Sur la clinique du noeud à trois, présentation de Thatyana Pitavy et discussion

Approche des consĂ©quences thĂ©oriques, cliniques et thĂ©rapeutiques, voire institutionnelles du nƓud borromĂ©en – mardi 26 mars 2013 –

Thatyana Pitavy et Marc Darmon : Sur la clinique du nƓud à trois

Thatyana Pitavy : Clinique du trois

Rien n’a changĂ©, Tout a changĂ©, disait rĂ©cemment une  patiente qui travaille dans la communication
 en l’écoutant je me disais que cela Ă©tait assez juste, qu’effectivement nous sommes toujours des ĂȘtres de langage, fort heureusement nous sommes toujours embarrassĂ©s et causĂ©s par ce langage qui nous habite et dĂ©bilite
  Qu’on soit dupe ou pas
 Qu’on veuille ou pas, c’est ainsi, rien n’a changĂ©. NĂ©anmoins, la question est celle de savoir ce qui a changĂ© mais qui pour autant reste le mĂȘme ?

En quoi cela a Ă  faire avec la clinique du trois ? Le trois fait-il clinique ? Quoi qu’il en soit, le trois borromĂ©en reste un outil assez intĂ©ressant et consĂ©quent pour rĂ©pondre Ă  certains des impasses Ă©thiques, cliniques et structurelles auxquels nous sommes confrontĂ©s aujourd’hui...

Disons que le plongement du sujet lacanien dans ce monde mouvant, changeant, opĂšre des modifications radicales dans sa vie psychique. Je ne dirais pas des modifications structurelles, car, si l’on suit Lacan Ă  la fin de son enseignement, il me semble que la notion mĂȘme de structure est celle du trois pour chacun de nous. Structure originaire, minimale, un dĂ©jĂ  là
 radicalement humain.

Que le dĂ©part soit le mĂȘme pour tout parlĂȘtre, ne veut pas dire que chaque sujet est affectĂ© de la mĂȘme façon par ce nƓud de langage
 bien que, il y a ce point crucial sur lequel nous n’insistons pas assez, point qui semble faire « commune mesure » pour l’espĂšce humaine, c’est cette paranoĂŻa constitutive, organisatrice qui s’inscrit dĂšs le dĂ©part dans notre rapport Ă  l’Autre, paranoĂŻa ordinaire, sans doute, notre pente de prĂ©dilection


Clinique du trois ? J’avoue que j’ai le sentiment d’avancer sur un terrain minĂ©, car depuis quelques mois nous sommes tous bien agitĂ©s autour de cette question
 Trois ou quatre ? Pour ou contre ? Comme s’il fallait choisir son camp, prendre parti
 Ou bien ce mĂȘme dĂ©bat qui se dĂ©place sous cette autre forme : si oui ou non il ek-siste un sujet dit moderne, contemporain, ou bien s’il ek-siste une clinique Autre que celles des nĂ©vroses, psychoses et perversions


Il semblerait que le trois vienne rĂ©ellement nous imposer une sorte d’impasse Ă©thique
 Et qui n’est pas tout Ă  fait celui du pour ou du contre
 ça serait trop facile
 Une chose est certaine, cette histoire ne nous laisse pas indiffĂ©rent
 Si ce n’est qu’elle vient interroger trĂšs directement ce qui est pour chacun de nous une fin de cure, une fin de transfert, une faim (f-a-i-m) de transfert
 en tout cas comment entendre cette formule lacanienne que dit « s’en passer Ă  condition de pouvoir s’en servir » sans passer justement par la question du trois et du quatre


Évidemment pour les psychanalystes, cela est trĂšs important, voire mĂȘme symptomatique
 le seul souci c’est de supposer qu’il y aurait une nodalitĂ© meilleure que l’autre
 un modĂšle Ă  suivre, une finalitĂ© quoi
 Ceci dit, c’est clair que le choix radical du trois ou celui du quatre n’organise pas un sujet de la mĂȘme façon
 encore moins un analyste, incontestablement, il s’agit lĂ  d’un choix qui oriente
 Alors qu’il suffirait de creuser un peu, pour vite se rendre compte que nous sommes tous, quand mĂȘme, dans le mĂȘme trou
 que ça soit celui de la structure ou celui de la vie. Ce n’est pas rien de localiser la vie dans le trou du rĂ©el comme fait Lacan dans La TroisiĂšme, la vie qui fait trou, la vie qui est un trou
 nous y sommes


NĂ©anmoins, revenons Ă  l’essentiel, c’est-Ă -dire, comment rĂ©pondre aujourd’hui aux effets actuels, localisĂ©s, voire mĂȘme diffus de ce que nous rencontrons dans nos pratiques, car tout cela, constatons-le, bouge Ă  toute vitesse


Ce que j’observe dans la clinique, qu’elle soit institutionnelle ou libĂ©rale, c’est que le trois et le quatre se donnent Ă  lire comme diffĂ©rence pour un mĂȘme sujet
 Vu sous cet angle, ce n’est pas tant une question de choisir entre l’un ou l’autre, trois ou quatre, mais plutĂŽt de s’intĂ©resser Ă  ce qui se met en place entre un et l’autre dans le dispositif de l’analyse. Le transfert Ă©tant ce lieu privilĂ©giĂ© oĂč s’articule ce dialogue « intĂ©rieur », intime, tenu, serrĂ©, quelquefois fĂ©roce de l’un avec l’autre. Ce qui n’est toujours pas Ă©vident c’est la maniĂšre de restituer cliniquement ce dialogue
 Je vais quand mĂȘme me risquer Ă  vous en faire ici une lecture en vous proposant ces quelques remarques


Dans la leçon du 16 décembre 1975 du Sinthome, Lacan pose la question suivante :

« Si le trois est bien le support de toute espĂšce de sujet, comment l’interroger ? Comment l’interroger de telle sorte que ce soit bien d’un sujet qu’il s’agisse ?

Tout d’abord, je dirais que le trois comme lieu de refoulement se superpose Ă  la notion de structure elle-mĂȘme. Le trois, RĂ©el, Symbolique et Imaginaire comme support du langage et du sujet est l’écriture de la structure, Ă©criture rĂ©elle proposĂ©e par Lacan Ă  la fin de son enseignement.

DeuxiĂšme point, c’est celui du dĂ©nouage
 mĂȘme si cela me semble logique d’affirmer qu’un nƓud qui se noue peut se dĂ©nouer
 Or, comment supposer un parlĂȘtre dĂ©nouĂ© de ces trois consistances, RSI ? MĂȘme dans les psychopathologies les plus complexes comme l’Autisme, la MĂ©lancolie ou encore dans les Ă©tats psychotiques dissociatifs aigus oĂč effectivement tout semble dĂ©nouĂ©. Mais enfin, que serait-il d’un sujet supposĂ© hors langage, hors structure ? DĂ©fait pour le coup


Je me dis qu'Ă  ce moment-lĂ , nous n’aurions qu’à nous considĂ©rer comme un animal parmi d’autres, comme ceux qui ne parlent pas
 aprĂšs tout, on peut faire comme si du langage on pouvait s’en passer, ça serait tellement plus simple de laisser faire la Nature
 Seulement, chez nous, c’est radical, ça parle, c’est comme ça.

Je partirais de cette idĂ©e que la structure du sujet est radicalement celle du trois et que ce nƓud de langage ne se dĂ©noue jamais. Encore, faut-il dire ce qu’on entend par trois, je dirais qu’il peut se montrer par trois temps et par trois modalitĂ©s distinctes : dans sa forme rĂ©duite (le tryskel), dans sa forme homogĂšne (le nƓud de trĂšfle) et dans sa forme gĂ©nĂ©ralisĂ©e (le nƓud borromĂ©en Ă  trois).

Je rappelle que ces trois temps et ces trois modalitĂ©s sont l’effet d’une sĂ©rie d’opĂ©rations de coupure et de raboutage. La coupure n’étant pas ici l’équivalent d’un dĂ©nouage, mais on peut nĂ©anmoins supposer qu’il s’agit des moments ou des instants dĂ©licats pour un sujet, car une opĂ©ration Ă  nƓud ouvert, c’est toujours risqué 

Si le trois est bien le support de toute espĂšce de sujet, alors le quatre ? Qu’est-ce qu’il vient faire là ? Comment vient-il se rajouter ? Comment vient-il s’attacher ? Il me semble qu’on peut se mettre d’accord pour dire qu’il ek-siste Ă  la structure, cependant je dirais qu’il ek-siste non pas comme une nĂ©cessitĂ© mais comme une contingence.

