n'y a pas dâAutre de lâAutre. Cet Autre rĂ©el, faites-vous
identifier Ă son Imaginaire, vous avez alors lâIdentification de lâhystĂ©rique
au dĂ©sir de lâAutre, celle qui se passe ici en ce point central.
Identifiez-vous au Symbolique de lâAutre RĂ©el, vous avez alors cette
identification que jâai spĂ©cifiĂ©e de lâ einziger Zug , du trait unaire.
Identifiez-vous au RĂ©el de lâAutre rĂ©el, vous obtenez ce que jâai indiquĂ©
du Nom-du-PĂšre, et câest lĂ que Freud dĂ©signe ce que lâidentification a
Ă faire avec lâamour. Je parlerai la prochaine fois des trois formes de Noms-du-PĂšre,
celles qui nomment comme tels, lâImaginaire, le Symbolique et le RĂ©el, car
câest dans ces noms eux-mĂȘmes que tient le nĆud. "
Â
15/04/75
"Nous ne considĂ©rons pas le fait de lâinterdit de lâinceste
comme historique. Il est bien entendu historique, mais il faut tellement
le chercher dans lâhistoire que, comme vous voyez, jâai fini par trouver
ç a chez les Hindous, et on peut dire que là on en tient un bout hein !
Câest pas historique, câest structural. Câest structural, pourquoi ? Parce
qu'il y a le Symbolique. Ce quâil faut arriver Ă bien concevoir câest le
trou du Symbolique en quoi consiste cet interdit. Il faut du Symbolique
pour quâapparaisse individualisĂ© dans le nĆud ce quelque chose que,
moi, je nâappelle pas tellement le complexe dâĆdipe, câest pas si complexe
que ça. Jâappelle ça le Nom-du-PĂšre. Ce qui ne veut rien dire que
le PÚre comme Nom, ce qui ne veut rien dire au départ, non seulement
le pĂšre comme nom, mais le pĂšre comme nommant. Ăa, on ne peut pas
dire que lĂ -dessus les Juifs soient pas gentils hein ! ils nous ont bien
expliquĂ© que câĂ©tait le PĂšre, le PĂšre quâils appellent, le PĂšre quâils foutent
en un point de trou quâon ne peut mĂȘme pas imaginer, nâest-ce pas, je suis
ce que je suis, ça câest un trou, non ! Ben ! câest de lĂ , que par un mouvement
inverse car un trou ça, si vous en croyez mes petits schÚmes, un
trou ça tourbillonne, ça engloutit plutĂŽt hein, puis il y a des moments oĂč
ç a recrache. Ăa recrache quoi? Le Nom. Câest le PĂšre comme Nom."
Â
Â
http://www.profil-couleur.com/lc/003-couleur-newton.php
Notre civilisation est dĂ©sormais complĂštement influencĂ©e par cette prĂ©dominance des teintes Ă tel point que le mot "couleur" devient synonyme de teinte dans notre culture. Mais Newton va plus loin et il est le tout premier Ă proposer un classement des couleurs sous la forme d'un cercle. Cette nouvelle thĂ©orie eut un impact si fort, qu'on crut Ă l'Ă©poque qu'il fallait aussi l'appliquer pour les mĂ©langes de teintes. Il rĂ©gna donc une grande confusion dans l'artisanat des teintures et dans le monde de la peinture jusqu'au milieu du 19e siĂšcle, oĂč enfin les travaux de Maxwell puis de Helmholtz permirent de bien faire la distinction entre les primaires additives du monde de la lumiĂšre et des primaires soustractives du monde des mĂ©langes de teintes.
Selon le principe de la recomposition de la lumiÚre développé par Newton, le mélange de l'ensemble des couleurs spectrales donne la couleur blanche.
Ce n'est que beaucoup plus tard aprÚs les découvertes de Newton, en 1807 exactement, que Thomas Young s'aperçoit qu'il n'est pas nécessaire de réutiliser tous les rayons du spectre pour reconstituer de la lumiÚre blanche, mais que trois d'entre eux suffisent. Il découvre les couleurs primaires RVB (rouge, vert, bleu). On connaissait depuis trÚs longtemps les couleurs primaires nécessaires au mélange des colorants qui sont le cyan, le magenta et le jaune mais personne n'avait imaginer que pour les rayons lumineux, il existait des couleurs primaires différentes.
