PROGRAMME 2011-2012-03


Mathinées lacaniennes

2011-2012

Groupe d’études animĂ© par
Jean Brini, Henri Cesbron Lavau et Virginia Hasenbalg-Corabianu

Ă  l'ALI, 25 rue de Lille, 75007

le samedi matin
(voir dates ci-dessous)

Le 24 mars 2012


de 9 h. Ă  10 h.
Groupe de travail sur l'angoisse
animé par Virginia Hasenbalg


-o-o-o-

de 10 h. Ă  11 h.
Atelier de topologie
animé par Henri Cesbron Lavau

Topologie de l'impossible

-o-o-o-

de 11h Ă  12h
C
ycle de confĂ©rences-dĂ©bat‹: Le nouage RSI

samedi 9 juin

Conférence de Claude Landman


 

 

30 juin : Table ronde

 


 

"...l’origine de la notion de symptĂŽme, qui n’est pas du tout Ă  chercher dans Hyppocrate, qui est a chercher dans Marx, qui le premier dans la liaison qu’il fait entre le capitalisme et quoi ? le bon vieux temps, ce qu’on appelle quand on veut enfin ! tĂącher de l’appeler autrement, le temps fĂ©odal. Lisez lĂ -dessus toute la littĂ©rature : le capitalisme est considĂ©rĂ© comme ayant certains effets, et pourquoi en effet, n’en aurait-il pas !

Ces effets sont somme toute, bĂ©nĂ©fiques, puisqu’il a l’avantage de rĂ©duire Ă  rien l’homme prolĂ©taire, grĂące Ă  quoi l’homme prolĂ©taire rĂ©alise l’essence de l’homme. Et d’ĂȘtre dĂ©pouillĂ© de tout est chargĂ© d’ĂȘtre le messie du futur. Telle est la façon dont Marx analyse la notion de symptĂŽme. Il donne bien sĂ»r des foules d’autres symptĂŽmes, mais la relation de ceci avec une foi en l’homme est tout a fait incontestable.

Si nous faisons de l’homme, non plus quoique ce soit qui vĂ©hicule un futur idĂ©al, mais si nous le dĂ©terminons de la particularitĂ© dans chaque cas, de son inconscient et de la façon dont il en jouit, le symptĂŽme reste Ă  la mĂȘme place oĂč l’a mis Marx, mais il prend un autre sens, il n’est pas un symptĂŽme social, il est un symptĂŽme particulier.

J.Lacan, séminaire RSI, leçon du 18 février 1975



 

 

 





Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas. L’important, c’est qu’on ne peut pas dĂ©montrer qu’il est impossible qu’il en existe. VoilĂ  de l’indĂ©cidable.

De l’indĂ©cidable dont le lien avec la structure est la fonction logique des quantificateurs
 ce privilĂšge de la fonction de la quantification tient Ă  ce qu’il en est de l’essence du tout et de sa relation Ă  la prĂ©sence de l’objet a.

Il existe quelque chose qui fonctionne pour que tout sujet se croie tout, pour que le sujet se croie tout sujet, et par lĂ  mĂȘme sujet de tout, de ce fait mĂȘme en droit de parler de tout.

Or, ce que nous donne l’expĂ©rience analytique est ceci qu’il n’y a pas de sujet dont la totalitĂ© ne soit illusion, parce qu’elle ressortit Ă  l’objet a en tant qu’élidĂ©.

20 mars 68, L’acte psychanalytique


 

RSI,  Leçon VII

« Celle qui vit son mari tout armé,

Sauf la braguette, aller en escarmouche,

Lui dit : « Ami ; de peur qu’on ne vous touche,

Armez cela qui est le plus aimé. »

Quoi ? Tel conseil doit-il ĂȘtre blĂąmĂ© ?

Je dis que non : car sa peur la plus grande

Etait de perdre, le voyant animé,

Le bon morceau dont elle était friande. »

Rabelais


RSI, fin leçon VII

 

Laurent, serrez ma haire avec ma discipline,‹Et priez que toujours le Ciel vous illumine.‹Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers‹Des aumînes que j'ai partager les deniers.

