La bascule délirante, texte de Pierre Arel



LA BASCULE DELIRANTE

Pierre Arel
Psychiatre, psychanalyste


Parler d’épisode dĂ©lirant nous amĂšne immanquablement Ă  explorer les frontiĂšres qui existent entre ce qui est considĂ©rĂ© comme dĂ©lire et ce qui est considĂ©rĂ© comme ne l’étant pas. Ce qui nous pose des problĂšmes de dĂ©finition du dĂ©lire qui sont d’une grande difficultĂ©, dĂšs lors que l’on remarque que nous faisons entrer sous ce mĂȘme vocable de dĂ©lire des manifestations cliniques fort diffĂ©rentes. Cela pourrait nous obliger Ă  sortir des approximations dont nous nous contentons trop facilement en ce domaine, surtout si nous voulons entrer dans une distinction des phĂ©nomĂšnes dĂ©lirants tels qu’ils surviennent dans les nĂ©vroses, perversions et psychoses. Pour ce qui nous concerne, dans le cadre de ce prĂ©sent Journal Français de Psychiatrie, nous prĂ©ciserons par les approches cliniques de la psychiatrie et de la psychanalyse, qui ne l’oublions pas opĂšrent sur un mĂȘme champ clinique, ce qui nous paraĂźt ĂȘtre commun d’une part, et de plus en plus divergeant d’autre part.

Pour la psychiatrie, si la question des Ă©pisodes dĂ©lirants est une question ancienne, qui a suscitĂ© beaucoup d’intĂ©rĂȘt, elle est tombĂ©e dans une relative dĂ©suĂ©tude dĂšs lors que la nosographie psychiatrique s’est orientĂ©e, depuis plusieurs dĂ©cennies maintenant, vers une approche multiaxiale de la clinique, approche qui implique de considĂ©rer des phĂ©nomĂšnes cliniques hĂ©tĂ©rogĂšnes sous le seul angle de la comorbiditĂ©. Cette approche rend nulle et non avenue toute approche structurale qui devant des phĂ©nomĂšnes cliniques hĂ©tĂ©rogĂšnes, simultanĂ©s ou successifs, implique de considĂ©rer leurs relations rĂ©ciproques Ă©ventuelles. Alors qu’il nous apparaĂźt que c’est seulement dans une approche structurale, telle que la psychanalyse le permet, que nous pouvons nous interroger sur les rapports qui existent entre un dĂ©lire et l’état psychique qui le prĂ©cĂ©dait ou lui fait suite.
Cette approche structurale, si elle a pu ĂȘtre soutenue par la psychiatrie pendant un temps, a Ă©tĂ© abandonnĂ©e progressivement, et cela bien avant la crĂ©ation des D.S.M. Prenons l’exemple des dĂ©lires hystĂ©riques. La nosographie psychiatrique a pu en parler dĂšs lors qu’elle a eu Ă  sa disposition une dĂ©finition de l’hystĂ©rie qui ne soit pas seulement un diagnostic d’élimination, et Ă  partir de cette dĂ©finition elle pu s’interroger autant sur la survenue de dĂ©lires chez des patients diagnostiquĂ©s comme hystĂ©riques (exemple la 4Ăšme phase de la grande crise de Charcot) que sur la prĂ©sence de symptĂŽmes rĂ©putĂ©s hystĂ©riques chez des dĂ©lirants. Si bien que fin XIXĂšme, dĂ©but XXĂšme siĂšcle, il Ă©tait parlĂ© facilement de dĂ©lire, de folie ou de psychose hystĂ©rique. Mais progressivement les psychiatres vont abandonner ce type de diagnostic, autant sous l’hĂ©gĂ©monie du postulat dĂ©lire=psychose, que sous l’effet de l’abandon d’une dĂ©finition prĂ©cise de l’hystĂ©rie ; mouvement initiĂ© par des auteurs comme Babinski et qui a trouvĂ© son aboutissement dans l’élimination du terme d’hystĂ©rie dans le D.S.M.
Si bien qu’aprĂšs un oubli quasi-complet des dĂ©lires hystĂ©riques de plusieurs dĂ©cennies, ce sont des psychiatres pour qui l’hystĂ©rie voulait encore dire quelque chose qui ont relancĂ© le dĂ©bat sur cette question, sans grand succĂšs au demeurant. Il est vrai que c’est avec une dĂ©finition psychanalytique de l’hystĂ©rie que ces auteurs ont repris le dĂ©bat, ce qui nous intĂ©resse  ici. Il est en effet des plus logiques que la clinique psychiatrique, qui ne prend pas en compte ce qui se fonde  sur la parole des patients et le transfert qui l’accompagne, ne puisse tenir une dĂ©finition clinique stable de l’hystĂ©rie ou de toute autre pathologie mentale. Aussi il est dans la logique de la dĂ©marche scientifique que les entitĂ©s nosographiques venues de la psychanalyse soient Ă©vacuĂ©es, et que la clinique qui en dĂ©coule connaisse l’atomisation qui est la sienne actuellement.
Notre souci n’est pas  d’engager une polĂ©mique ou d’émettre une quelconque critique par rapport Ă  cette dĂ©marche, mais bien de faire valoir notre travail clinique, Ă  partir de la rationalitĂ© issue de l’écoute de la parole nos patients, dans le transfert. Pour l’objet de notre Ă©tude d’aujourd’hui, les Ă©pisodes dĂ©lirants, nous avons des dĂ©finitions des nĂ©vroses, psychoses et perversions, fondĂ©es sur le refoulement, la forclusion et le dĂ©menti. Mais lorsqu’un dĂ©lire s’associe chez un mĂȘme patient Ă  un symptĂŽme nĂ©vrotique ou Ă  un fantasme pervers, est-ce que ce dĂ©lire peut ĂȘtre valablement considĂ©rĂ© comme un dĂ©lire, et si oui rĂ©pond-il Ă  un phĂ©nomĂšne de forclusion, ou bien Ă  un autre mĂ©canisme ?  Ce sont des questions comme celles-lĂ  - il y en a bien d’autres- que nous pouvons nous poser dĂšs lors que nous nous tenons Ă  des dĂ©finitions structurales qui nous sont imposĂ©es par la rationalitĂ© inhĂ©rente Ă  notre pratique.