Ce quatre qui se rajoute Ă  la structure, dans l’espace temps d’une cure, sous le nom du transfert, est la possibilitĂ© pour un sujet de se nommer à
 Se nommer « a » implique de pouvoir se servir de ce lieu Autre Ă  fin de border ce triple trou borromĂ©en, pour ensuite pouvoir s’en passer
 Dans ce dispositif (de l’analyse), le quatre  viendrait se rajouter de façon purement temporaire.

Dans cette condition-lĂ , il n’est peut-ĂȘtre qu’artifice, un confort pas nĂ©gligeable quand un sujet dĂ©cide d’aller vĂ©rifier son trou
 D’un Autre Ă  l’autre, Grand A en forme de petit a
 Bon, laissons la contingence du quatre pour une autre fois, et revenons au trois


Je me demandais pourquoi aujourd’hui on s’intĂ©resse davantage au trois, au trois borromĂ©en ? Faisons cette hypothĂšse que c’est parce qu’il se donne Ă  lire plus ouvertement qu’avant. On peut considĂ©rer que ce qui se donne Ă  lire et Ă  entendre de façon plus explicite n’est rien d’autre que la structure du trois qui se montre, qui se dĂ©voile en quelque sorte


En cela rien n’a changĂ©, tout a changé  ce qui change c’est le fait, c’est l’effet de savoir
 Ce n’est pas rien de savoir, ce qui n’était pas le cas Ă  l’époque oĂč Lacan a essayĂ© de traiter ces questions


Constatons qu’il s’agit lĂ  d’un des effets de notre modernitĂ©, ce qu’on appelle la levĂ©e du refoulement semble favoriser un certain type de rĂ©veil, une proximitĂ© avec le rĂ©el qui n’est pas sans prix pour le parlĂȘtre.

Clinique du trois

Une clinique qui se veut sans tabou. Une patiente qui me racontait rĂ©cemment que sa fille de 18 ans lui a annoncĂ© qu’elle allait faire un film porno (pour briser les tabous !) Voici comme on peut ĂȘtre vite pris dans une confusion
 Car sans tabou ne veut pas dire dĂ©nouĂ© d’interdit et d’impossible. L’interdit de l’inceste et l’impossible du rĂ©el sont toujours lĂ  Ă  veiller sur notre humanité  Sans tabou, veut dire qu’il y aurait un accĂšs plus direct entre le sujet et son inconscient, entre le sujet et ses pulsions, un accĂšs plus direct Ă  l’originaire, disons que l’inconscient n’est pas Ă  ciel ouvert mais curieusement, il se donne Ă  lire ouvertement.

À ce propos j’évoquerais le cas d’une jeune patiente de 17 ans qui vient interroger le symptĂŽme suivant : un jour sur l’autoroute, de retour des vacances, elle se rĂ©veille d’une sieste dans la voiture de ses parents saisie par une angoisse terrible qui s’est traduite Ă  ce moment-lĂ  par : «  j’ai besoin d’aller aux toilettes », immĂ©diatement, une phrase s’est construite dans sa pensĂ©e : « j’ai peur de ne pas pouvoir me retenir ». Depuis un an, elle souffre de cette pensĂ©e : « j’ai peur de ne pas pouvoir me retenir », c’est la panique et l’angoisse quand dans ses trajets et dans ses sorties elle se trouve en panne des toilettes.

« Peur de ne pas pouvoir se retenir »

Il faut dire que je n’ai mĂȘme pas eu le temps de lui annoncer la rĂšgle fondamentale de l’association libre : dire tout ce que lui passe par la tĂȘte car dĂšs les entretiens prĂ©liminaires elle y Ă©tait dĂ©jà ! Sans tabou et sans retenue, elle parlait de ses pulsions jalouses, agressives, incestueuses, tout Ă©tait lĂ  posĂ© d’emblĂ©e.

Elle a peur de ne pas pouvoir se contrĂŽler. « Il faut que ça sorte, c’est une envie de me soulager, dit-elle. Les toilettes c’est le seul endroit oĂč je peux me libĂ©rer, oĂč je suis seule, c’est toujours un soulagement. »

« Être seule » aux toilettes, c’est aussi l’occasion d’éviter le regard de l’Autre. Le regard Ă©tant pour elle un objet plutĂŽt envahissant au point mĂȘme de l’aspirer des fois
 Ses envies pressantes et angoissantes se manifestent Ă  chaque fois qu’il y a rencontre avec la foule (concert, boĂźte de nuit, mĂ©tro, etc.) ou bien dans les endroits Ă©troits (long trajet en voiture, ascenseur, etc.) TrĂšs nettement, quand il y a trop de proximitĂ© avec le corps, avec le regard de l’autre


Actuellement, elle dit qu’il y a trop de pression autour d’elle, ses parents, ses amies ne comprennent pas que le symptĂŽme n’a pas encore cĂ©dĂ© depuis le temps qu’elle vient me voir (Ă  peine six mois), bref... « Ce qu’ils ne comprennent pas, dit elle, c’est que ça me fait du bien de vous parler, qu’ici je n’ai pas besoin de me retenir, je dis tout ce qui me passe par la tĂȘte et ça me soulage »

Voici que le lieu de transfert n’est rien d’autre que les chiottes! Ceci dit, cela n’est pas une nouveauté  Mais on peut faire cette hypothĂšse que le symptĂŽme actuel lui impose une certaine retenue Ă  l’endroit de son inconscient, parce que du contraire, elle est plutĂŽt explosive, agressive et directe dans son rapport Ă  l’autre. C’est d’ailleurs de ce cĂŽtĂ©-lĂ  que les choses sont en train de se calmer


Mais d’oĂč lui vient la peur de ne pas pouvoir se retenir
 de dire ? De ne pas pouvoir se retenir de faire ? Comme si Ă  tout instant elle pouvait perdre contrĂŽle, comme si Ă  tout instant elle pouvait ĂȘtre irrĂ©sistiblement saisie par l’automatisme du dire et du faire


Dans le transfert elle vient tout d’abord chercher un lieu de soulagement, puis elle vient aussi vĂ©rifier et interroger la norme, la normale
 Me posant souvent la question si « cela est normal de faire ci, de faire ça ou de dire ci, de dire ça » ?  RĂ©cemment, elle s’est arrĂȘtĂ©e sur une question fort intĂ©ressante. Elle me demande :

« C’est quoi de faire semblant ?

« Pour en faire semblant, il faut ĂȘtre douĂ©. C’est particuliĂšrement difficile, dit Lacan dans La TroisiĂšme quand il se rĂ©fĂšre au discours analytique. Et voici oĂč je voulais en venir ce soir, c’est que la clinique du trois n’est pas dĂ©nouĂ©e du discours de l’analyste.

« Le symbolique, l’imaginaire, et le rĂ©el, c’est l’énoncĂ© de ce qui opĂšre effectivement dans votre parole quand vous vous situez du discours analytique, quand analyste vous l’ĂȘtes. Mais ils n’émergent ces termes, vraiment que pour et par ce discours »

La clinique du trois n’est pas dĂ©nouĂ©e du trois de l’analyste Ă  ceci prĂšs que ce qui est mĂ©connu par l’un est la fonction de l’autre. Ce que j’identifie pour cette jeune femme c’est ce hiatus Ă  l’endroit du semblant, du faire semblant, c’est-Ă -dire, qu’elle y baigne dedans sans le savoir. Elle le sent, mais elle ne sait pas pourquoi c’est comme ça
 Alors elle a sans cesse ce souci de transparence, de vĂ©ritĂ©, il faut tout dire Ă  l’autre
 car l’autre peut lire en moi
 Il y a souvent cette confusion entre semblant et farce
 « Je ne sais pas mentir, ça se voit toute suite » me dit-elle.

Ceci dit, c’est quand mĂȘme incroyable de voir ces jeunes sujets arriver, on a ce sentiment qu’ils commencent leur analyse par la fin, une analyse Ă  l’envers, subversive, comme s’ils avaient dĂ©jĂ  tout compris, tout dit, parfois mĂȘme tout fait
 c’est pas faux
 c’est vrai, on dirait qu’ils ont compris la structure du monde, ils ont des fois un rĂ©veil dĂ©concertant
  mais il reste pour eux ce point aveugle, plus exactement, ce trou noir, avec lequel ils ne savent pas vraiment y faire
 parce qu’« il ne suffit pas d’en avoir l’idĂ©e pour en faire le semblant » dit Lacan.