MoliĂšre Le Tartuffe

 



"Que l'angoisse, chez Lacan, soit rĂ©fĂ©rĂ©e au dĂ©sir de l'Autre et donc au manque qui l'affecte, nous permet de repĂ©rer le rĂŽle qu'y joue la fonction phallique puisque si le phallus manque Ă  venir dans le champ oĂč l'objet "a" se prĂ©sente comme tel, alors s'impose la question de ce que me veut l'Autre, la question du dĂ©sir de l'Autre, sans qu'aucune nomination ne permette de l'organiser, de la lier dans la signifiance"

Jacques Garnier, Journées de l'Ali à Rennes, octobre 2006


 

"Pour nous mettre directement dans notre travail, je ferai appel Ă  trois citations de ceux qui inspirent et soutiennent nos travaux:

Freud : "L'angoisse Ă©tant un Ă©tat d'affect, ne peut ĂȘtre Ă©prouvĂ© que par le moi"
Lacan : "L'angoisse est le signe du désir de l'Autre"
Melman : "L'angoisse est liée à l'inexistence de lAutre"

D. Sainte Fare Garnot, Journée de l'Ali à Rennes, octobre 2006


 

C'est la corde qui fut le premier outil des mathĂ©maticiens. D'oĂč l'importance dans la gĂ©omĂ©trie d'Euclide, de la rĂšgle (la corde tendue) et le compas (la corde fixĂ©e Ă  une extrĂ©mitĂ©).

Ces deux outils devinrent les instruments fondamentaux de la géométrie de la droite et du cercle.

Les bords du Nil, en Egypte, sont une bénédiction pour les agriculteurs que sont devenus ces peuples civilisés depuis les millénaires. La terre y est, en effet, trÚs fertile et les cultures y sont faciles (...) Chaque année, le grand fleuve y apporte de la nouvelle terre, et chaque année, il l'inonde pour la rendre plus riche encore.

Justement, le problÚme est dans l'inondation des terres. Une fois le fleuve retiré, au moment de planter, comment reconnaßtre son jardin, sonchamp, sur ces immenses surfaces de terre sans aucun repÚre?

Et c'est lĂ  que ceux qui connaissent les premiers rudiments de mathĂ©matiques, les "gĂ©omĂštres" (ceux qui mesurent la terre) de l'administration pharaonique, apparaissent avec leurs cordes et leurs piquets dans leurs mains, et avec les thĂ©orĂšmes de ThalĂšs et de Pythagore dans leurs tĂȘtes pour tracer des perpendiculaires. Ils vont utiliser les bords du Nil comme une immense feuille de travail pour y dessiner des figures "gĂ©omĂ©triques"...

Maths CollÚge, André Deledicq, Editions de la cité

 


L'angoisse

 

Kierkegaard prend « l'angoisse » comme fil conducteur, dans le Concept de l'angoisse, pour explorer de quelle maniĂšre la libertĂ© s'atteste elle-mĂȘme Ă  l'existence singuliĂšre, de façon paradoxale, seul un ĂȘtre libre pouvant faire l'expĂ©rience de l'angoisse - expĂ©rience de la libertĂ© comme fardeau et obstacle. L'angoisse est le « vertige du possible », on la ressent lorsque l'on est confrontĂ© Ă  une infinitĂ© de possibilitĂ©s et qu'il faut faire un choix. L'angoisse, contrairement Ă  la peur, n'a donc pas d'objet dĂ©terminĂ©. On a peur « de quelque chose », mais on n'angoisse pas « de quelque chose ». L'angoisse est indĂ©terminĂ©e, elle met en branle l'ensemble de l'existence. Heidegger dira que l'angoisse met en branle l'ensemble de l'ĂȘtre, et nous fait apercevoir le nĂ©ant.