ElĂ©ments d’une clinique des Ă©pisodes dĂ©lirants

L’épisode dĂ©lirant -soit l’incident, l’accessoire dĂ©lirant-, nous devons Ă  Magnan, avec la description de la bouffĂ©e dĂ©lirante aiguĂ«, de lui avoir donnĂ© une existence clinique. C’est sur un socle nosographique synchronique bien Ă©tabli qu’il a introduit l’évolution, la diachronie comme critĂšre clinique. Ce qui ouvrit pendant une courte pĂ©riode un champ clinique qui permit la description de diverses psychoses aiguĂ«s. Comme l’écrit G. Halberstadt, en 1922, dans un article intitulé : une question de doctrine psychiatrique : la psychose dĂ©lirante dĂ©gĂ©nĂ©rative aiguë : « Tous les auteurs admettaient autrefois qu’une mĂȘme psychose pouvait ĂȘtre curable ou bien passer Ă  la chronicitĂ© et devenir incurable. »  Il faisait ainsi rĂ©fĂ©rence aux travaux extrĂȘmement fĂ©conds qui firent suite Ă  l’invention de Magnan, et au contexte de son Ă©poque, qui vit nombre de psychiatres se dĂ©tourner des conceptions prenant en compte l’évolution des dĂ©lires, pour faire entrer quantitĂ© de dĂ©lires dans la vaste entitĂ© des dĂ©mences prĂ©coces de Kraepelin, qui ne laisse qu’une place mineure Ă  la question de l’évolution. Cette tendance nosographique Ă  faire entrer tous les dĂ©lires dans une entitĂ© supposĂ©e chronique, et donc stable, va s’amplifier avec la mise en place du concept de schizophrĂ©nie qui va encore absorber d’autres maladies dĂ©lirantes sur son passage. Freud, qui suivi l’affaire de prĂšs, du fait que l’entitĂ© de la schizophrĂ©nie avait Ă©tĂ© montĂ©e en triturant certains concepts psychanalytiques, fit alors la remarque que nombre d’hystĂ©riques ont alors Ă©tĂ© rangĂ©es dans la schizophrĂ©nie.

Ce rappel ne fait que nous pointer une difficultĂ© que psychiatres et psychanalystes partagent, qui est de faire entrer la question du temps dans leur clinique. Certes nous ne pouvons pas faire le moindre pas clinique sans admettre qu’il existe une structure stable, Ă  savoir quelque chose qui dans le rĂ©el rĂ©pond toujours de la mĂȘme façon, mais cela ne doit pas nous masquer que la structure peut subir des incidents, voire des remaniements, dont les dĂ©lires ne sont pas les moindres. Et que les dĂ©lires surviennent sur une organisation nĂ©vrotique, perverse, ou comme moment fĂ©cond d’une psychose, ils posent toujours la question d’un remaniement temporel de la structure.


Partons de la clinique des bouffĂ©es dĂ©lirantes aiguĂ«s, qui sont les plus frĂ©quentes des Ă©pisodes dĂ©lirants. Si elles peuvent ĂȘtre  un coup de tonnerre dans un ciel serein, le dĂ©lire peut Ă©galement ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ© d’une pĂ©riode lente de modification de la relation Ă  l’autre, soit par une fuite du contact, soit par une rigidification, une intransigeance avec hyperactivitĂ© qui va croissante jusqu’à la bascule dans un Ă©tat dont il y a lieu de retenir cinq registres : une dĂ©personnalisation-dĂ©rĂ©alisation, des hallucinations, un dĂ©lire, des actes et des troubles de l’humeur.