Trois couleurs spectrales sont suffisantes pour reconstituer la couleur blanche. Les plus souvent employées sont le RVB (rouge, vert, bleu) par imitation de la perception visuelle.
Young fit la dĂ©couverte des couleurs primaires en s'intĂ©ressant aux rĂ©cepteurs sensoriels de l'Ćil. Il proposa comme hypothĂšse que la vision humaine utilise trois capteurs rouge, vert et bleu (RVB) capables de rĂ©aliser la synthĂšse de toutes les autres couleurs. Ce n'est que plusieurs annĂ©es plus tard que cette hypothĂšse audacieuse sera confirmĂ©e par des expĂ©rimentations physiologiques sur l'Ćil qui montreront l'existence de trois types de cĂŽnes sur la rĂ©tine sensible respectivement au rouge , au vert et au bleu. Young avait devinĂ© que les diffĂ©rentes longueurs d'onde prĂ©sentes dans la lumiĂšre avaient une action directe sur la sensibilitĂ© de ces cĂŽnes.
« Je me demandais ce quâest un adulte, peut-ĂȘtre que lâadulte, câest celui qui accepte ce fait de structure qui est que, au lieu de lâAutre, il nây a pas de figure dont je puisse me rĂ©clamer au titre dâune filiation, ne serait-ce que parce que cet Autre est par dĂ©finition hĂ©tĂ©rogĂšne. HĂ©tĂ©rogĂšne !»
Charles Melman, Le complexe de MoĂŻse, mai 1998
Â
"...dire que lĂ -dessus les Juifs soient pas gentils hein ! ils nous ont bien
expliquĂ© que câĂ©tait le PĂšre, le PĂšre quâils appellent, le PĂšre quâils foutent
en un point de trou quâon ne peut mĂȘme pas imaginer, nâest-ce pas, je suis
ce que je suis, ça câest un trou, non ! Ben ! câest de lĂ , que par un mouvement
inverse, car un trou ça, si vous en croyez mes petits schÚmes, un
trou ça tourbillonne, ça engloutit plutĂŽt hein, puis il y a des moments oĂč
ça recrache. Ăa recrache quoi? Le Nom. Câest le PĂšre comme Nom.
...
(en parlant des analystes)
Quand ils ne sâidentifient pas Ă un groupe, ils
sont foutus, ils sont Ă enfermer. Mais, je ne dis pas par lĂ Ă quel point du
groupe ils ont Ă sâidentifier. Le dĂ©part de tout noeud social se constitue,
dis-je, du non-rapport sexuel comme trou."
Jacques Lacan, RSI, 15 avril 75
Â
"On estime que les femmes ont apportĂ© peu de contributions aux dĂ©couvertes et aux inventions de l'histoire de la culture mais peut-ĂȘtre ont-elles inventĂ© une technique, celle du tressage et du tissage."
Sigmund Freud, Nouvelles conférences, La féminité, page 177, Folio poche
Â
"...cette remarque de Freud que dans lâinconscient ne fonctionne pas le principe de contradiction, remarque qui nâest que de premiĂšre approche, inadĂ©quate en un sens, si elle va jusquâĂ impliquer quâil nây ait pas de signe de nĂ©gation dans lâinconscient, car nous savons tous, et Ă lire les textes de Freud lui-mĂȘme, que la nĂ©gation a - je ne dis pas dans lâinconscient, ça ne voudrait rien dire, mais dans les formations de lâinconscient, - des reprĂ©sentants tout Ă fait repĂ©rĂ©s et clairs.
La prĂ©tendue suspension du principe de non-contradiction au niveau de lâinconscient, câest simplement cette fondamentale splitting du sujet".
J.Lacan, Lobjet de la psychanalyse, 23 mars 1966
"...lâorigine de la notion de symptĂŽme, qui nâest pas du tout Ă chercher dans Hippocrate, qui est a chercher dans Marx, qui le premier dans la liaison quâil fait entre le capitalisme et quoi ? le bon vieux temps, ce quâon appelle quand on veut enfin ! tĂącher de lâappeler autrement, le temps fĂ©odal. Lisez lĂ -dessus toute la littĂ©rature : le capitalisme est considĂ©rĂ© comme ayant certains effets, et pourquoi en effet, nâen aurait-il pas !