Nous portons la lourde responsabilité de ce choix, et de plus nous ne pouvons pas prévoir si ce choix sera bon ou pas. L'existence se caractérise par son aspect fonciÚrement contingent et imprévisible, l'homme doit donc se risquer à choisir et à agir sans pouvoir maßtriser totalement son avenir. C'est le sens du « saut » dans l'absurde. Aucune doctrine, aucun systÚme philosophique ou scientifique, aucune dogmatique religieuse ne peuvent rassurer l'homme quant à ses choix, il doit les faire en ùme et conscience en derniÚre instance.(wikipedia)


L'intervalle qui se rĂ©pĂšte, structure la plus radicale de la chaĂźne signifiante, est le lieu que hante la mĂ©tonymie, vĂ©hicule, du moins l'enseignons nous, du dĂ©sir. C'est en tout cas l'incidence oĂč le sujet Ă©prouve dans cette intervalle Autre chose Ă  le motiver que les effets de sens dont le sollicite un discours, qu'il rencontre effectivement le discours de l'Autre, avant mĂȘme qu'il puisse seulement le nommer dĂ©sir, encore bien moins envisager son objet. Ce qu'il va y placer, c'est son propre manque sous la forme du manque qu'il produirait chez l'Autre de sa propre disparition. Disparition qu'il a, si nous pouvons dire, sous la main, de la part de lui mĂȘme qui lui revient de son aliĂ©nation premiĂšre.

Ecrits, page 843


A la fin de la leçon du 19 fĂ©vrier 1974, du sĂ©minaire Les non-dupes errent, Lacan dĂ©ploie sa logique modale. C'est Ă  la page 131 de la derniĂšre version du sĂ©minaire de l’ALI, que nous reprenons ici, avec quelques corrections en suivant la version orale. (Lacan souligne quelques phrases en criant. Nous les avons transcrites en caractĂšres gras)

Pour voir le tableau de la logique modale de la leçon du 19 février 1974, cliquer ici

1:18:17 (à une heure 18 minutes du début de la leçon)

S'il est vrai que ça ne se situe que lĂ  oĂč je vous le dis, c’est-Ă -dire lĂ  oĂč la contradiction n’est en fin de compte qu’artifice, artifice de supplĂ©ance, mais qui n’en reste pas pour ça moins vrai, le vrai jouant lĂ  le rĂŽle de quelque chose dont on part pour inventer les autres modes.

C’est Ă  savoir que nĂ©cessaire que p, quelque vĂ©ritĂ© que ce soit, ne peut se traduire que par ça ne cesse pas de s’écrire.

Chacun voit entre ce fait, ce fait que quelque chose ne cesse pas de s’écrire - entendez par lĂ  que ça se rĂ©pĂšte, que c’est toujours le mĂȘme symptĂŽme, que ça tombe toujours dans le mĂȘme godant... Vous voyez bien qu’entre le ne cesse pas de s’écrire p et le ne cesse pas de s’écrire non-p, nous sommes lĂ  dans l’artefact dont tĂ©moigne justement et qui tĂ©moigne en mĂȘme temps de cette bĂ©ance concernant la vĂ©ritĂ©, et que l’ordre du possible est comme l’indique Aristote, connectĂ© au nĂ©cessaire. Ce qui cesse de s’écrire, c’est p ou non-p. En ce sens, le possible tĂ©moigne de la faille de la vĂ©ritĂ©. À ceci prĂšs qu’il n’y a rien Ă  en tirer.

Il n’y a rien Ă  en tirer, et Aristote lui-mĂȘme en tĂ©moigne. Il y tĂ©moigne de sa confusion Ă  tout instant entre le possible et le contingent, ce qu’écrit ici mon V vers le bas, Λ... car aprĂšs tout, ce qui cesse de s’écrire peut aussi bien cesser de ne pas s’écrire, Ă  savoir venir au jour comme vĂ©ritĂ© du truc
 Il peut arriver que j’aime une femme comme un chacun d’entre vous - c'est ce sorte d'aventures dans lesquelles vous pouvez glisser - ça ne donne pourtant aucune assurance concernant l’identification sexuelle de la personne que j’aime pas plus que de la mienne.

Seulement il y a quelque chose qui, entre toutes ces contingences, pourrait bien tĂ©moigner de la prĂ©sence du RĂ©el. Et ça c’est bien ce qui ne s’avance que du dire pour autant qu’il se supporte du principe de contradiction. Ce qui bien sĂ»r, naturellement, n’est pas du dire courant de tous les jours... Non seulement dans le dire courant de tous les jours vous vous contredisez sans cesse, c’est-Ă -dire que vous ne faites aucune attention Ă  ce principe de contradiction, mais il n’y a vraiment que la logique qui l’élĂšve Ă  la dignitĂ© d’un principe, et qui vous permette, non pas, bien sĂ»r, d’assurer aucun RĂ©el, mais de vous y retrouver dans ce qu’il pourrait ĂȘtre quand vous l’aurez inventĂ©.