-La bascule se fait dans une ambiance d’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ©, de changement de soi-mĂȘme et du monde extĂ©rieur qui perd de son sens, voire mĂȘme est hallucinĂ© nĂ©gativement pour une partie. DĂšs ces manifestations, l’angoisse est prĂ©sente et accompagnera toute la crise dĂ©lirante.
-Des hallucinations auditives, acoustico-verbales, visuelles, rarement prises dans un automatisme mental, sont présentes, ainsi que des hallucinations cénesthésiques douloureuses ou voluptueuses qui migrent dans tout le corps, ou se localisent dans un organe déterminé.
- des dĂ©lires qui obĂ©issent Ă  divers mĂ©canismes : imagination, confabulation, interprĂ©tation, et dĂ©veloppent diffĂ©rents thĂšmes : mĂ©galomanie, persĂ©cution, mysticisme, filiation, cosmique. Le patient croit son dĂ©lire, mais lĂ  aussi cette croyance peut fluctuer de l’assertion la plus intransigeante au propos dĂ©lirant le plus lĂ©ger, tenant dans un mot.
-Ce dĂ©lire est  vĂ©cu dans une agitation anxieuse qui conduit Ă  une dĂ©ambulation sans but, mais il peut ĂȘtre Ă©galement agi, comme le confabulant mĂ©galomaniaque qui descend dans de grands hĂŽtels, se fait passer pour un grand personnage, etc
 D’autres actes : dĂ©parts, ruptures, agressions contre des proches, des inconnus, ou le dĂ©lirant lui-mĂȘme, sont de vĂ©ritables passages Ă  l’acte.
-des troubles de l’humeur tels que l’euphorie et la tristesse  qui peuvent alterner Ă  un rythme rapide et constituer un Ă©tat mixte.

S’ils sont dits polymorphes, c’est que ces dĂ©lires associent volontiers plusieurs mĂ©canismes, plusieurs thĂšmes, une croyance qui va de la conviction totale dans le dĂ©lire Ă  des moments de raison, dans une alternance rapide, une humeur changeante de type Ă©tat mixte.
Ces dĂ©lires, par leur polymorphisme, peuvent suggĂ©rer l’idĂ©e d’un chaos, mais ils n’en sont pas moins structurĂ©s selon des lignes de force que l’on peut repĂ©rer. Ce polymorphisme est mĂȘme un trait caractĂ©ristique de la bouffĂ©e dĂ©lirante aiguĂ«. A contrario, certains dĂ©lires aigus plus organisĂ©s, plus « monomorphes » poseront plus de problĂšmes de diagnostic diffĂ©rentiel avec des dĂ©lires chroniques. Par exemple un dĂ©lire de persĂ©cution oĂč des interprĂ©tations, renforcĂ©es par des hallucinations visuelles, auditives ou cĂ©nesthĂ©siques font de la rĂ©alitĂ© dĂ©lirante un monde de cauchemar. Le dĂ©lirant y est traquĂ©, Ă©piĂ© par une instance anonyme qui sait tout de lui.
Mais passĂ©e l’impression d’étrangetĂ© que laisse ces dĂ©lires, il est possible de s’y repĂ©rer bien sĂ»r par les signifiants qui sont mis lĂ  dans le circuit, mais Ă©galement par les mĂ©canismes, les rapports Ă  l’Autre que cela implique. Cette structure du dĂ©lire, nous pouvons aussi en vĂ©rifier la cohĂ©rence lors des rĂ©cidives dĂ©lirantes dans la relative fixitĂ© des modalitĂ©s dĂ©lirantes.
Pour ce qui concerne l’évolution , si l’évolution est classiquement de quelques semaines voire mois, des Ă©pisodes plus courts, de quelques heures ou jours, comme des Ă©pisodes plus longs, parfois de plusieurs annĂ©es peuvent soulever les mĂȘmes questions, en mettant en jeu les mĂȘmes rouages structuraux.
Mais le grand souci qui naĂźt devant tout Ă©pisode dĂ©lirant concerne l’avenir au long cours, et donc la possibilitĂ© d’une rĂ©cidive transitoire ou chronique. Si cette Ă©volution peut-ĂȘtre spontanĂ©ment rĂ©solutive, elle est dans la plupart des cas tributaire de l’abord diagnostique et thĂ©rapeutique employĂ© en pareil cas. Et c’est Ă  ce niveau que les approches psychiatriques et analytiques rĂ©vĂšlent le plus leurs diffĂ©rences. Il existe dans le champ de la psychiatrie un dogme implicite qui veut que dĂ©lire = psychose = chronicitĂ©, et que toute psychose  doive bĂ©nĂ©ficier du traitement bio-psycho-social dĂ©fini selon les canons consensuels en vigueur. Or, ce dogme  fondĂ© sur une clinique qui ne retient de la parole du patient que les Ă©noncĂ©s qui permettent d’établir un diagnostic – les questionnaires d’autodiagnostics constituent en cela l’aboutissement de cette dĂ©marche – ne prend jamais en considĂ©ration  ce que la psychanalyse, qui est cure de parole, prend en compte d’emblĂ©e, qui est la demande de reconnaissance d’un au-delĂ  de la parole. Cette demande de reconnaissance, adressĂ©e via leclinicien Ă  un Autre Ă©nigmatique, est au fondement du transfert. Cette adresse, cette demande de reconnaissance, quasie-nulle dans la psychose, se dĂ©ployant selon des modalitĂ©s diffĂ©rentes dans les nĂ©vroses et les perversions, est un Ă©lĂ©ment clinique aussi important que les Ă©noncĂ©s des patients. Dans le domaine des dĂ©lires, s’il existe quelques diffĂ©rences au niveau des Ă©noncĂ©s dĂ©lirants, c’est surtout au niveau du transfert que peut se faire la diffĂ©rence entre les dĂ©lires psychotiques et les autres dĂ©lires. C’est pourquoi une clinique qui ne tient compte que des seuls Ă©noncĂ©s des dĂ©lirants ne peut quasiment pas faire de diffĂ©rences entre ces divers types de dĂ©lires, et autorise sans prudence Ă  faire des diagnostics de psychose dĂšs les premiĂšres phases de la maladie. Si ces diagnostics sont lĂ©gitimes pour les psychoses chroniques, ils ont des effets dĂ©lĂ©tĂšres concernant les autres dĂ©lirants. En effet, ce diagnostic de psychose, de folie invalide gravement la parole du patient. Chez celui qui est en gĂ©nĂ©ral un adulte jeune, et qui est en quĂȘte accrue de reconnaissance de sa parole auprĂšs de l’Autre social, de l’Autre du sexe, le diagnostic  de psychose vaut comme un « cause toujours, tu es fou, tu dĂ©lires ».