S’ils viennent chercher une analyse c’est parce qu’ils se rendent compte qu’il y a un trou dans la structure, qu’il y a un automatisme dans le langage. Seulement ils ne savent pas pourquoi c’est comme ça
 ils ne savent pas que c’est ce trou-lĂ  qui les cause
 qui est la cause
 s’ils viennent c’est pour opĂ©rer ce hiatus entre savoir et jouissance, entre semblant et vĂ©ritĂ©. Se nommer « a », c’est tout un art
 se nommer « a » ne suffit pas pour autant pour ĂȘtre analyste, d’autant plus qu’ils ne demandent pas Ă  ĂȘtre
 Mais comme tout un chacun qui demande une analyse, ils veulent aussi savoir ce qui ne va pas.                                  Texte de l’auteur

Discussion générale (transcrite par Monique de Lagontrie)

Marc Darmon : Merci Thatyana. Il y a plusieurs axes dans cet exposĂ©. J’en retiendrai un premier qui est la question du choix – du choix de trois ou quatre – tu poses la question ici. Alors est-ce qu'on choisit


 

Thatyana Pitavy : Je pense que oui.

 

Marc Darmon : C'est toute la question. Le choix de la nĂ©vrose classique
 Est-ce qu'on choisit son nƓud ? Ça reste une question ouverte Ă  mon sens. Dans une certaine mesure il y a un choix. Dans une autre mesure, c'est quelque chose qui s'impose. Donc ça reste en suspens d'autant plus que la logique du nƓud nous sort un peu de la logique du tiers exclu. Ce n'est pas blanc ou noir. Par contre il y a un choix, c'est le choix de l'analyste : est-ce qu'il va analyser avec dans la tĂȘte le trois ou le quatre ? LĂ , il y a un choix Ă©thique de l'analyste.

 

Thatyana Pitavy : Qui oriente tout le reste.

 

Marc Darmon : Qui oriente comme tous les choix de l'analyse peuvent orienter la cure et la question de la fin de la cure. On voit bien comment la rĂ©fĂ©rence au Nom-du-PĂšre, Ă  la castration, est dĂ©terminante dans le dĂ©roulement d'une cure, Ă  tout moment, et comment le choix du nƓud Ă  3 peut orienter les choses autrement. Ensuite il y a la question de la contingence que tu as abordĂ©e. C'est-Ă -dire que, si j'ai bien compris, le temps d'une analyse serait le temps d'un quatriĂšme dont on pourrait se passer ?

 

Thatyana Pitavy : Oui, et avec lequel on dialogue, avec lequel on se met dans un type de dialogue qui est celui du sujet avec lui-mĂȘme parce que le transfert c'est le petit (a) dans le grand Autre, c'est toujours avec nous-mĂȘme que ce dialogue s'opĂšre, mĂȘme si l'analyste est lĂ , on parle seul, on parle tout seul.

 

Marc Darmon : Oui, il y a un grand Autre qui serait nodal en quelque sorte [T. P. : Qui ferait fonction...] qui ferait fonction de quatriÚme [T. P. : Dans un moment ... Oui] dans un moment de la cure, dans un passage dessus dessous du réel sur le symbolique par exemple qui rendrait ce quatriÚme contingent, c'est ça ?

 

Thatyana Pitavy : C'est-Ă -dire que lĂ  oĂč j'ai beaucoup de difficultĂ©, c'est d'imaginer que l'on peut
 Si je pars de cette idĂ©e que le 3, il est lĂ  au dĂ©part pour tout le monde, je veux dire comme une structure, j'ai beaucoup de mal Ă  imaginer que l'on peut ĂȘtre borromĂ©ennement nouĂ© Ă  4. C'est ça ma difficultĂ©, vous voyez.

 

Marc Darmon : Les trois, on va dire, sont là, mais est-ce qu'ils sont noués ?

 

Thatyana Pitavy : Bien je pense que ça ne peut ĂȘtre que nouĂ©.

 

Marc Darmon : Ah !

 

Thatyana Pitavy : Ma position, en tout cas, la lecture que je fais : c'est que s'ils ne sont pas noués, eh bien nous sommes des animaux ! Si à un moment donné, le symbolique n'est pas noué borroméennement avec le réel et l'imaginaire, il n'y a rien qui nous différencie d'un animal qui ne parle pas.

 

Julien Maucade : Et pourtant ça existe !

 

Thatyana Pitavy : Mais ce ne sont pas des animaux, parce qu'ils sont quand mĂȘme plongĂ©s dans la culture...

 

Marc Darmon : MĂȘme si on dit que le rĂ©el, le symbolique et l'imaginaire ne sont pas nouĂ©s, on parle du symbolique.

 

Thatyana Pitavy : Ben oui.

 

Julien Maucade : Si on pense comme une structure, oui. Ça, je comprends ce questionnement. Mais il y a des moments, vous avez parlĂ© de l'institution, oĂč on voit parfois chez certains patients des moments oĂč ce n'est pas nouĂ© du tout.

 

Thatyana Pitavy : LĂ , ces moments-lĂ  oĂč on peut faire une lecture que le sujet n'y est pas, on va le dire comme ça. Quand je parle de ces trois temps de la structure, du triskell, du trĂšfle et du borromĂ©en, les trois, je l’entends dans ces trois formes distinctes, effectivement il y a des moments, ponctuels, oĂč un sujet peut se trouver dans un triskell oĂč tout est ouvert [J. M. : VoilĂ ] mais qui n'est pas dĂ©nouĂ© pour autant, parce que dans le triskell, c'est le cƓur quand mĂȘme du nƓud, il est lĂ , le rĂ©el... le symbolique... il est lĂ  tout le temps.

 

Julien Maucade : C'est pas un triskell, c'est vraiment les ronds qui partent dans tous les sens.

 

Thatyana Pitavy : Je n'arrive pas à concevoir ça.

 

Marc Darmon : C'est le cas dans certaines psychoses.

 

Thatyana Pitavy : Je ne crois pas, mais


 

Julien Maucade : De nos jours ça a beaucoup changĂ©, ça s'est attĂ©nuĂ© par les mĂ©dicaments, si on lit le dĂ©but de certaines descriptions de folie, on voit bien que ce n'est pas juste un moment, ça pouvait durer. De nos jours, grĂące aux mĂ©dicaments, ces moments sont rĂ©duits. En mĂȘme temps, dans l'institution, la pratique a beaucoup changĂ© : la parole aide. Mais il y a des moments surtout dans l'acte de folie, je pense, ça peut durer deux trois minutes, mais c'est complĂštement dĂ©tachĂ© je crois.

 

Marc Darmon : Avec sa proposition sur les nƓuds, Lacan nous laisse sur cette question : est-ce qu'un nƓud, ça peut se modifier ou pas, est-ce que ça peut se rompre ou pas ? Il semble qu'on ait affaire quand mĂȘme Ă  certains nƓuds solides oĂč le travail de l'analyste va consister, comme je l'ai proposĂ©, Ă  dĂ©faire des faux dessus dessous en quelque sorte, on a affaire Ă  un nƓud emmĂȘlĂ© et on va le simplifier, ou le rĂ©duire pour


 

Thatyana Pitavy : 
 pour retrouver le trois ?

 

Marc Darmon : Pour retrouver le 3, ou le 4
 s'il s'agit de ça. Mais est-ce qu’il y a des modifications de structure du nƓud, comme semble quand mĂȘme le suggĂ©rer Lacan dans Le Sinthome. Dans Le Sinthome, il s'appuie sur un nƓud  rĂ©parĂ© par l'ego, avec une possibilitĂ© d'Ă©clipse de cet ego et de dĂ©tachement de l'imaginaire. Donc il envisage des transformations dynamiques du nƓud oĂč c'est la structure du nƓud qui aurait une certaine instabilitĂ©, du fait d'une rĂ©paration prĂ©caire. Bon.