Et c’est bien en quoi ce que j’ai marquĂ© concernant l’impossible, c’est-Ă -dire ce qui sĂ©pare, mais autrement que ne fait le possible, ce n’est pas un ou-ou, c’est un et-et. En d’autres termes, que ce soit Ă  la fois p et non-p, c’est impossible, c’est trĂšs prĂ©cisĂ©ment ce que vous rejetez au nom du principe de contradiction. C’est pourtant le RĂ©el puisque c’est de lĂ  que je pars, Ă  savoir que pour tout savoir il faut qu’il y ait invention, que c’est ça qui se passe dans toute rencontre, dans toute rencontre premiĂšre avec le rapport sexuel.

La condition pour que ça passe au RĂ©el, la logique, et c’est en ça qu’elle s’invente, et que la logique c’est le plus beau recours de ce qu’il en est du savoir inconscient. À savoir de ce avec quoi nous nous guidons dans le pot-au-noir.

Ce que la logique est arrivĂ©e Ă  Ă©lucubrer, c’est non pas de s’en tenir Ă  ceci qu’entre p et non-p, il faut choisir, et qu’à cheminer selon la veine du principe de contradiction, nous arriverons Ă  en sortir quant au savoir.

Ce qui est important, ce qui constitue le RĂ©el, c’est que, par la logique, quelque chose se passe, qui dĂ©montre non pas qu’à la fois p et non-p soient faux, mais que ni l’un ni l’autre ne puissent ĂȘtre vĂ©rifiĂ© logiquement d’aucune façon. C’est lĂ  le point, le point de re-dĂ©part, le point sur lequel la prochaine fois je reprendrai, cet impossible de part et d’autre, c’est lĂ  le RĂ©el tel que nous le permet de le dĂ©finir la logique, et la logique ne nous permet de le dĂ©finir que si nous sommes capables, cette rĂ©futation de l’un et de l’autre, de l’inventer.


 

Et c’est lĂ  qu’entre en jeu tout ce qui s’édifie du terme de phallus qui est bien lĂ  ce qui dĂ©signe un certain signifiĂ©, un signifiĂ© d’un certain signifiant parfaitement Ă©vanouissant, car pour ce qui est de dĂ©finir ce qu’il en est de l’homme ou de la femme, ce que la psychanalyse nous montre, c’est trĂšs prĂ©cisĂ©ment que c’est impossible et que, jusqu’à un certain degrĂ©, rien n’indique spĂ©cialement que ce soit vers le partenaire de l’autre sexe que doive se diriger la jouissance, si la jouissance est considĂ©rĂ©e, mĂȘme un instant, comme le guide de ce qu’il en est de la fonction de reproduction.

Le savoir du psy, 4 novembre 71


C’est trĂšs prĂ©cisĂ©ment pour traduire la formule : Je te demande quoi ? de refuser ce que quoi ? Ce que je t’offre, c’est-Ă -dire quelque chose qui au regard de ce dont il s’agit — et vous savez ce que c’est — c’est Ă  savoir l’objet petit a — l’objet petit a n’est aucun ĂȘtre, l’objet petit a c’est ce que suppose, suppose de vide une demande, dont, en fin de compte, ce n’est qu’à la dĂ©finir comme situĂ©e par la mĂ©tonymie, c’est-Ă -dire par la pure continuitĂ© assurĂ©e du commencement ou dĂ©but de la phrase, que nous pouvons imaginer ce qu’il peut en ĂȘtre d’un dĂ©sir qu’aucun ĂȘtre ne supporte.

Je veux dire qui est sans autre substance que celle qui s’assure des nƓuds mĂȘmes. Et la preuve, c’est que, Ă©nonçant cette phrase : je te demande de refuser ce que je t’offre, je n’ai pu que la motiver de ce "ce n’est pas ça" dont j’ai parlĂ©, que j’ai repris la derniĂšre fois, et qui veut dire que, dans le dĂ©sir de toute demande, il n’y a que la requĂȘte de ce quelque chose qui au regard de la jouissance qui serait satisfaisante, qui serait la Lustbefriedigung supposĂ©e dans ce qu’on appelle Ă©galement improprement dans le discours analytique la pulsion gĂ©nitale, celle oĂč s’inscrirait un rapport qui serait le rapport plein, le rapport inscriptible entre ce qu’il en est de l’un avec ce qui reste irrĂ©ductiblement l’autre.