La cure de parole

Le travail clinique dont nous allons rendre compte dans ces journées a été fait dans le respect de ces deux dimensions de la parole, que ce soit dans un cadre hospitalier, institutionnel, ou en suivi ambulatoire de ville.

La cure de parole, qui peut logiquement commencer dĂšs le premier entretien, se fait dans l’écoute du dĂ©lire qui est Ă  chaque fois une expĂ©rience de parole unique, extrĂȘmement instructive. Si le mutisme, la rĂ©ticence  sont parfois au rendez-vous, le patient a le plus souvent envie de parler, de rendre compte de cette expĂ©rience qui tour Ă  tour le fascine et l’angoisse. Il parle donc, soit pour dire le dĂ©lire qui s’impose Ă  lui, soit pour s’interroger sur celui-ci, suivant alors les chaĂźnes signifiantes qu’il suit briĂšvement, en des phrases courtes, sans syntaxe ni connections logiques. Il se met Ă  dire le dĂ©lire, les hallucinations, les angoisses, les sensations corporelles, mais aussi ses commentaires, ses souvenirs rĂ©cents ou anciens, ses rĂȘves et ses rĂȘveries, sans avoir le souci de sĂ©parer les diffĂ©rents plans. Il y a lĂ  un symbolique qui s’impose, non sans laisser de nombreux vides, ni dessiner les contours d’un rĂ©el dont la rencontre brutale a fait trauma. Il est toujours surprenant pour le clinicien de recevoir ces propos qui font alterner les rĂȘveries les plus primesautiĂšres, les plus fleurs bleus avec les considĂ©rations les plus justes sur les tourments de la vie : la violence de l’autre qui n’entend rien, de la mort qui sĂ©pare de la personne qui vous a permis d’exister, le ratage du sexe qui est venu trop tĂŽt. Tout cela vient en vrac, et peut nous laisser la mĂȘme impression qu’à Freud aprĂšs avoir entendu ses premiĂšres patientes sous hypnose, qui rĂ©sulte de cette immersion rapide dans les arcanes du psychisme humain et de ses malĂ©fices. Cette comparaison avec l’hypnose ne s’arrĂȘte pas lĂ . Si le dĂ©lire, comme l’hypnose, libĂšre les associations du patient, leur donnant cette richesse remarquable, il s’avĂšre que les effets de cette parole, qui sont de lever une partie du symptĂŽme, sont de courte durĂ©e. Si bien qu’au dĂ©cours d’un Ă©pisode dĂ©lirant, il n’est pas rare que le patient soit dĂ©primĂ©, amnĂ©sique de ce qu’il a dit durant son dĂ©lire, et qu’il retourne dans les propos imposĂ©s par le refoulement qui Ă©tait le sien avant le dĂ©lire.