Ces effets sont somme toute, bĂ©nĂ©fiques, puisquâil a lâavantage de rĂ©duire Ă rien lâhomme prolĂ©taire, grĂące Ă quoi lâhomme prolĂ©taire rĂ©alise lâessence de lâhomme. Et dâĂȘtre dĂ©pouillĂ© de tout est chargĂ© dâĂȘtre le messie du futur. Telle est la façon dont Marx analyse la notion de symptĂŽme. Il donne bien sĂ»r des foules dâautres symptĂŽmes, mais la relation de ceci avec une foi en lâhomme est tout a fait incontestable.
Si nous faisons de lâhomme, non plus quoique ce soit qui vĂ©hicule un futur idĂ©al, mais si nous le dĂ©terminons de la particularitĂ© dans chaque cas, de son inconscient et de la façon dont il en jouit, le symptĂŽme reste Ă la mĂȘme place oĂč lâa mis Marx, mais il prend un autre sens, il nâest pas un symptĂŽme social, il est un symptĂŽme particulier.
J.Lacan, séminaire RSI, leçon du 18 février 1975
Cela ne veut pas dire quâil nâen existe pas. Lâimportant, câest quâon ne peut pas dĂ©montrer quâil est impossible quâil en existe. VoilĂ de lâindĂ©cidable.
De lâindĂ©cidable dont le lien avec la structure est la fonction logique des quantificateurs⊠ce privilĂšge de la fonction de la quantification tient Ă ce quâil en est de lâessence du tout et de sa relation Ă la prĂ©sence de lâobjet a.
Il existe quelque chose qui fonctionne pour que tout sujet se croie tout, pour que le sujet se croie tout sujet, et par lĂ mĂȘme sujet de tout, de ce fait mĂȘme en droit de parler de tout.
Or, ce que nous donne lâexpĂ©rience analytique est ceci quâil nây a pas de sujet dont la totalitĂ© ne soit illusion, parce quâelle ressortit Ă lâobjet a en tant quâĂ©lidĂ©.
Â
20 mars 68, Lâacte psychanalytique
RSI, Leçon VII
« Celle qui vit son mari tout armé,
Sauf la braguette, aller en escarmouche,
Lui dit : « Ami ; de peur quâon ne vous touche,
Armez cela qui est le plus aimé. »
Quoi ? Tel conseil doit-il ĂȘtre blĂąmĂ© ?
Je dis que non : car sa peur la plus grande
Etait de perdre, le voyant animé,
Le bon morceau dont elle était friande. »
Rabelais
Â
RSI, fin leçon VII
Laurent, serrez ma haire avec ma discipline,âš
Et priez que toujours le Ciel vous illumine.âš
Si l'on vient pour me voir,
je vais aux prisonniers.
âšDes aumĂŽnes que j'ai partager les deniers.
MoliĂšre Le Tartuffe
Â
"Que l'angoisse, chez Lacan, soit rĂ©fĂ©rĂ©e au dĂ©sir de l'Autre et donc au manque qui l'affecte, nous permet de repĂ©rer le rĂŽle qu'y joue la fonction phallique puisque si le phallus manque Ă venir dans le champ oĂč l'objet "a" se prĂ©sente comme tel, alors s'impose la question de ce que me veut l'Autre, la question du dĂ©sir de l'Autre, sans qu'aucune nomination ne permette de l'organiser, de la lier dans la signifiance"
Jacques Garnier, Journées de l'Ali à Rennes, octobre 2006
"Pour nous mettre directement dans notre travail, je ferai appel Ă trois citations
Freud : "L'angoisse Ă©tant un Ă©tat d'affect, ne peut ĂȘtre Ă©prouvĂ© que par le moi"
Lacan : "L'angoisse est le signe du désir de l'Autre"
Melman : "L'angoisse est liée à l'inexistence de l'Autre"
D. Sainte Fare Garnot, Journée de l'Ali à Rennes, octobre 2006
C'est la corde qui fut le premier outil des mathĂ©maticiens. D'oĂč l'importance dans la gĂ©omĂ©trie d'Euclide, de la rĂšgle (la corde tendue) et le compas (la corde fixĂ©e Ă une extrĂ©mitĂ©).
Ces deux outils devinrent les instruments fondamentaux de la géométrie de la droite et du cercle.
Les bords du Nil, en Egypte, sont une bénédiction pour les agriculteurs que sont devenus ces peuples civilisés depuis les millénaires. La terre y est, en effet, trÚs fertile et les cultures y sont faciles (...) Chaque année, le grand fleuve y apporte de la nouvelle terre, et chaque année, il l'inonde pour la rendre plus riche encore.