C’est en quoi j’ai insistĂ© sur ceci, c’est que le partenaire de ce je qui est le sujet, le sujet de toute phrase de demande, c’est que son partenaire est non pas l’Autre mais ce quelque chose qui vient se substituer Ă  lui sous la forme de cette cause du dĂ©sir que j’ai cru pouvoir diversifier, diversifier et ce n’est pas sans raison, en 4, en tant qu’il se constitue, selon la dĂ©couverte freudienne, en tant qu’il se constitue diversement de l’objet de la succion, de l’objet de l’excrĂ©tion, du regard, et aussi bien de la voix.

C’est en tant que substitut de ce qu’il en est de l’Autre que ces objets sont rĂ©clamĂ©s, sont faits cause du dĂ©sir.

Encore 15 mai 73



Il se peut que la spatialitĂ© soit la projection de l’étendue de l’appareil psychique. Aucune autre dĂ©duction n’est vraisemblable. Au lieu du a priori kantien, (les) conditions de notre appareil psychique. La psychĂ© est Ă©tendue, (mais elle) n'en sait rien. Sigmund Freud, 1938, RĂ©sultats, idĂ©es, problĂšmes.


Gamow, physicien quantique, russe d'origine, à qui l'on doit la théorie du Big Bang et d'autres choses encore, raconte cette histoire à propos de Dirac, autre physicien quantique:

Une fois, se trouvant chez Kapitza, Dirac, tout en parlant de physique avec Peter, regardait Anya Kapitza tricoter.

Quelques heures aprÚs les avoir quittés, il revint, tout excité: "Vous savez,Anya," lui dit-il, "en vous regardant faire ce pull-over, je me suis beaucoup intéressé à l'aspect topologique du problÚme.

J'ai trouvé qu'il y avait une autre façon de tricoter, et une
seule. Il y a celle que vous employez, puis celle-ci". Et, de ses doigts longs et fins, il fit sa démonstration. Anya lui apprit que la "nouvelle façon" qu'il venait de découvrir était tout simplement le "point à l'envers", bien connu des femmes."

Cité par Serge Hajlbum dans un forum dans la web

 


 

Envers de la psychanalyse

 

Ce qu’on attend d’un psychanalyste, c’est comme je l’ai dit la derniùre fois,

de faire fonctionner son savoir en termes de vérité.

 

L’amour de la vĂ©ritĂ© est ce quelque chose qui se cause de ce manque Ă 

ĂȘtre de la vĂ©ritĂ©, ce manque Ă  ĂȘtre que nous pourrons aussi appeler autrement,

ce manque d’oubli ce qui se rappelle à nous dans les formations de

l’inconscient, ce n’est rien qui soit de l’ordre de l’ĂȘtre, d’un ĂȘtre plein

d’aucune façon. Qu’est-ce que c’est que « ce dĂ©sir indestructible» dont

parle Freud pour conclure les derniĂšres lignes de sa Traumdeutung?

Qu’est-ce que c’est que ce dĂ©sir que rien ne peut changer ni flĂ©chir quand

tout change ? Ce manque d’oubli, c’est la mĂȘme chose que ce manque Ă 

ĂȘtre, car ĂȘtre ce n’est rien d’autre que d’oublier. Cet amour de la vĂ©ritĂ©,

c’est cet amour de cette faiblesse, cette faiblesse dont nous avons su lever

le voile. C’est ceci que la vĂ©ritĂ© cache et qui s’appelle la castration.


La lettre, selon Mme du Deffand, doit faire entendre une voix, beaucoup plus que développer un point de vue. Il ne s'agit pas de prouver qu'on a raison, mais de susciter l'illusion d'une présence - Voltaire affirmant qu'il ne saurait écrire une lettre si elle ne concerne un thÚme précis ou ne traite d'un problÚme.