Cela peut constituer une difficulté certaine mais en rien insurmontable pour poursuivre ou  mettre en route une cure de parole et permettre une réouverture subjective, quand cela est possible.

C’est en partant d’un exemple clinique que nous pourrons le plus facilement rendre compte de ce type de travail. Il s’agit d’une jeune femme qui a traversĂ© plusieurs  crises dĂ©lirantes sur une pĂ©riode cinq ans. Son premier dĂ©lire s’est dĂ©clenché  dans des circonstances qui s’avĂšreront trĂšs particuliĂšres : elle venait d’emmĂ©nager dans l’appartement qu’occupait sa grand-mĂšre une dizaine d’annĂ©es auparavant, avant qu’elle ne meure, et concomitamment elle a rencontrĂ© un homme pour lequel naĂźt une grande passion amoureuse. Le dĂ©lire se dĂ©clare en deux temps. Il Ă©volue d’abord Ă  bas bruit. C’est un dĂ©lire interprĂ©tatif : elle est Ă©piĂ©e, on surveille ses moindres faits et gestes. Un certain nombre de bruits ou de perceptions sont autant de signes qui lui sont adressĂ©s. Exemple : l’ambulance qu’elle entend dans la rue signifie qu’il est arrivĂ© un accident Ă  l’un de ses proches. Tel autre signe l’accuse d’une faute, ou encore la prĂ©vient d’une menace de mort.
Le dĂ©lire Ă©volue Ă  bas bruit, pendant plusieurs mois, sans que son entourage ne se rende compte de l’ampleur du trouble, jusqu’à ce qu’il Ă©clate dans un grand tableau d’agitation anxieuse qui nĂ©cessite une hospitalisation.  Cette recrudescence dĂ©lirante coĂŻncide avec la venue de son ami, qu’elle n’avait  pas vue depuis deux mois. Lorsqu’il vient la voir Ă  l’hĂŽpital, elle ne le reconnaĂźt pas et lui demande : qui ĂȘtes-vous ? Qu’ĂȘtes vous ?
Je la reçois pour la premiĂšre fois Ă  la sortie de cette hospitalisation. La cure de parole se met en place sans difficultĂ©s. Comme elle le dira plus tard, elle veut parler, elle a une histoire Ă  raconter. Alors elle raconte sa relation trĂšs difficile Ă  des parents corsetĂ©s dans une recherche Ă©perdue de reconnaissance sociale, la perte de sa grand-mĂšre qui l’a Ă©levĂ©e et a Ă©tĂ© longtemps la seule personne Ă  qui elle pouvait parler, le dĂ©cĂšs accidentel d’une amie qui constituait un idĂ©al fĂ©minin. Ces souvenirs, comme le rĂ©cit de ses prĂ©occupations quotidiennes, ont Ă©tĂ© amenĂ©s dans des propos oĂč n’existait plus le moindre Ă©lĂ©ment dĂ©lirant. Par contre, la mort et la tension agressive qui comme signification s’imposaient dans ses interprĂ©tations dĂ©lirantes, sont ici en position de retour du refoulĂ©. En effet il apparut assez rapidement qu’elle a organisĂ© sa vie autour du refoulement de toute tension agressive et de toute compĂ©tition. Si bien que dans ses relations aux autres, elle fait preuve d’une gĂ©nĂ©rositĂ© et de capacitĂ©s d’écoute peu ordinaires. Mais cette oblativitĂ© un peu militante, elle la rĂ©servait  aux dĂ©shĂ©ritĂ©s, aux exclus, aux minoritaires souffrants. Quant Ă  son agressivitĂ©, masquĂ©e au quotidien dans une civilitĂ© parfaite, elle la rĂ©servait aux personnages supposĂ©s les agents des inĂ©galitĂ©s, des injustices, des violences qui existent dans le monde, Ă  savoir aux incarnations du pĂšre imaginaire privateur.