Justement, le problÚme est dans l'inondation des terres. Une fois le fleuve retiré, au moment de planter, comment reconnaßtre son jardin, sonchamp, sur ces immenses surfaces de terre sans aucun repÚre?
Et c'est lĂ que ceux qui connaissent les premiers rudiments de mathĂ©matiques, les "gĂ©omĂštres" (ceux qui mesurent la terre) de l'administration pharaonique, apparaissent avec leurs cordes et leurs piquets dans leurs mains, et avec les thĂ©orĂšmes de ThalĂšs et de Pythagore dans leurs tĂȘtes pour tracer des perpendiculaires. Ils vont utiliser les bords du Nil comme une immense feuille de travail pour y dessiner des figures "gĂ©omĂ©triques"...
Maths CollÚge, André Deledicq, Editions de la cité
Â
L'angoisse
Kierkegaard prend « l'angoisse » comme fil conducteur, dans le Concept de l'angoisse , pour explorer de quelle maniĂšre la libertĂ© s'atteste elle-mĂȘme Ă l'existence singuliĂšre, de façon paradoxale, seul un ĂȘtre libre pouvant faire l'expĂ©rience de l'angoisse - expĂ©rience de la libertĂ© comme fardeau et obstacle. L'angoisse est le « vertige du possible », on la ressent lorsque l'on est confrontĂ© Ă une infinitĂ© de possibilitĂ©s et qu'il faut faire un choix. L'angoisse, contrairement Ă la peur, n'a donc pas d'objet dĂ©terminĂ©. On a peur « de quelque chose », mais on n'angoisse pas « de quelque chose ». L'angoisse est indĂ©terminĂ©e, elle met en branle l'ensemble de l'existence. Heidegger dira que l'angoisse met en branle l'ensemble de l'ĂȘtre, et nous fait apercevoir le nĂ©ant.
Nous portons la lourde responsabilité de ce choix, et de plus nous ne pouvons pas prévoir si ce choix sera bon ou pas. L'existence se caractérise par son aspect fonciÚrement contingent et imprévisible, l'homme doit donc se risquer à choisir et à agir sans pouvoir maßtriser totalement son avenir. C'est le sens du « saut » dans l'absurde. Aucune doctrine, aucun systÚme philosophique ou scientifique, aucune dogmatique religieuse ne peuvent rassurer l'homme quant à ses choix, il doit les faire en ùme et conscience en derniÚre instance. (wikipedia)
Â
L'intervalle qui se rĂ©pĂšte, structure la plus radicale de la chaĂźne signifiante, est le lieu que hante la mĂ©tonymie, vĂ©hicule, du moins l'enseignons nous, du dĂ©sir. C'est en tout cas l'incidence oĂč le sujet Ă©prouve dans cette intervalle Autre chose Ă le motiver que les effets de sens dont le sollicite un discours, qu'il rencontre effectivement le discours de l'Autre, avant mĂȘme qu'il puisse seulement le nommer dĂ©sir, encore bien moins envisager son objet. Ce qu'il va y placer, c'est son propre manque sous la forme du manque qu'il produirait chez l'Autre de sa propre disparition. Disparition qu'il a, si nous pouvons dire, sous la main, de la part de lui mĂȘme qui lui revient de son aliĂ©nation premiĂšre.
Ecrits, page 843
A la fin de la leçon du 19 fĂ©vrier 1974, du sĂ©minaire Les non-dupes errent, Lacan dĂ©ploie sa logique modale. C'est Ă la page 131 de la derniĂšre version du sĂ©minaire de lâALI, que nous reprenons ici, avec quelques corrections en suivant la version orale. (Lacan souligne quelques phrases en criant. Nous les avons transcrites en caractĂšres gras)
Pour voir le tableau de la logique modale de la leçon du 19 février 1974, cliquer ici
1:18:17 (à une heure 18 minutes du début de la leçon)
S'il est vrai que ça ne se situe que lĂ oĂč je vous le dis, câest-Ă -dire lĂ oĂč la contradiction nâest en fin de compte quâartifice, artifice de supplĂ©ance, mais qui nâen reste pas pour ça moins vrai, le vrai jouant lĂ le rĂŽle de quelque chose dont on part pour inventer les autres modes.