La marquise prĂ©tendant qu'il est plus drĂŽle de s'abandonner : Rien n'est plus drĂŽle qu'un commerce oĂč l'on se dit tout ce qui nous passe par la tĂȘte ; mais je n'en suis pas lĂ  avec vous. Ce marchĂ© serait trop avantageux pour moi ; je vous donnerais des bulles de savon en Ă©change du votre en barre.


I wish I could tell you half the things Alice used to say, beginning with her favourite phrase Let's pretend. She had had quite a long argument with her sister only the day before -- all because Alice had begun with Let's pretend we're kings and queens; and her sister, who liked being very exact, had argued that they couldn't, because there were only two of them, and Alice had been reduced at last to say, Well, YOU can be one of them then, and I'LL be all the rest.

Alice through the looking glass, Lewis Caroll



 

Le complexe d'Oedipe est la façon dont on peut se dĂ©fendre contre la structure par l'histoire. L'histoire introduit dans la structure une temporalitĂ©, un avant et un aprĂšs, cette temporalitĂ© apprivoise la fonction de la cause puisque dans l'histoire la cause n'est plus supportĂ©e que par ce qui est antĂ©cedent, par ce qui est antĂ©rieure dans la chaĂźne symbolique. L'histoire imaginarise ainsi le Symbolique pour se dĂ©fendre contre le RĂ©el. Ce qui pour l'histoire fait cause n'est rien qu'un prĂ©decesseur dans la chaĂźne : ce qui dans la chaĂźne se trouve avant. Un hommage est ainsi rendu au pĂšre qui, en mĂȘme temps, se tropuve enchaĂźnĂ©, puisqu'il est rĂ©duit Ă  n'ĂȘtre qu'un Ă©lĂ©ment quelconque de la chaĂźne ; il ne doit son pouvoir qu'au fait purement accidentel d'avoir Ă©tĂ© avant.
La problĂ©matique de l'histoire est ainsi typiquement obsessionnelle ; elle cĂ©lĂšbre le pĂšre en le rĂ©duisant Ă  n'ĂȘtre que celui qui Ă©tait lĂ  d'abord.
(...)
Nous aimons les histoires parce qu'elles annulent la dimension du Réel.
Le complexe d'Oedipe est prototypique de notre rapport Ă  l'histoire, il est notre Ur-histoire, l'histoire originelle, il dit en effet le commencement, la genĂšse, en mettant le pĂšre Ă  la place de la cause.
(...)
Comment se fait-il qu'un mĂȘme mythe, celui de l'Oedipe, soit retrouvĂ© dans l'inconscient du sujet occidental et ce, que que soit son sexe, puisque ce mythe fonctionne Ă  l'insu du sujet dont, par ailleurs, il mĂ©nage l'ex-sistence sans avoir jamais Ă©tĂ© explicitĂ©?
(...)
Il y a d'autres façon d'historiser le RĂ©el, c'est-Ă -dire lĂ  encore de s'en dĂ©fendre. Il y a par exemple le mythe individuel, cette fois, du nĂ©vrosĂ©. Ainsi la cause, c'est-Ă -dire ce qui est toujours cause de l'insatisfaction, cette cause pourra ĂȘtre attribuĂ©e Ă  des incidences diverses : insuffisance de l'amour maternel, pĂšre chatrĂ©, naissance d'un frĂšre ou d'une soeur, traumatisme sexuel, etc.
(...)
L'Oedipe qui fait du pÚre mort la cause est bien agent de normalisation psychique puisqu'il dit quel est l'étalon de la valeur commune : le phallus. Il fait de la femme l'image désirable et de l'idéal paternel le support du narcissisme. Mais bien qu'étant un agent de normalisation psychique permettant d'entrer dans le circuit des échanges - qu'ils soient sexuels, sociaux ou économiques, - l'Oedipe appelle néanmoins trois remarques.
En premier lieu, il ment sur la cause du désir, puisqu'il désigne cette cause comme étant la mÚre. D'autre part, il organise de façon définitive l'interdit de savoir quelle est la cause véritable du désir sous peine de réaliser l'inceste. Enfin, ce mythe de l'Oedipe fait de l'insatisfaction sexuelle la rÚgle normative.
(...)
Or, sans s'exposer Ă  nul inceste, il est possible de savoir qu'en premier lieu la cause du dĂ©sir n'est pas la mĂšre mais l'objet qu'elle recĂšle dans la mesure oĂč cet objet fait l'attirance du pĂšre pour elle. D'autre part, cet objet peut ĂȘtre su, dĂ©signĂ©, nommĂ© et cela sans aucun risque d'encourir l'inceste ou de le pratiquer, car si la mĂšre est support de l'Autre, du grand Autre comme corps, si elle est corps de l'Autre, si c'est elle dont le corps donne consistance Ă  l'Autre, elle est Ă  jamais pour quiconque insaississable car infinie. Le caractĂšre pathogĂšne de incestes effectivement rĂ©alisĂ©s tient vraisemblablement Ă  une confusion du grand Autre avec l'objet a.