Ensuite : un dernier axe dans ton exposĂ© autour de ce cas clinique. À mon avis qui pose la question de l'objet, dans le nƓud Ă  3. C'est une question qu'on s'Ă©tait posĂ©e avec Bernard et Jean-Jacques un soir : c'est-Ă -dire quel est l'objet du nƓud Ă  3 ? Est-ce que l'objet du nƓud Ă  trois c'est un objet coincĂ© au milieu du nƓud ou l'objet du nƓud Ă  trois c'est simplement le coincement lui-mĂȘme, c'est-Ă -dire le coincement sur un trou. Si on suit la dĂ©marche de Lacan, c'est-Ă -dire en quelque sorte : le RĂ©el, le Symbolique et l'Imaginaire sont lĂ  dans le nƓud, il n'y a pas d'Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs au nƓud. Donc, que vient indiquer cette lettre petit a au centre du nƓud. Est-ce qu'elle vient indiquer simplement la place ? Ou est-ce qu'elle vient indiquer simplement quelque chose de pris dans le nƓud ? Ce qui me semble intĂ©ressant, c'est qu'il existe un cas oĂč il y a quelque chose de pris au centre du nƓud, c'est dans le nƓud Ă  4 justement, puisque le quatriĂšme – Nom-du-PĂšre ou sinthome – dans une disposition qui ressemble au nƓud Ă  trois, le quatriĂšme vient faire un parcours entre les diffĂ©rents trous du nƓud. Je ne sais pas si vous avez ce nƓud en tĂȘte, un parcours dans les diffĂ©rents trous du nƓud, c'est-Ă -dire passant par les trous du Symbolique, de l'Imaginaire et du RĂ©el, par les jouissances – la jouissance de l'Autre, la jouissance phallique et le sens –, et passe par l'objet, par la place de l'objet. C'est-Ă -dire il existe un cas oĂč quelque chose est coincĂ© au centre du nƓud, c'est ce qui relĂšve du Nom-du-PĂšre ou du sinthome dans ses aspects objet, dans son aspect objet. C'est-Ă -dire dans le cas d'un quatriĂšme, il y a quelque chose effectivement de coincĂ©. Dans le cas du nƓud Ă  trois, on a affaire Ă  une place, simplement. Il me semble qu'il y a lĂ  une distinction fondamentale entre les deux nƓuds.

 

Thatyana Pitavy : Parce que l'idée du quatriÚme, je veux dire qui viendrait à fixer la structure, pour certains, c'est à supposer que s'il n'est plus là, ça ne tient plus, c'est ça ?

 

Marc Darmon : Oui, mais avec cette idĂ©e qu'il y a un objet qui est dĂ©terminĂ© par ce quatriĂšme dans le cas du nƓud Ă  quatre, alors que dans le cas du nƓud Ă  trois, la place est vide.

 

Pierre-Christophe Cathelineau : En tout cas ce que je voulais faire ressortir par rapport Ă  votre intervention, c'est que vous avez pointĂ© quelque chose qui me paraĂźt trĂšs important dans ce cas clinique-lĂ , qui est la question du semblant. Vous avez pointĂ© qu'effectivement ce qui caractĂ©rise cette jeune fille, c'est qu'elle est dans un rapport au refoulement sans tabou et sans rĂ©serve. On va dire qu’il y a une absence de rĂ©serve. [T. P. : En tout cas elle est aspirĂ©e lĂ -dedans, Ă  chaque fois] Elle est aspirĂ©e par une absence de rĂ©serve donc une relation qui effectivement met en cause son rapport au semblant. La question que vous posiez, c'Ă©tait de savoir si effectivement le nƓud Ă  4 fonctionnait dans le transfert. Ce qui semble en tout cas opĂ©rer et fonctionner dans le transfert, c'est sans doute quelque chose qui Ă  travers la parole qu'elle vient dĂ©poser, quelque chose qui se joue peut-ĂȘtre au niveau de la structure mĂȘme du nƓud Ă  trois, c'est-Ă -dire non pas le passage du 4 au 3, comme vous pensez le suggĂ©rer, mais le passage du 3 au 3, c'est-Ă -dire une modification, une hypothĂšse qui paraĂźt plausible par rapport au nƓud de Brini ; on voit assez bien comment cette dimension – ce rapport infini au signifiant dans la parole, sans limite – peut ĂȘtre caractĂ©risĂ©e ici par une aire de la Jouissance Autre qui en quelque sorte est faite du recouvrement de l'imaginaire et du rĂ©el. Et donc l'opĂ©ration effectivement n'est peut-ĂȘtre pas de mettre en place du quatriĂšme mais de modifier prĂ©cisĂ©ment, par la parole, de changer d'Ă©criture tout simplement, c'est-Ă -dire de modifier par la parole l'Ă©criture du nƓud. L'Ă©criture du nƓud, comme le disait Marc, se trouve dĂ©terminĂ©e par une certaine figuration et puis la parole fait en sorte que quelque chose vient s'inscrire diffĂ©remment et donc s'Ă©crire diffĂ©remment dans le nƓud. Donc, personnellement, je serai assez rĂ©servĂ© sur l'hypothĂšse nĂ©cessaire d'un quatriĂšme pour le transfert puisque, lĂ , l'opĂ©ration mĂȘme de la parole modifie l'Ă©criture du nƓud.

 

Thatyana Pitavy : Oui, mais le quatriĂšme dans ce dialogue qu'est l'analyse, que le dispositif de l'analyse vient mettre en place, je pense que c'est la possibilitĂ© de la nomination, c'est de nommer. C'est effectivement d'aller nommer les trous, de ce 3 : la Jouissance Autre, la Jouissance phallique, l'objet. Je crois que ce temps de l'analyse c'est le temps de nommer. On tourne, on tourne autour, et pendant des annĂ©es et des annĂ©es, pour nommer, pour mettre des mots dans ce trou qui est le rĂ©el de chacun. Je ne crois pas que c'est une nĂ©cessitĂ©, je pense que c'est un dispositif, c'est une demande. Je ne sais pas comment vous dire. Une personne qui vient s'adresser Ă  l'analyse et demander une analyse, eh bien elle demande ça. Elle demande d'aller dialoguer. Elle demande de venir causer avec quelqu'un. [P.-C. C.: mais le symbolique y suffit] mais c'est pas pareil, de supposer qu'il a ce lieu Autre, mĂȘme si ce lieu Autre n'existe pas, disons qu'il fait semblant..., je veux dire il y a quelque chose... c'est grand Autre Ă  la place de petit a... Il y a quelque chose qui permet Ă  un sujet de nommer ce qui...

 

Pierre-Christophe Cathelineau : Non, mais c'est une façon d'articuler le nƓud à 3 qui ne me paraüt pas rigoureusement admissible, je me permets de vous le dire.

 

Marc Darmon : Non, mais quand tu parles du transfert, si on s'en tient aux nƓuds, comment prĂ©senter ce transfert ? Est-ce qu'il faut faire intervenir un autre nƓud ? Est-ce qu'il faut faire intervenir des Ă©lĂ©ments hĂ©tĂ©rogĂšnes aux nƓuds ? Il ne me semble pas. C'est-Ă -dire dans le transfert, l'analyste va prendre la place tour Ă  tour des diffĂ©rentes positions, symbolique, imaginaire, rĂ©elle [P.-C. C.: Ben voilà !] donc ici, dans ce dispositif, cette jeune fille se rĂ©veille dans la voiture de ses parents, angoissĂ©e... donc il y a une situation Ɠdipienne rĂ©alisĂ©e. Elle se retrouve angoissĂ©e c'est-Ă -dire encombrĂ©e par un objet qui est bien dĂ©terminĂ© là : « Je ne peux pas me retenir ». Bon. Donc ce que tu as aidĂ© Ă  faire dans cette phase de la cure, c'est d'utiliser l'Ă©quivoque et la portĂ©e mĂ©taphorique de « se retenir ». C'est-Ă -dire, elle est lĂ  chez toi, dans un lieu oĂč elle peut se permettre de ne pas se retenir. VoilĂ . Donc tu as fait en sorte que d'une place imaginaire, en rĂ©alisant la portĂ©e mĂ©taphorique et symbolique de cette phrase, tu as accompli une certaine ouverture. C'est-Ă -dire, ce lieu central occupĂ© par l'objet – un objet imaginaire – en jouant sur cette phrase, tu as permis de nouveau de retrouver cette place, vide. Enfin, c'est un peu comme ça que je vois ça.

 

Julien Maucade : Enfin, on ne vient pas dans le cabinet du psychanalyste pour pisser quand mĂȘme !

 

Marc Darmon : Certains. Certains.

 

Thatyana Pitavy : Si, si, c'est systématique, elle arrive, il faut que ça passe par là, oui.

 

Julien Maucade : On pisse à cÎté, avant ou aprÚs.

 

Thatyana Pitavy : Ah non non.

 

Marc Darmon : On vient pisser réellement et symboliquement.

 

Julien Maucade : Symboliquement oui.