Câest Ă savoir que nĂ©cessaire que p, quelque vĂ©ritĂ© que ce soit, ne peut se traduire que par ça ne cesse pas de sâĂ©crire.
Chacun voit entre ce fait, ce fait que quelque chose ne cesse pas de sâĂ©crire - entendez par lĂ que ça se rĂ©pĂšte, que câest toujours le mĂȘme symptĂŽme, que ça tombe toujours dans le mĂȘme godant... Vous voyez bien quâentre le ne cesse pas de sâĂ©crire p et le ne cesse pas de sâĂ©crire non-p, nous sommes lĂ dans lâartefact dont tĂ©moigne justement et qui tĂ©moigne en mĂȘme temps de cette bĂ©ance concernant la vĂ©ritĂ©, et que lâordre du possible est comme lâindique Aristote, connectĂ© au nĂ©cessaire. Ce qui cesse de sâĂ©crire, câest p ou non-p. En ce sens, le possible tĂ©moigne de la faille de la vĂ©ritĂ©. Ă ceci prĂšs quâil nây a rien Ă en tirer.
Il nây a rien Ă en tirer, et Aristote lui-mĂȘme en tĂ©moigne. Il y tĂ©moigne de sa confusion Ă tout instant entre le possible et le contingent, ce quâĂ©crit ici mon V vers le bas, Î... car aprĂšs tout, ce qui cesse de sâĂ©crire peut aussi bien cesser de ne pas sâĂ©crire, Ă savoir venir au jour comme vĂ©ritĂ© du truc⊠Il peut arriver que jâaime une femme comme un chacun dâentre vous - c'est ce sorte d'aventures dans lesquelles vous pouvez glisser - ça ne donne pourtant aucune assurance concernant lâidentification sexuelle de la personne que jâaime pas plus que de la mienne.
Seulement il y a quelque chose qui, entre toutes ces contingences, pourrait bien tĂ©moigner de la prĂ©sence du RĂ©el. Et ça câest bien ce qui ne sâavance que du dire pour autant quâil se supporte du principe de contradiction. Ce qui bien sĂ»r, naturellement, nâest pas du dire courant de tous les jours... Non seulement dans le dire courant de tous les jours vous vous contredisez sans cesse, câest-Ă -dire que vous ne faites aucune attention Ă ce principe de contradiction, mais il nây a vraiment que la logique qui lâĂ©lĂšve Ă la dignitĂ© dâun principe, et qui vous permette, non pas, bien sĂ»r, dâassurer aucun RĂ©el, mais de vous y retrouver dans ce quâil pourrait ĂȘtre quand vous lâaurez inventĂ©.
Et câest bien en quoi ce que jâai marquĂ© concernant lâ impossible, câest-Ă -dire ce qui sĂ©pare, mais autrement que ne fait le possible, ce nâest pas un ou-ou, câest un et-et. En dâautres termes, que ce soit Ă la fois p et non-p, câest impossible, câest trĂšs prĂ©cisĂ©ment ce que vous rejetez au nom du principe de contradiction. Câest pourtant le RĂ©el puisque câest de lĂ que je pars, Ă savoir que pour tout savoir il faut quâil y ait invention, que câest ça qui se passe dans toute rencontre, dans toute rencontre premiĂšre avec le rapport sexuel.
La condition pour que ça passe au RĂ©el, la logique, et câest en ça quâelle sâinvente, et que la logique câest le plus beau recours de ce quâil en est du savoir inconscient. Ă savoir de ce avec quoi nous nous guidons dans le pot-au-noir.
Ce que la logique est arrivĂ©e Ă Ă©lucubrer, câest non pas de sâen tenir Ă ceci quâentre p et non-p, il faut choisir, et quâĂ cheminer selon la veine du principe de contradiction, nous arriverons Ă en sortir quant au savoir.
Ce qui est important, ce qui constitue le RĂ©el, câest que, par la logique, quelque chose se passe, qui dĂ©montre non pas quâĂ la fois p et non-p soient faux, mais que ni lâun ni lâautre ne puissent ĂȘtre vĂ©rifiĂ© logiquement dâaucune façon. Câest lĂ le point, le point de re-dĂ©part, le point sur lequel la prochaine fois je reprendrai, cet impossible de part et dâautre, câest lĂ le RĂ©el tel que nous le permet de le dĂ©finir la logique, et la logique ne nous permet de le dĂ©finir que si nous sommes capables, cette rĂ©futation de lâun et de lâautre, de lâinventer.