Ces premiers temps de la thĂ©rapie l’ont ainsi amenĂ©e Ă  tourner autour de ce rĂ©el de la mort qui lui semblait seul en cause, et lui dictait, lui lĂ©gitimait ses impĂ©ratifs absolus. C’est mĂȘme sous le commandement de ces impĂ©ratifs lĂ  qu’elle interrompit sa thĂ©rapie : elle avait mieux Ă  faire que de s’occuper de sa petite personne. Elle revint quelques mois plus tard, en proie Ă  un nouveau dĂ©lire qui Ă©tait en bien des points identique au prĂ©cĂ©dent. Elle reprit la cure de parole, dĂšs les premiers jours du dĂ©lire pour lequel une hospitalisation ne fut pas nĂ©cessaire, et la continua quasiment lĂ  oĂč elle l’avait laissĂ©e. MĂȘme pendant la pĂ©riode dĂ©lirante, qui Ă©tait trĂšs superposable Ă  la premiĂšre, il Ă©tait facile de retrouver le fil de ses prĂ©occupations passĂ©es. Fait nouveau, elle  en vint progressivement Ă  parler de sa relation aux hommes, dont elle apprĂ©ciait la compagnie depuis bien longtemps, mais avec lesquels elle rencontrait plus de difficultĂ©s au niveau du dĂ©sir. Son attachement Ă  l’homme qu’elle avait rencontrĂ© quelques jours avant le dĂ©clenchement de son premier dĂ©lire, et avec qui un projet de vie commune s’est rapidement mis en place, va lui permettre de s’interroger avec de plus en plus d’assurance sur les ratĂ©s de cette relation amoureuse, et sur la place qu’y tient son rapport au dĂ©sir.
En mĂȘme temps que ces questions sexuĂ©es lui vinrent, surgirent quelques souvenirs infantiles qui Ă  chaque fois mirent en jeu le regard, ainsi que des prĂ©occupations nouvelles concernant le regard que les hommes portent sur elle. Et puis un regard plus hardi que les autres, un compliment appuyĂ© Ă  sa beautĂ© vint la toucher. Et  ce fut la bascule. Elle repartit de plus belle dans son combat. Son discours, qui avait acquis une grande souplesse dans la cure de parole, lui permettait une navigation agile entre les petits et les grands Ă©vĂ©nements du quotidien, les souvenirs, les rĂȘves, ses enthousiasmes et ses refus. Les points d’arrĂȘt, les doutes, les questionnements rendaient compte d’une subjectivitĂ© prĂ©sente dans toute sa dynamique, et voilĂ  maintenant que le discours se bloque, devient rigide, assertif, intolĂ©rant Ă  toute contradiction et Ă  tout questionnement. Que se passe-t-il ? Elle se lance, avec son Ă©nergie farouche, Ă  la tĂȘte de son supĂ©rieur hiĂ©rarchique, coupable selon elle d’une injustice caractĂ©risĂ©e Ă  l’encontre de l’une de ses administrĂ©s. Elle rĂ©unit des informations sur lui. Elle sait que c’est un salaud, qu’il n’a pas le droit, qu’il abuse de son pouvoir. Dans un crescendo phallique, son intransigeance va avoir pour effet de lui fermer toutes les portes et les oreilles qui lui Ă©taient acquises jusque lĂ . Et de cet acting-out caractĂ©risĂ©, elle bascule dans le passage Ă  l’acte, puis dans le dĂ©lire. Elle quitte son travail, erre dans la ville en Ă©tat de dĂ©personnalisation, et le dĂ©lire s’installe. Elle entend des voix qui la prĂ©viennent d’un danger mortel, elle est surveillĂ©e, Ă©piĂ©e. On parle d’elle Ă  la tĂ©lĂ©vision. Elle est responsable de tout. La bascule est complĂšte : alors qu’au temps prĂ©cĂ©dent elle Ă©tait l’Une qui est autorisĂ©e Ă  Ă©dicter la loi, Ă  pointer les torts et les manquements de chacun, elle est maintenant cet objet indigne qu’il faut Ă©liminer. Autant elle a prĂ©tendu Ă©noncer le signifiant maĂźtre, autant elle se retrouve rejetĂ©e du cotĂ© de l’objet a. Le signifiant maĂźtre absolu qu’elle brandit ici est le signifiant de la mort, et par retour c’est de cette mĂȘme mort que les objets a -voix et regard- la menacent.

Ce point de bascule entre acting-out et passage Ă  l’acte nous paraĂźt central dans la problĂ©matique des dĂ©lires qui nous occupent aujourd’hui. Dans la monstration signifiante, en basculant du cotĂ© du –j, « le nĂ©vrosĂ© faisant comme s’il donnait le phallus, n’aboutit Ă  rien d’autre qu’à tenter de barrer l’Autre comme tel, c'est-Ă -dire Ă  tenter de dĂ©montrer le point oĂč, comme sujet, il ne serait pas lui-mĂȘme barré ; et c’est mĂȘme de ne pas y parvenir 
 qu’il peut se barrer rĂ©ellement dans le passage Ă  l’acte oĂč il choit du cotĂ© de l’objet, rejetant sa question de sujet. »©ˆ Et en rejetant sa question de sujet, en s’éteignant comme sujet, il se retrouve dans cette catastrophe subjective de laquelle seul le dĂ©lire peut dire quelque chose. Mais de ce savoir du dĂ©lire, qui lui vient du champ de l’Autre, nulle appropriation, nulle subjectivation n’est possible, tout au moins tant que dure le dĂ©lire. C’est dans ce savoir, bloquĂ© au champ de l’Autre, que nous avons Ă  situer la forclusion.