 

Thatyana Pitavy : Et rĂ©ellement aussi, elle ne part pas sans ĂȘtre passĂ©e par les toilettes.

 

Marc Darmon : Oui, oui.

 

Valentin Nusinovici : Est-ce que la question de sa difficultĂ© avec le semblant ne tient pas justement au fait que cet objet il est vraiment lĂ  [T. P.: Oui] et donc que c'est un effet, justement, de cette rĂ©tention. Enfin c'est la question que je me posais : peut-ĂȘtre que ça marche ensemble. Et dans ce cas-lĂ  est-ce que c'est un effet d'une clinique tout Ă  fait nouvelle, je ne sais pas. Ce n'est pas sĂ»r.

 

Thatyana Pitavy : Je ne crois pas que c'est une clinique nouvelle. Ce que j'essaie difficilement de vous dire, ma lecture, c’est que le 3, il n'est pas nouveau, le trois il est lĂ , alors qu'est-ce qui fait qu'on le lit aujourd'hui alors qu'on le lisait pas. Il y a un effet aujourd'hui, je veux dire qu'on s'intĂ©resse, qu'on s'intĂ©resse Ă  ce type de structure, ce qui n'Ă©tait pas le cas il y a si peu de temps. Je pense qu'il y a un intĂ©rĂȘt particulier.

 

Marc Darmon : Enfin, qu'aurait fait un analyste lacanien, classique, surtout dans un cas pareil ? Qu'est-ce qu'il aurait fait ?

 

Martine Lerude : Ou simplement le Lacan d'avant les nƓuds.

 

Marc Darmon : Qu'est-ce qu'il aurait fait Martine ?

 

Martine Lerude : Il aurait fait ce qu'elle a fait Thatyana. Il aurait joué sur l'équivocité du signifiant.

 

Marc Darmon : Non, il aurait cherché ce qui s'est passé pendant la phase anale.

 

Martine Lerude : Non, l'ante-lacanien tu veux dire ?

 

Marc Darmon : Oui, oui oui. [M. L. : Le psychanalyste, le Lacan d'avant les nƓuds il aurait jouĂ© sur l'Ă©quivocitĂ©] mais je caricature... le Lacan d'avant les nƓuds, il Ă©tait dĂ©jĂ  sensibilisĂ© aux nƓuds. [M. L. : Bon, d'accord] Il y a des formulations chez Lacan de trĂšs, trĂšs
 [M. L. : Oui, rapport de Rome. Je sais, je peux les citer aussi bien que toi. [Rires Mais lĂ , il aurait travaillĂ© avec le signifiant] Oui. [M. L. : Bon !]

 

Julien Maucade : Mais c'est le cas du signifiant lĂ , parce qu'il y a une phrase, une pensĂ©e, juste avant, qui est « je veux aller aux toilettes[1] » et il y a une phrase, une pensĂ©e, juste aprĂšs, « j'ai peur de ne pas me retenir[2] ». Alors peut-ĂȘtre que c'est dans l'opposition de ces deux phrases, ou dans la premiĂšre il y a le verbe conjuguĂ© au prĂ©sent « je veux aller » et dans la deuxiĂšme il y a un infinitif « j'ai peur de ne pas me retenir ». Peut-ĂȘtre que c'est lĂ -dedans qu'il y a un espace de quelque chose, mais quand vous avez parlĂ© du corps, moi j'ai eu l'impression qu'il n'y a pas, pour cette patiente, de toute façon c'est l'impression que vous donnez en disant, on dirait qu'elle parle comme elle pisse ou elle pisse
, voilĂ 

 

Thatyana Pitavy : Il faut qu'elle se retienne de parler parce que sinon ça sort. C'est ça.

 

Julien Maucade : VoilĂ . Mais par rapport au nƓud Ă  4, Lacan est clair lĂ -dessus. De toute façon Ă  la fin de la premiĂšre leçon, il y a une question d’Henri Cesbron Lavau, oĂč il lui dit donc vous dites "s'il n'y a pas le nƓud"... Il est lĂ  ? [Il est lĂ ] [V. N. : Il est encore là !]

Vous lui dites s'il n'y a pas le 4Ăšme nƓud, y a pas de nƓud et il vous dit "oui c'est exactement ça". Donc sans le quatriĂšme nƓud, le nƓud n'est pas nouĂ©, c'est superposĂ©.

 

Thatyana Pitavy : C'est avec ça que j'ai une trĂšs grande difficultĂ©. Je ne peux pas concevoir que l'ĂȘtre humain, que le parlĂȘtre, puisse ĂȘtre inscrit, on va dire comme ça, articulĂ©, sans RSI. Je veux dire nouĂ©, puisque "superposĂ©" ça ne veut rien dire, c'est le cas de chacun d'un cĂŽtĂ©.

 

Julien Maucade : Vous soulevez toute la question du sinthome, c'est-à-dire c'est tout le séminaire.

 

Thatyana Pitavy : C’est-Ă -dire que Lacan, avec le sinthome, il ne va pas
 – le SĂ©minaire je ne l'ai pas Ă©tudiĂ© comme il faut –, mais je n'ai pas l'impression qu'il va continuer Ă  insister sur le 4, comme il fait avec le sinthome. Le sĂ©minaire vers la fin je ne crois pas qu'il va insister sur ce quatriĂšme qui viendrait tenir la structure.

 

Marc Darmon : Mais le sinthome c'est quand mĂȘme Joyce. [P.-C. C. : La topologie et le temps, c'est une structure Ă  trois.] [Thatyana Pitavy : Oui, mais lĂ  c'est trĂšs particulier.] Je veux dire que le sĂ©minaire du sinthome est construit autour de Joyce.

 

Pierre-Christophe Cathelineau : Et puis reprenons la leçon 1, c'est une leçon qui effectivement pose la question du quatriĂšme et puis tout au long du Sinthome, ce n'est pas la question du quatriĂšme qui est posĂ©e c'est la question


 

Marc Darmon : Ah je ne suis pas d'accord
 Je ne suis pas d'accord.

 

Thatyana Pitavy : C'est la supplĂ©ance qui va
 [P.-C. C. : Évidemment.]

 

Plusieurs : Quoi ? De quoi ? On n'entend pas.

 

Marc Darmon : Alors lĂ . C'est trĂšs intĂ©ressant justement la question que tu poses sur tout le parcours. Parce que qu'est-ce que nous voyons dans Le Sinthome ? On ne va peut-ĂȘtre pas faire la lecture aujourd'hui. [Thatyana : On la fait un peu lĂ ] Pas la lecture suivie
 [P.-C. C.: Non, mais enfin bon ! On la fait lĂ ] 
 oui, mais on va en parler quand mĂȘme.

 

On a un premier nƓud, une premiĂšre proposition, Lacan fait plusieurs propositions pour Joyce. Donc une premiĂšre proposition, c'est le nƓud Ă  4. Alors il parle de la disposition superposĂ©e des ronds en parlant de pĂšre-version. Il dit : ce n'est pas le fait qu'ils soient coupĂ©s, dĂ©nouĂ©s qui constitue la perversion, c'est le fait qu'ils soient superposĂ©s. Et un quatriĂšme, le sinthome, se substituant au Nom-du-PĂšre, va les nouer borromĂ©ennement.

Et ensuite il passe Ă  une autre proposition pour le nƓud de Joyce en passant par le trĂšfle rĂ©parĂ©. C'est-Ă -dire c'est quelque chose d'extrĂȘmement diffĂ©rent. [P.-C. C.: Une structure Ă  deux] Une structure Ă  2, un nƓud de trĂšfle avec une erreur et une rĂ©paration, alors il se pose la question « est-ce que la rĂ©paration a lieu Ă  l'endroit mĂȘme de l'erreur ou aux deux autres points, de deux croisements. Et il dĂ©couvre que lorsque la rĂ©paration par le sinthome se fait dans les autres points de croisement, ça aboutit Ă  un nƓud sous forme de huit et d’un cercle rĂ©versible. C'est-Ă -dire, les deux Ă©lĂ©ments ont une position Ă©quivalente. Alors que lorsque la rĂ©paration a lieu Ă  l'endroit mĂȘme de l'erreur, on a deux positions dissymĂ©triques, c'est-Ă -dire qu'il n'y a pas d'Ă©quivalence, donc il le conclut selon sa logique. S'il y a non-Ă©quivalence, il y a rapport. Donc il pose le rapport sexuel comme un des Ă©lĂ©ments de la clinique de Joyce. Donc on est passĂ© d'un nƓud Ă  4 bien pĂ©pĂšre, ou pseudo pĂ©pĂšre ou le sinthome venait remplacer le pĂ©pĂšre, au nƓud de trĂšfle avec une erreur et rĂ©parĂ©e par le sinthome qui peut prendre le nom de Nora, comme l'a montrĂ© Flavia GoĂŻan Ă  Poitiers.