Â
Et câest lĂ quâentre en jeu tout ce qui sâĂ©difie du terme de phallus qui est bien lĂ ce qui dĂ©signe un certain signifiĂ©, un signifiĂ© dâun certain signifiant parfaitement Ă©vanouissant, car pour ce qui est de dĂ©finir ce quâil en est de lâhomme ou de la femme, ce que la psychanalyse nous montre, câest trĂšs prĂ©cisĂ©ment que câest impossible et que, jusquâĂ un certain degrĂ©, rien nâindique spĂ©cialement que ce soit vers le partenaire de lâautre sexe que doive se diriger la jouissance, si la jouissance est considĂ©rĂ©e, mĂȘme un instant, comme le guide de ce quâil en est de la fonction de reproduction.
Le savoir du psy, 4 novembre 71
Câest trĂšs prĂ©cisĂ©ment pour traduire la formule : Je te demande quoi ? de refuser ce que quoi ? Ce que je tâoffre, câest-Ă -dire quelque chose qui au regard de ce dont il sâagit â et vous savez ce que câest â câest Ă savoir lâobjet petit a â lâobjet petit a nâest aucun ĂȘtre, lâobjet petit a câest ce que suppose, suppose de vide une demande, dont, en fin de compte, ce nâest quâĂ la dĂ©finir comme situĂ©e par la mĂ©tonymie, câest-Ă -dire par la pure continuitĂ© assurĂ©e du commencement ou dĂ©but de la phrase, que nous pouvons imaginer ce quâil peut en ĂȘtre dâun dĂ©sir quâaucun ĂȘtre ne supporte .
Je veux dire qui est sans autre substance que celle qui sâassure des nĆuds mĂȘmes. Et la preuve, câest que, Ă©nonçant cette phrase : je te demande de refuser ce que je tâoffre, je nâai pu que la motiver de ce "ce nâest pas ça" dont jâai parlĂ©, que jâai repris la derniĂšre fois, et qui veut dire que, dans le dĂ©sir de toute demande, il nây a que la requĂȘte de ce quelque chose qui au regard de la jouissance qui serait satisfaisante , qui serait la Lustbefriedigung supposĂ©e dans ce quâon appelle Ă©galement improprement dans le discours analytique la pulsion gĂ©nitale, celle oĂč sâinscrirait un rapport qui serait le rapport plein, le rapport inscriptible entre ce quâil en est de lâun avec ce qui reste irrĂ©ductiblement lâautre.
Câest en quoi jâai insistĂ© sur ceci, câest que le partenaire de ce je qui est le sujet, le sujet de toute phrase de demande, câest que son partenaire est non pas lâAutre mais ce quelque chose qui vient se substituer Ă lui sous la forme de cette cause du dĂ©sir que jâai cru pouvoir diversifier, diversifier et ce nâest pas sans raison, en 4, en tant quâil se constitue, selon la dĂ©couverte freudienne, en tant quâil se constitue diversement de lâobjet de la succion, de lâobjet de lâexcrĂ©tion, du regard, et aussi bien de la voix.
Câest en tant que substitut de ce quâil en est de lâAutre que ces objets sont rĂ©clamĂ©s, sont faits cause du dĂ©sir.
Encore 15 mai 73
Il se peut que la spatialitĂ© soit la projection de lâĂ©tendue de lâappareil psychique . Aucune autre dĂ©duction nâest vraisemblable. Au lieu du a priori kantien, (les) conditions de notre appareil psychique. La psychĂ© est Ă©tendue, (mais elle) n'en sait rien. Sigmund Freud, 1938, RĂ©sultats, idĂ©es, problĂšmes .
Gamow, physicien quantique, russe d'origine, à qui l'on doit la théorie du Big Bang et d'autres choses encore, raconte cette histoire à propos de Dirac, autre physicien quantique:
Une fois, se trouvant chez Kapitza, Dirac, tout en parlant de physique avec Peter, regardait Anya Kapitza tricoter.
Quelques heures aprÚs les avoir quittés, il revint, tout excité: "Vous savez, Anya," lui dit-il, "en vous regardant faire ce pull-over, je me suis beaucoup intéressé à l'aspect topologique du problÚme.