Dans le dĂ©lire de cette patiente, il est rendu compte de ces objets, voix et regard, qui la persĂ©cutent. C’est de leur prĂ©sence dans la rĂ©alitĂ© dĂ©lirante que naĂźt cette ambiance de cauchemar, d’angoisse qui domine sur l’ensemble de ses Ă©pisodes dĂ©lirants. Parce que sa tentative de combler la barre de l’Autre, comme la sienne, avec le –j, avec le forçage phallique, vient ĂŽter son caractĂšre Ă©nigmatique Ă  la rĂ©alitĂ©, elle perd tout dĂ©sir, tout investissement libidinal pour celui qui reprĂ©sentait la veille encore l’objet le plus prĂ©cieux. Au cours de plusieurs de ses dĂ©lires, elle ne va pas reconnaĂźtre celui qu’elle appelait auparavant « mon amour ». Elle le voit, le dĂ©crit mĂȘme, mais sans mĂȘme lui donner une autre identitĂ©, un autre nom, elle ne le reconnaĂźt pas, dans une perte de la vision mentale des plus sĂ©lectives.

Aussi, si nous voulons interroger les dĂ©lires, devons nous en premier lieu interroger cette bascule acting-out – passage Ă  l’acte, aprĂšs l’avoir repĂ©rĂ©e, dans ce qu’elle implique d’une mort subjective qui s’installe dans un acting-out qui se fait toujours dans la relation Ă  un autre qui ne peut entendre  l’enjeu, l’au-delĂ  de cette surenchĂšre symbolique. Concernant toujours cette bascule acting-out – passage Ă  l’acte, M. Czermak  prend l’aphorisme talmudique « faisons Ă©coutons » pour nous inviter Ă  Ă©couter l’acte dans une rĂ©troaction de l’écoute sur ce « pas premier qui peut ĂȘtre entendu alors dans ce qui le fonde ». C’est seulement dans cet aprĂšs-coup qu’il est permis de dĂ©gager les dĂ©terminants symboliques qui Ă©taient en jeu dans l’acte. C’est pour ces raisons que la rĂ©pĂ©tition a un caractĂšre inĂ©luctable. Parce qu’il manque toujours du symbolique, la rencontre du rĂ©el est traumatique. C’est de ce symbolique manquant, de ce qui n’était pas, que la rĂ©pĂ©tition procĂšde, si bien que les traces de la rencontre traumatique ne peuvent ĂȘtre traduites, et qu’elles viennent rĂ©veiller, dĂšs quelles sont sollicitĂ©es, de grandes quantitĂ©s de jouissance du corps, de jouissance Autre. D’oĂč l’importance, dans nombre d’épisodes dĂ©lirants, pas seulement mystiques, de la jouissance corporelle, qu’elle soit voluptueuse ou douloureuse. Comme le disait une dĂ©lirante : j’ai tout mon organisme qui travaille !

Pour en revenir Ă  cette patiente, qu’est-ce qui peut-ĂȘtre entendu rĂ©troactivement ? Qu’est-ce qui est ressorti de ce trou de l’Autre qui absorbe et qui recrache ? Il en est ressorti un Nom-du-PĂšre. En l’occurrence les figures paternelles imaginaires  avec lesquelles elle s’affronte renvoient, trait pour trait, Ă  l’ancĂȘtre honni pour son histoire peu glorieuse, celle d’un salaud authentique mĂȘme, selon les critĂšres ordinaires. De plus, le patronyme que celui-ci lui a transmis a le rapport le plus direct, en tant que nom commun, avec l’affrontement duel qu’elle peut mener avec les reprĂ©sentants de ce pĂšre privateur. Ce Nom-du-PĂšre, dĂšs lors qu’il est ramenĂ© dans la chaĂźne signifiante par le sens qu’il vĂ©hicule, et qu’il est refusĂ© comme nom propre puisque considĂ©rĂ© comme marque d’infamie, rend cette chaĂźne sans trou, Ă  la fois impĂ©rative, commandant qu’il lui soit obĂ©i jusqu’au bout. En mĂȘme temps cette chaĂźne sans trou interdit non pas la production d’un savoir, mais la subjectivation, l’appropriation de ce savoir.

La possibilitĂ© de l’appropriation de ce savoir verrouillĂ© au champ de l’Autre, c'est-Ă -dire forclos est l’une des questions que nous posent les Ă©pisodes dĂ©lirants. Doit-on considĂ©rer qu’aprĂšs le dĂ©lire, ce savoir va rester dĂ©finitivement  au champ de l’Autre, forclos, ou bien peut-on considĂ©rer que dans certains cas, ce savoir va pouvoir passer du cĂŽtĂ© du sujet ? Et si oui, dans quelles conditions ?