 

DerniĂšre proposition, dans la derniĂšre leçon, un nƓud pour Joyce, un nƓud fait du rond du RĂ©el, accouplĂ© au rond, alors il ne dit pas « symbolique », il faudrait expliquer pourquoi, mais il dit « le rond de l'inconscient ». Ce qui est curieux parce que par ailleurs il nous dit que Joyce Ă©tait dĂ©sabonnĂ© de l'inconscient. LĂ , il s'agit d'un nƓud fait du rond du RĂ©el, enchaĂźnĂ© olympiquement au cours de l'inconscient et le troisiĂšme, l'Imaginaire, ne tient plus, sauf Ă  ĂȘtre retenu par l'ego. Mais un ego distinct de l'Imaginaire, puisque le rond de l’Imaginaire, c'est ce qu'il faut retenir. C'est un ego particulier, fait on va dire d'Ă©criture. Et c'est cette rĂ©paration qui est prĂ©caire que j'ai Ă©voquĂ©e tout Ă  l'heure pour soutenir qu'il y a des nƓuds instables en quelque sorte.

Mais, donc on a affaire avec Joyce Ă  un nƓud qui n'est pas borromĂ©en puisqu'il comprend dans sa structure deux ronds nouĂ©s olympiquement – donc ce n'est pas un nƓud borromĂ©en –contrairement au premier nƓud Ă  4 avec le sinthome.

Mais Ă  l'extrĂȘme fin de la derniĂšre leçon, nouvelle proposition de Lacan : il ouvre certains ronds en droites et il construit un nƓud fait de trois droites et d'un cercle. L'une des droites c'est l'ego, l'autre c'est l'inconscient et le rĂ©el, et le cercle restant c'est l'imaginaire. Et il montre Ă©galement sur ce nƓud que lorsque l'ego ne tient pas, l'imaginaire s'en va.

Mais en accomplissant cette opĂ©ration de transformer les cercles, donc de la derniĂšre proposition pour Joyce, en droites, il y a quelque chose de fondamental d'introduit, c'est que le dernier nƓud  proposĂ©, la derniĂšre chaĂźne proposĂ©e, est une chaĂźne borromĂ©enne. Et il dit le nƓud borromĂ©en est reconstituĂ©. Il dit une phrase qui ressemble Ă  ça, mais il le dit trĂšs vite comme ça. C'est-Ă -dire qu'il a fait tout un parcours au cours du sĂ©minaire oĂč il part d'un nƓud borromĂ©en Ă  4 avec le sinthome jusqu'Ă  un nƓud borromĂ©en Ă  4 fait de 3 droites et d'un rond.

 

Pierre-Christophe Cathelineau : Oui mais ça, ça n'invalide pas l'idĂ©e que le propos n'est pas un propos sur le nƓud Ă  4 comme structure fondamentale mais sur le nƓud Ă  quatre en tant que descriptif de ce dont il s'agit Ă  propos de Joyce. Et donc il n'y a pas en quelque sorte une volontĂ© axiomatique de Lacan de montrer la prĂ©valence des nominations pour nouer le nƓud, c'est simplement une façon d'introduire une clinique de la psychose, une clinique des psychoses qui fasse rĂ©fĂ©rence aux nƓuds. C'est-Ă -dire que je crois qu'il y a lĂ  un problĂšme d'interprĂ©tation du sinthome.

 

Marc Darmon : Il y a quand mĂȘme le nƓud rĂ©parĂ© par le sinthome, qui vient Ă  la place du Nom-du-PĂšre, suppose un nƓud Ă  4 de la nĂ©vrose fait avec un quatriĂšme Nom-du-PĂšre, mais on a affaire, lĂ , Ă  un nƓud – il dit que le pĂšre est un sinthome ou un symptĂŽme, comme vous voudrez – Ă  un nƓud aussi particulier, avec 1 Nom-du-PĂšre [PCC : C'est un nƓud singulier oui ] par opposition au nƓud Ă  3 oĂč il y a 3 Noms-du-PĂšre.

 

Pierre-Christophe Cathelineau : C'est-Ă -dire que je crois que ce qui est trĂšs important, me semble-t-il, c'est comme ça que je lis la succession de R.S.I. avec Le Sinthome, quand il dit dans R.S.I. que le quatriĂšme n'est pas indispensable, il traite ça d'une façon axiomatique et fondamentale pour dire que le 4Ăšme n'est pas indispensable et on le voit puisque le nƓud tient Ă  3. Et donc dire que le quatriĂšme n'est pas indispensable, c'est une dimension Ă  proprement parler axiomatique. Ensuite quand il revient Ă  la fin de R.S.I. sur les nominations et qu'il embraye, Ă  la premiĂšre leçon du Sinthome sur le quatriĂšme et qu’il finit mĂȘme sur le quatriĂšme, c'est une façon de traiter un cas particulier. C'est juste une façon de hiĂ©rarchiser la façon dont Lacan propose son enseignement, il y a l'aspect axiomatique sur le nƓud Ă  3, qui comme le disait Thatyana, est une structure fondamentale. Et puis il parle de ce cas particulier et qui existe Ă©videmment qui est le nƓud Ă  4 mais sans faire du nƓud Ă  4 le dernier mot sur le nƓud Ă  3. Parce que ça c'est le saut qu'on accomplit systĂ©matiquement quand on passe de R.S.I. au Sinthome, mais c'est un saut Ă  mon avis qui n'est pas lĂ©gitime sauf Ă  invalider complĂštement ce qu'il a dit dans R.S.I. Ce qui ne me paraĂźt pas lĂ©gitime.

 

Marc Darmon : Tout Ă  fait d'accord. Effectivement quand il prĂ©sente le nƓud Ă  4 avec les nominations, il dit en mĂȘme temps la possibilitĂ© de s'en passer.

 

Pierre-Christophe Cathelineau : Exactement. Mais c'est un dĂ©bat quand mĂȘme important parce qu'effectivement selon qu'on propose une interprĂ©tation, on va dire finalisĂ©e par le symptĂŽme, en disant effectivement il commence la leçon 1 par le sinthome, il finit la derniĂšre leçon par le 4Ăšme, on va avoir une lecture qui va nous faire pencher vers "pour penser le nƓud Ă  trois il faut passer par la nomination" mais c'est une lecture qui ne tient pas compte de ce qui est dit dans R.S.I. Dans R.S.I. il dit tout Ă  fait le contraire. C'est-Ă -dire qu'on peut effectivement se passer de la nomination pour aborder le nƓud, et le nƓud Ă  3
 on peut s'en passer.

 

Thatyana Pitavy : C'est-Ă -dire que la nomination elle est dans le nƓud lui-mĂȘme.

 

Pierre-Christophe Cathelineau : Elle est interne au nƓud.

 

Marc Darmon : Bon. Est-ce qu'on continue la discussion sur le
 ?

 

Intervenant : Oui un petit peu.

 

Pierre-Christophe Cathelineau : C'est pour ça qu’évidemment, sans vouloir, que j'ai dit tout Ă  l'heure que le fait de considĂ©rer que dans le transfert le 4Ăšme Ă©tait nĂ©cessaire, ça pose problĂšme.

 

Thatyana Pitavy : Ce n'est pas une nécessité. C'est ça que vous n'entendez pas. Ce n'est pas une nécessité, mais quelqu'un qui vient s'adresser à un autre, à ce moment-là, ce n'est pas qu'il fait de ça une nécessité mais il a une demande d'aller parler à cet autre-là, c'est une demande.