J'ai trouvé qu'il y avait une autre façon de tricoter, et une seule. Il y a celle que vous employez, puis celle-ci ". Et, de ses doigts longs et fins, il fit sa démonstration. Anya lui apprit que la "nouvelle façon" qu'il venait de découvrir était tout simplement le "point à l'envers", bien connu des femmes."
Cité par Serge Hajlbum dans un forum dans la web
Envers de la psychanalyse
Â
Ce quâon attend dâun psychanalyste, câest comme je lâai dit la derniĂšre fois,
de faire fonctionner son savoir en termes de vérité.
Lâamour de la vĂ©ritĂ© est ce quelque chose qui se cause de ce manque Ă
ĂȘtre de la vĂ©ritĂ©, ce manque Ă ĂȘtre que nous pourrons aussi appeler autrement,
ce manque dâoubli ce qui se rappelle Ă nous dans les formations de
lâinconscient, ce nâest rien qui soit de lâordre de lâĂȘtre, dâun ĂȘtre plein
dâaucune façon.
Quâest-ce que câest que « ce dĂ©sir indestructible» dont
parle Freud pour conclure les derniĂšres lignes de sa Traumdeutung?
Quâest-ce que câest que ce dĂ©sir que rien ne peut changer ni flĂ©chir quand
tout change ? Ce manque dâoubli, câest la mĂȘme chose que ce manque Ă
ĂȘtre, car ĂȘtre ce nâest rien dâautre que dâoublier.
Cet amour de la vĂ©ritĂ©,câest cet amour de cette faiblesse, cette faiblesse dont nous avons su lever
le voile. Câest ceci que la vĂ©ritĂ© cache et qui sâappelle la castration.
Â
La lettre, selon Mme du Deffand, doit faire entendre une voix, beaucoup plus que développer un point de vue. Il ne s'agit pas de prouver qu'on a raison, mais de susciter l'illusion d'une présence - Voltaire affirmant qu'il ne saurait écrire une lettre si elle ne concerne un thÚme précis ou ne traite d'un problÚme.
La marquise prĂ©tendant qu'il est plus drĂŽle de s'abandonner : Rien n'est plus drĂŽle qu'un commerce oĂč l'on se dit tout ce qui nous passe par la tĂȘte ; mais je n'en suis pas lĂ avec vous. Ce marchĂ© serait trop avantageux pour moi ; je vous donnerais des bulles de savon en Ă©change du votre en barre.
Â
I wish I could tell you half the things Alice used to say, beginning with her favourite phrase Let's pretend . She had had quite a long argument with her sister only the day before - all because Alice had begun with Let's pretend we're kings and queens ; and her sister, who liked being very exact, had argued that they couldn't, because there were only two of them, and Alice had been reduced at last to say, Well, YOU can be one of them then, and I'LL be all the rest.
Alice through the looking glass, Lewis Caroll
Le complexe d'Oedipe est la façon dont on peut se défendre contre la structure par l'histoire.
L'histoire introduit dans la structure une temporalitĂ©, un avant et un aprĂšs, cette temporalitĂ© apprivoise la fonction de la cause puisque dans l'histoire la cause n'est plus supportĂ©e que par ce qui est antĂ©cedent, par ce qui est antĂ©rieure dans la chaĂźne symbolique. L'histoire imaginarise ainsi le Symbolique pour se dĂ©fendre contre le RĂ©el. Ce qui pour l'histoire fait cause n'est rien qu'un prĂ©decesseur dans la chaĂźne : ce qui dans la chaĂźne se trouve avant. Un hommage est ainsi rendu au pĂšre qui, en mĂȘme temps, se trouve enchaĂźnĂ©, puisqu'il est rĂ©duit Ă n'ĂȘtre qu'un Ă©lĂ©ment quelconque de la chaĂźne ; il ne doit son pouvoir qu'au fait purement accidentel d'avoir Ă©tĂ© avant.
La problĂ©matique de l'histoire est ainsi typiquement obsessionnelle ; elle cĂ©lĂšbre le pĂšre en le rĂ©duisant Ă n'ĂȘtre que celui qui Ă©tait lĂ d'abord.
(...)
Nous aimons les histoires parce qu'elles annulent la dimension du Réel.
Le complexe d'Oedipe est prototypique de notre rapport Ă l'histoire, il est notre Ur-histoire, l'histoire originelle, il dit en effet le commencement, la genĂšse, en mettant le pĂšre Ă la place de la cause.