Extrait de Refoulement et déterminisme des névroses,
séminaire de Charles Melman de 1989-90. Leçon du 12 octobre 1989


l’homme va se reconnaütre et se
méconnaßtre partout... Il se sert de cet
autre dĂ©sormais vide comme d’un
miroir vrai pour y projeter la surface
invisible qui est lui-mĂȘme et y voir se
dessiner ce qui lui est le plus interdit -
la Chose

notes/transcription de Claude Conté sur la conférence de Lacan "De ce que j'enseigne"
parue en annexe dans le séminaire sur "L'identification", Ali, page 408



Qu’il y ait un rĂ©el, ce n’est absolument pas douteux, que le sujet n’ait de rapport, de rapport constructif avec ce rĂ©el que dans la dĂ©pendance, Ă©troite alors, du principe du plaisir, du principe du plaisir non forcĂ© par la pulsion, c’est ce qui, la prochaine fois, nous permettra de voir que lĂ  est la source et l’origine, lĂ  est le point d’émergence de cet objet d’amour. Toute la question est de savoir comment cet objet d’amour peut tenir Ă  remplir un rĂŽle analogue Ă  cet objet tel que je viens de vous le dĂ©finir,

c’est-Ă -dire Ă  l’objet du dĂ©sir. Sur quelles Ă©quivoques, sur quelles ambiguĂŻtĂ©s repose la possibilitĂ©, pour l’objet d’amour, de devenir objet de plaisir ?

Encore, version ALI, page 218


Il faut qu'il y ait une espÚce de transmutation qui s'opÚre du signifiant à la lettre, quand le signifiant n'est pas là - (quand il ) est à la dérive, n'est-ce pas, (quand il) a foutu le camp - dont il faudrait se demander comment ça peut se produire

(...)

Tout de mĂȘme, on ne peut pas faire que sur le sujet de cette lettre on n'ait pas affaire Ă  un champ qui s'appelle mathĂ©matique, Ă  un endroit oĂč on ne peut pas Ă©crire n'importe quoi. (...) C'est en cela que ce domaine se distingue

(...)

Je posai la question de ce qu'on pourrait appeler un mathÚme, posant déjà que c'est le point pivot de tout enseignement. Autrement dit qu'il n'y a d'enseignement que mathématique, le reste est plaisanterie.
Jacques Lacan, ... Ou pire, le 15 décembre 1971



...C’est en tant que ce champ de l’Autre n’est, comme on dit techniquement, « pas consistant », que l’énonciation prend la tournure de la demande, ceci avant que quoi que ce soit, qui charnellement puisse rĂ©pondre...
Jacques Lacan


... Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas. L’important, c’est qu’on ne peut pas dĂ©montrer qu’il est impossible qu’il en existe. VoilĂ  de l’indĂ©cidable.
De l’indĂ©cidable dont le lien avec la structure est la fonction logique des quantificateurs
 ce privilĂšge de la fonction de la quantification tient Ă  ce qu’il en est de l’essence du tout et de sa relation Ă  la prĂ©sence de l’objet a.
Il existe quelque chose qui fonctionne pour que tout sujet se croie tout, pour que le sujet se croie tout sujet, et par lĂ  mĂȘme sujet de tout, de ce fait mĂȘme en droit de parler de tout.
Or, ce que nous donne l’expĂ©rience analytique est ceci qu’il n’y a pas de sujet dont la totalitĂ© ne soit illusion, parce qu’elle ressortit Ă  l’objet a en tant qu’élidĂ©.

20 mars 68, L’acte psychanalytique