C’est dans la cure de parole, dans un transfert, que cette appropriation peut se rĂ©aliser. La mise en place de ce travail comporte un certain nombre de difficultĂ©s et mĂȘme de risques. Les psychotiques rĂ©sistent mal au transfert du fait que pour nombre d’entre eux manquent les points de butĂ©e sur la chaĂźne infinie des symboles. Notre travail d’aujourd’hui, cela s’entendra dans les exposĂ©s de ces journĂ©es, s’est attachĂ© Ă  rendre compte de ce qu’une cure de parole peut ĂȘtre mise en place et ĂȘtre menĂ©e dans les suites d’un dĂ©lire. Ce n’est certes pas, dans nombre de cas, sans hĂ©sitations diagnostiques, tant parfois la fermeture subjective rend difficile un repĂ©rage structural. Et c’est souvent par tĂątonnements successifs que nous Ă©mettons telle hypothĂšse diagnostique de nĂ©vrose, qui tombe suite Ă  une rĂ©cidive dĂ©lirante avant de rebondir sur de nouveaux Ă©lĂ©ments cliniques qui n’étaient pas apparus jusque-lĂ . Comme nous le verrons, ces hĂ©sitations peuvent durer des annĂ©es, non seulement en raison de notre ignorance, mais aussi parce qu’il faut du temps et du travail, travail de traduction surtout, pour que des Ă©lĂ©ments cliniques fiables se  stabilisent et nous ramĂšne vers un terrain plus familier.

Par contre, lorsque l’analyse s’engage sur une demande dans laquelle le dĂ©lire tient une place accessoire, oĂč il n’est qu’un souvenir ancien plus ou moins enfoui, elle est sans diffĂ©rence notable d’avec d’autres cures de nĂ©vrosĂ©s ou de pervers, et le dĂ©lire peut alors y ĂȘtre considĂ©rĂ© comme n’importe quelles manifestations de la rĂ©pĂ©tition.  L’analyse part d’un symptĂŽme dĂ»ment  repĂ©rĂ©, qui organise la rĂ©pĂ©tition, pour lequel la question d’une participation du sujet est suspectĂ©e. Tant que la rĂ©pĂ©tition est attribuĂ©e Ă  l’Autre ou Ă  la malchance, il n’y a pas d’analyse possible Toute la cure est tendue dans l’effort de l’appropriation subjective du savoir de la rĂ©pĂ©tition. Mais comme nous le savons il existe des zones de ce savoir inconscient plus  difficiles Ă  explorer, principalement celle oĂč s’est jouĂ©e le trauma sexuel et la constitution du fantasme. Il semblerait que les dĂ©lires transitoires nous mĂšnent vers ces zones.

Dans le commentaire qu’il fait du Ravissement de Lol V. Stein dans les ProblĂšmes cruciaux de la psychanalyse, Lacan nous donne quelques indications lĂ -dessus. Il parle de ce personnage, cette femme qui suite Ă  l’arrachement de l’homme qu’elle aimait et qui ne sera plus pour elle qu’un trou, vit dans une absence qui n’est pas loin d’une mort subjective. Comme le dit avec humour M. Duras, son mari croyait qu’elle n’inventait rien. Et Lacan ajoute que dans ce roman est articulĂ©e la fonction du nom propre  en tant que siĂšge central du sujet reprĂ©sentĂ© ici par le mot-trou. Et c’est lĂ  qu’il amĂšne une bascule qui est l’inverse de la bascule acting-out-passage Ă  l’acte : « Le seul sujet ici est cet objet
isolé en quelque sorte exilĂ©, proscrit, chu Ă  l’horizon de la scĂšne fondamentale, qu’est ce pur regard qu’est Lola ValĂ©rie Stein. Et c’est pourtant dans le roman le seul sujet, celui autour de quoi se soutiennent et tournent et existent tous les autres. » Ces remarques nous intĂ©ressent d’autant plus que Lol V. Stein bascule dans le dĂ©lire lorsqu’elle passe au champ de L’Autre et se retrouve dans la chambre de la scĂšne fondamentale.

Cela pourrait nous indiquer sur quoi soutenir notre attention, notre Ă©coute dans ces Ă©pisodes dĂ©lirants. A savoir d’une part sur ce qui vient obstruer le mot-trou du nom-du-pĂšre, soit le Un imaginaire, le –j que le nĂ©vrosĂ© fait avec son objet de don, en rĂ©ponse Ă  la demande de l’Autre, et le pervers avec son fĂ©tiche, son bĂąton qu’il dispute au pĂšre privateur, en rĂ©ponse Ă  la jouissance de l’Autre. Et d’autre part sur ces objets a qui surgissent dans la rĂ©alitĂ© du dĂ©lire et qui disloquent le fantasme, suscitant angoisse et hypnose. La cure de parole en venant Ă  proximitĂ© de ce nom propre rĂ©fractaire Ă  tout savoir, puisque qu’il ne renvoit qu’à lui-mĂȘme, permet le retour de ces objets dans le rĂ©el dont dĂ©pend l’émergence d’un sujet en leur lieu.
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1. M. Czermak, Patronymies .p.47







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