(...)
Comment se fait-il qu'un mĂȘme mythe, celui de l'Oedipe, soit retrouvĂ© dans l'inconscient du sujet occidental et ce, que que soit son sexe, puisque ce mythe fonctionne Ă l'insu du sujet dont, par ailleurs, il mĂ©nage l'ex-sistence sans avoir jamais Ă©tĂ© explicitĂ©?
(...)
Il y a d'autres façon d'historiser le RĂ©el, c'est-Ă -dire lĂ encore de s'en dĂ©fendre. Il y a par exemple le mythe individuel, cette fois, du nĂ©vrosĂ©. Ainsi la cause, c'est-Ă -dire ce qui est toujours cause de l'insatisfaction, cette cause pourra ĂȘtre attribuĂ©e Ă des incidences diverses : insuffisance de l'amour maternel, pĂšre chatrĂ©, naissance d'un frĂšre ou d'une soeur, traumatisme sexuel, etc.
(...)
L'Oedipe qui fait du pÚre mort la cause est bien agent de normalisation psychique puisqu'il dit quel est l'étalon de la valeur commune : le phallus. Il fait de la femme l'image désirable et de l'idéal paternel le support du narcissisme. Mais bien qu'étant un agent de normalisation psychique permettant d'entrer dans le circuit des échanges - qu'ils soient sexuels, sociaux ou économiques, - l'Oedipe appelle néanmoins trois remarques.
En premier lieu, il ment sur la cause du désir, puisqu'il désigne cette cause comme étant la mÚre. D'autre part, il organise de façon définitive l'interdit de savoir quelle est la cause véritable du désir sous peine de réaliser l'inceste. Enfin, ce mythe de l'Oedipe fait de l'insatisfaction sexuelle la rÚgle normative.
(...)
Or, sans s'exposer Ă nul inceste, il est possible de savoir qu'en premier lieu la cause du dĂ©sir n'est pas la mĂšre mais l'objet qu'elle recĂšle dans la mesure oĂč cet objet fait l'attirance du pĂšre pour elle. D'autre part, cet objet peut ĂȘtre su, dĂ©signĂ©, nommĂ© et cela sans aucun risque d'encourir l'inceste ou de le pratiquer, car si la mĂšre est support de l'Autre, du grand Autre comme corps, si elle est corps de l'Autre, si c'est elle dont le corps donne consistance Ă l'Autre, elle est Ă jamais pour quiconque insaississable car infinie.
Le caractÚre pathogÚne de incestes effectivement réalisés tient vraisemblablement à une confusion du grand Autre avec l'objet a.
Extrait de Refoulement et déterminisme des névroses,
séminaire de Charles Melman de 1989-90. Leçon du 12 octobre 1989
lâhomme va se reconnaĂźtre et se
méconnaßtre partout... Il se sert de cet
autre dĂ©sormais vide comme dâun
miroir vrai pour y projeter la surface
invisible qui est lui-mĂȘme et y voir se
dessiner ce qui lui est le plus interdit -
la Chose
notes/transcription de Claude Conté sur la conférence de Lacan "De ce que j'enseigne"
parue en annexe dans le séminaire sur "L'identification", Ali, page 408
Il faut qu'il y ait une espÚce de transmutation qui s'opÚre du signifiant à la lettre, quand le signifiant n'est pas là - (quand il ) est à la dérive, n'est-ce pas, (quand il) a foutu le camp - dont il faudrait se demander comment ça peut se produire
(...)
Tout de mĂȘme, on ne peut pas faire que sur le sujet de cette lettre on n'ait pas affaire Ă un champ qui s'appelle mathĂ©matique, Ă un endroit oĂč on ne peut pas Ă©crire n'importe quoi. (...) C'est en cela que ce domaine se distingue
(...)
Je posai la question de ce qu'on pourrait appeler un mathÚme, posant déjà que c'est le point pivot de tout enseignement. Autrement dit qu'il n'y a d'enseignement que mathématique, le reste est plaisanterie.
Jacques Lacan, ... Ou pire, le 15 décembre 1971
...Câest en tant que ce champ de lâAutre nâest, comme on dit techniquement, « pas consistant », que lâĂ©nonciation prend la tournure de la demande, ceci avant que quoi que ce soit, qui charnellement puisse rĂ©pondre...
Jacques Lacan