 

Pierre-Christophe Cathelineau : Oui mais la rĂ©ponse qu'on peut faire, c'est que la dimension transfĂ©rentielle, elle est dans la relation transfĂ©rentielle interne au nƓud Ă  trois, c'est-Ă -dire que


 

Thatyana Pitavy : Oui, mais quand je dis grand A Ă  la place de petit a, c'est ça, je veux dire, quand mĂȘme l'Autre (le grand autre) dans l'analyse, c'est quand mĂȘme l'objet, c'est avec ça qu'on va le faire [PCC : VoilĂ  !] et qui est dans le nƓud. Et quand je parle d'un dialogue, c'est un dialogue intĂ©rieur, c'est le sujet avec lui-mĂȘme. [PCC : VoilĂ  !] C'est pour ça, je ne pense pas que l'analyste vient occuper une place de nommer quoi que ce soit, mais quelqu'un qui demande une analyse, il vient supposer cette place-lĂ  mais ça se passe en lui-mĂȘme, j'ai envie de dire un grand Autre Ă  la place du petit a, c’est ça. C'est cette adresse au grand Autre, qui Ă  la fin c'est son objet, c'est avec son objet qu’il va causer dans une analyse. [PCC : Oui oui] Cette jeune femme, son embarras avec la question du semblant, je pense que ça n'est pas lĂ , elle va se rendre compte de tout ça, mais elle a besoin d'un coup de main. Toute seule, elle ne se dĂ©brouille pas lĂ  pour l'instant. C'est pour ça qu'elle vient. Ça lui coĂ»te de venir. Mais  elle en a besoin pour l'instant. AprĂšs, effectivement, je... Ce qui est trĂšs intĂ©ressant... J'avais une jeune patiente aussi un peu dans cette modalitĂ© et ça faisait dĂ©jĂ  un an que je la voyais. TrĂšs bien. Et un beau jour je pose la question suivante : « Mais quand vous ĂȘtes toute seule, avec qui vous dialoguez ? Avec qui vous parlez ? » C'Ă©tait un transfert qui Ă©tait bien posĂ©, bien travaillĂ©. La sĂ©ance suivante elle me dit « j'ai beaucoup pensĂ© Ă  votre question... mais : Ă  personne », et elle a dit : « je crois que je vais m'arrĂȘter lĂ  ». Elle n'est plus jamais revenue. C'est qu'il y a quelque chose qui tient comme ça. Parce qu'on joue de cette place-lĂ  de l'autre aussi, de petit autre, dans une demande d’analyse. Mais Ă  un moment donnĂ© quand on va vĂ©rifier avec l'autre, mais finalement
 mais avec qui ?
 Elle a bien vu, que ça existait pas, que l'analyste c'est juste un trou, je veux dire que c'est l'objet avec lequel elle cause elle-mĂȘme. Et puis je pense qu'elle avait fait le travail qu'elle avait besoin de faire et puis c'est parti comme ça. C'est curieux quand mĂȘme. Oui ?

 

Henri Cesbron Lavau : Je voulais savoir si, à cette patiente, vous lui avez énoncé la rÚgle fondamentale ou pas ?

 

Intervenante : Elle n'a pas eu le temps.

 

Thatyana Pitavy : Ben je n'ai pas eu le temps. C'est-à-dire que c'était d'emblée, c'est venu comme ça [H. C. L. : Oui, bien justement] et puis aprÚs je l'ai allongée cette jeune femme et je lui ai annoncée une fois qu'elle était sur le divan.

 

Henri Cesbron Lavau : C'est ça. Parce que je ne voyais pas comment on pouvait justement s'en passer de lui dire.

Thatyana Pitavy : Tout Ă  fait.

 

Thierry Roth : Je voudrais peut-ĂȘtre reprendre ou prolonger un peu ce que Martine disait il y a quelques minutes, oĂč elle disait donc suite Ă  votre remarque, bon, l'analyste prĂ©-lacanien serait allĂ© chercher les fixations, fixations anales etc. Le lacanien d'avant les nƓuds, ou le lacanien classique aurait jouĂ©, comme Thatyana l'a un petit peu fait, sur l'Ă©quivoque etc. sur l'Ă©quivoque  du signifiant et le lacanien des nƓuds, c'est-Ă -dire qu'est-ce qui serait vraiment une pratique lĂ -dedans qui tiendrait vraiment compte de cette rĂ©flexion par les nƓuds ? Et on pourrait presque prolonger la question Ă  laquelle peut-ĂȘtre quelques anciens pourraient rĂ©pondre : est-ce que Lacan pratiquait, ne serait-ce que dans les prĂ©sentations de malades, est-ce qu'il recevait les patients diffĂ©remment dans les annĂ©es 70 par rapport aux annĂ©es 60 – pour ceux qui Ă©ventuellement ont suivi les prĂ©sentations pendant tout ce moment-lĂ  – est-ce que le travail sur les nƓuds a modifiĂ© vraiment sa pratique et en tout cas, est-ce que pour nous aujourd'hui ça la modifierait ? Et en quoi ? Puisque tout en parlant des nƓuds, j'ai l'impression Thatyana, de la façon dont tu as dit deux trois mots sur la façon dont tu as reçu cette patiente, que c’est assez semblable Ă  ce que beaucoup de psychanalystes lacaniens auraient pu faire, chacun avec ses particularitĂ©s, mais sans obligatoirement que la thĂ©orie des nƓuds, pour le dire comme ça, soit centrale dans la pratique. Je ne sais pas s'il y a une rĂ©ponse.

 

Thatyana Pitavy : Oui, mais ce qui est intĂ©ressant, en tout cas, dans la mienne, c’est que avoir ça en tĂȘte, avoir en tĂȘte la structure du trois ou du quatre, comme on veut, ça nous oriente aussi, de la façon dont on Ă©coute quelqu'un.

 

Marc Darmon : Par exemple, il y a toute une Ă©poque oĂč chez les psychanalystes d'enfants, on allait chercher le pĂšre. Il fallait absolument ramener le pĂšre. Donc on peut dire que ça peut ĂȘtre un effet du 4Ăšme !

Quant Ă  Lacan, je n'ai pas assistĂ© pendant tant de temps Ă  ses prĂ©sentations
 mais quand mĂȘme, j'ai Ă©tĂ© frappĂ© par son attention portĂ©e au corps. Je me souviens d'une patiente pour laquelle le diagnostic de schizophrĂ©nie se posait, eh bien il lui a demandĂ© de marcher. Il examinait sa dĂ©marche, pour voir si elle avait une dĂ©marche schizo ou pas. Donc on peut dire que l'analyste lacanien des nƓuds ne va pas privilĂ©gier un des registres ou une des dimensions et va pouvoir jouer entre les diffĂ©rentes dimensions
 dans un parcours comme ça.

Alors, qu'un analyste qui se rĂ©fĂ©rerait Ă  une thĂ©orie d’avant les nƓuds va privilĂ©gier le symbolique, et l'Ă©quivoque et cette dimension, si bien que Lacan, je crois que c'est dans L'insu-que-sait de l'une-bĂ©vue
, il parle de la nĂ©cessitĂ© de faire une deuxiĂšme tranche parce qu’on ressort d'une analyse lacanienne comme donnant comme ça une suprĂ©matie au symbolique dans un Ă©tat un peu dingue.

 

Angela Jesuino-Ferretto : Mais je crois que ce serait faux aussi de penser que l'analyste qui travaille avec les nƓuds ne travaille pas aussi avec l'Ă©quivoque.

 

Marc Darmon : Oui, oui. Bien sûr. C'est une question de privilégier... de penser qu'il y a un des ronds supérieur aux autres.

 

Angela Jesuino-Ferretto : Non non, j'ai bien compris. Mais je pense que c'est un faux dĂ©bat de vouloir opposer l'Ă©quivoque comme Ă©tant avant le nƓud, comme si l’analyste avec le nƓud devait se priver de ça.

 

Marc Darmon : Non non, c'est l'équivoque exclusive.

 

Angela Jesuino-Ferretto : Il y a une question, Thatyana, que je voulais te poser, par rapport à la question du transfert comme quatriÚme rond, parce que, moi ce que je trouve dans ma clinique parfois, dans ces sujets dits modernes, c'est justement la difficulté de mettre en place un transfert.

 

Thatyana Pitavy : Je ne trouve pas cette difficultĂ©-lĂ , tu vois, j'ai une pratique institutionnelle avec les toxicomanes, on peut supposer qu'ils sont dans un type de jouissance hors langage
 c'est faux. C'est faux. Par contre il faut le chercher. Peut-ĂȘtre que c'est ça la diffĂ©rence, c'est qu'il faut le chercher.

 

Angela Jesuino-Ferretto : Je pense que ça suppose un maniement de transfert qui est autre.

 

Thatyana Pitavy : Oui. C'est curieux parce que j'ai l'impression qu'il faut lui parler. Il faut parler. Ce n'est pas parler... supposer Ă  la place de l'autre, mais il faut les chercher lĂ  oĂč ils sont. Parfois mĂȘme sous une modalitĂ© assez directe, je trouve, pour que la chose vienne à


 

Pascale Belot-Fourcade : Balint le disait déjà, quand on voit les grands classiques, Balint parlait tout à fait dans Le défaut fondamental [T. P. : Ah ! mais il faut y aller dans l'axe, directement, oui] d'un positionnement trÚs différent avec les alcooliques, avec... comme ça, il y a un trÚs beau texte de lui qu'a repris...

 

Thatyana Pitavy : Sinon ça ne les intéresse absolument pas, devant eux comme ça, ils nous regardent, on se regarde ! Ils s'en vont. Ils veulent que ça parle.

 

Angela Jesuino-Ferretto : Non, c'est par rapport Ă  la question du 4Ăšme rond comme possibilitĂ© de transfert parce que justement on est sur un type de transfert qui est particulier et que je n'inscrirai pas peut-ĂȘtre dans ce nouage Ă  4.

 

Thatyana Pitavy : Ce que je n'ai pas dit, parce que j'ose Ă  peine, mais je me lĂąche lĂ  [Angela : Allez, il est 10h20 !] [Marc Darmon : Te retiens pas !] (Rires.) Je ne me retiens pas [Muriel Drazien : C'est ça le transfert !] C'est vrai que j'ai une position un peu... Je ne sais pas si c'est radical mais je ne pense mĂȘme pas que c'est un nouage Ă  4, je pense que c'est du 3. Disons que si on peut imaginer une petite boucle qui vient s'y coller comme ça au trois, au nom du transfert, on va dire comme ça
 [J. M. : Un papillon ?] Pourquoi pas ? juste un rond, un rond trivial. Et aprĂšs, quand on n'en veut plus, eh bien, Ă©coutez, on passe outre.

 

Marc Darmon : Lacan dit, si je ne me trompe pas, dans Le Sinthome que l'analyste est un symptĂŽme.

 

Thatyana Pitavy : Oui mais lĂ  il faut supposer qu'il est nouĂ© borromĂ©ennement, alors s'il n'y a plus d'analyste
 mais je meurs. [X : Oh !] Ce n'est pas possible. Ben oui !

 

Marc Darmon : Non, c'est-à-dire il se colle, en tant que symptîme [T. P. : Ah oui !] il se colle comme tu viens de le dire, au nƓud à trois.

 

Thatyana Pitavy : Mais je ne pense mĂȘme pas que ça vienne s'y coller borromĂ©ennement. Ce que je vois c'est que ça fait pince, j'en sais rien, mais je dis ça vient faire
 [J. M. : Ce n'est pas un crabe ! Si ?] 
 pourquoi pas, mais en tout cas un nƓud trivial qui vient se rajouter Ă  la structure qui est celle du trois, c'est comme ça que je lis, on s'en sert. Quand on n'en veut plus, on passe Ă  autre chose. Il vaut mieux. Il vaut mieux pouvoir passer Ă  autre chose sinon on ne s’en sort jamais lĂ -dedans.

 

Julien Maucade : Il insiste beaucoup sur l'art et il dit mĂȘme « j'essaye d'accĂ©der Ă  ce niveau-lĂ  de l'art par ma pratique et par mon
 » et je pense que ce nouage du psychanalyste comme symptĂŽme c'est aussi de l'art, c'est-Ă -dire c'est ce qui fait que ça se noue, c’est par l’art de l’analyse. Il ne suffit pas d'ĂȘtre lĂ , on est d'accord, ce n'est pas juste une prĂ©sence. Mais c'est un art.

 

Thatyana Pitavy : Il a une esthĂ©tique dans tout ça. C'est de ça dont il va parler de l’esthĂ©tique Ă  un moment donnĂ©, Ă©videmment


 

Valentin Nusinovici : Mais qu'est-ce qu'on fait alors de cette affirmation que le transfert prĂ©existe Ă  l'entrĂ©e en analyse, dans la nĂ©vrose ?    inaudible72 :57 Et justement un transfert qui serait lĂ  créé, qui serait surajoutĂ© mais qui ne serait pas prĂ©existant?73 :04, qui ne sont pas des cas de nĂ©vroses disons habituelles. Si on tient sur cette proposition qui est tout Ă  fait lacanienne, de dire que le transfert prĂ©existe, qu’il n'est pas créé de...

 

Thatyana Pitavy : Je pense que tout sujet... On sait qu'on est seul mais on a quand mĂȘme envie de dialoguer avec l'autre. Le transfert c'est quand mĂȘme ce dialogue avec l'autre.

 

Valentin Nusinovici : Mais on n'arrĂȘte pas. On n'arrĂȘte pas de toute façon. À la limite on n'a mĂȘme pas besoin d'en trouver un, sauf dans les cas particuliers.

 

Thatyana Pitavy : Ma difficultĂ© c'est d'imaginer qu'il y aurait un type de nouage qui, sans ça, je meurs. Sans ça, c'est l'Ă©clatement. C'est lĂ  oĂč je trouve trĂšs difficile, je suis trĂšs intĂ©ressĂ©e aujourd'hui pour une question
 je crois que je laisserai ça pour une autre fois, je ne veux pas tout donner comme ça... Mais en tout cas qui viendrait interroger cette proposition : « Sans l'autre, je meurs. » Sans l'autre, je veux dire : sans cet objet-lĂ , sans se nouage-lĂ , ou sans ce qui m'y articule, je ne peux pas, ou sans mon Ă©criture, ou sans mon art, j'en sais rien, on ne meurt pas comme ça. AprĂšs effectivement que tout cela s'organise, organise un sujet, ça remplit, chacun fait comme il veut lĂ -dedans. J'ai beaucoup de mal Ă  articuler un type de nouage oĂč, sans ça, on meurt. [Intervenant : Ça arrive !]

 

Brigitte Le Pivert : Le petit autre, sans le secours de l'autre, il meurt.

 

Thatyana Pitavy : Mais c'est cette croyance-lĂ  que je trouve dingue. VoilĂ . C'est de supposer... on voit ça, des couples... Il y en a un qui meurt, l'autre suit... c'est de supposer qu'on est tellement nouĂ© Ă  l'autre, dans un type de dĂ©pendance vie/mort, c'est... on ne l'est pas, hein ! AprĂšs effectivement il faut peut-ĂȘtre faire une analyse pour pouvoir nommer ces choses-lĂ , pour pouvoir comprendre certaines choses. Mais je ne sais pas


 

Julien Maucade : C'est trĂšs intĂ©ressant ce que vous soulevez, surtout dans la clinique des enfants et des adolescents, dans le sens
, Ă  mon sens ce n'est pas « sans l'autre je meurs », mais « sans un objet qui se dĂ©tache de l'autre, je meurs ». C'est plutĂŽt ça. C'est comme ça que ça se pose pour des enfants, pour des adolescents mĂȘmes. C'est-Ă -dire sans l'objet voix par exemple, je meurs, ça peut arriver ; sans l'objet regard, je meurs. Ça, ça existe mais ce n'est pas l'autre en tant que quantitĂ©, mais c'est cet objet que je peux dĂ©tacher de l'autre. Effectivement oui je peux tomber malade jusqu'Ă  en pĂ©rir : ça existe.

 

Thatyana Pitavy : Oui, on voit bien que ça existe. Je sais trÚs bien que ça existe, j'entends et je vois aussi. Mais il y a un petit problÚme là-dedans. Vous voyez ! Comment ? Qu'est-ce qui... ?

 

Julien Maucade : C'est-à-dire ce n'est pas tellement la question de l'autre, c'est l'objet. Je veux dire que sans cet objet qui soutient quelque chose. Voilà !

 

Marc Darmon : D'autres questions ? Oui ?

 

Brigitte Le Pivert : Quand mĂȘme je prĂ©fĂ©rerais vous le dire, en relisant le texte de Lacan Propos sur la causalitĂ© psychique, qui est quand mĂȘme un texte ancien, il parlait des nƓuds de l'Imaginaire et justement de cette nĂ©cess’
 inaudible qui prĂ©existent Ă  la venue du symbolique et de l’image      inaudible de l'autre semblable

 

Thatyana Pitavy : Oui j'entends. Je pense qu'on s'invente beaucoup d'histoires pour pouvoir tenir dans cette vie, parce que sinon c'est intenable, c'est tout. Et aprùs on se met à croire des choses


 

Julien Maucade : On est tous Shéhérazade




[1] Ce qui a Ă©tĂ© dit par la patiente est : « J’ai besoin d’aller aux toilettes. »

[2] Idem : « J’ai peur de ne pas pouvoir me retenir. »

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