Pour une lecture transversale de la TroisiĂšme, par Lydia Schenker

 

Pour une lecture transversale de « La troisiĂšme » 1/11/1974, j’ai choisi la question ainsi martelĂ©e :

Est-ce que la psychanalyse est un  symptîme ? Et  quel serait son avenir


SUJET                 COPULE          ATTRIBUT

Cette 3Ăšme adresse de Lacan aux analystes Ă  Rome constitue-t-elle une passe? Le contexte particulier de cette intervention Ă©crite, sera Ă©clairĂ© par la confĂ©rence de presse de la veille. Elle se situe en effet, un an aprĂšs le CongrĂšs de La Grande Motte sur la passe ( 4/11/73) et le sĂ©minaire « les non dupes.. », un mois avant le dĂ©but du sĂ©minaire RSI...Les questions de la transmission d’une Ă©thique de sa praxis  à partir du RĂ©el du nƓud, celles de l’analys(t)e comme fonction dans la cure et ses consĂ©quences dans les discours du social (psychanalyse comme symptĂŽme, science et religion), puis celles de l’avenir de ce « symptĂŽme », feront le fil de mon propos.

1) Lacan s’adresse aux analystes afin qu’ils puissent entendre ce qu’il veut transmettre de son propre engagement : son « dit-ce-que », dit, Ă©crit qu’il lit, pour  un usage rigoureux du nƓud dans la praxis. Depuis son premier discours Ă  Rome en 53  « fonction et champ de la parole et du langage », il ne cesse d’affirmer ses positions dans la psychanalyse, d’interroger la pratique et surtout la difficultĂ© de sa transmission. Dans le second en 67 :« La psychanalyse, raison d’un Ă©chec » il dĂ©plorait : « je joue la rĂšgle du jeu
et n’ai pas Ă  m’étonner de l’échec de mes efforts
aprĂšs le rien d’enthousiasme (de la publication de ses Ă©crits en 66) oĂč dĂ©jĂ  pouvait se lire sous le signe de quel empĂȘtrement psychologisant ils Ă©taient reçus ». Il intitule donc cette confĂ©rence « La TroisiĂšme », celle qui revient, fait disque par sa rĂ©pĂ©tition, troisiĂšme tour qu’il prend lĂ  par le bord de la jouissance : le « se jouit » du « je souis » sujet pensant de Descartes
et par le RĂ©el du nƓud et du symptĂŽme, qui se boucle Ă  3,  ou 4 ?...comme productions de son propre engagement (une passe ?).

Cet « ourdrom » Ă©tait-il un acte de transmission ? Celui de donner le RĂ©el de ce nƓud aux analystes : « J’ai Ă©tĂ© amenĂ© Ă  la monstration de ce nƓud alors que ce que je cherchais c’était une dĂ©monstration d’un faire, le faire du discours analytique » dira-t-il plus tard le 11/03/75 dans RSI(p104). Qu’on puisse se servir de ses termes Imaginaire Symbolique et surtout RĂ©el pour sortir du sens, de la pensĂ©e, et de leur emploi philosophique : « Comment vous sortir de la tĂȘte l’emploi philosophique de mes termes, c'est-Ă -dire l’emploi ordurier
 il faudrait que vous les pigiez
 que ça vous serve Ă  vous apercevoir la topologie que ça dĂ©finit
à ĂȘtre non dupe de l’autoroute ! » (p261) Et donc, depuis son premier discours de Rome,  la topologie qu’il a Ă©laborĂ© ouvre la voie de l’écriture de ce nƓud pour une pratique qu’il spĂ©cifiera : tenir la corde du RĂ©el, « le RĂ©el, c’est ce qui ek-siste au sens, l’expulsĂ© du sens
l’impossible comme tel, l’aversion du sens
dans l’anti-sens et l’ante-sens ». (RSI p109)

-A la fin de « la troisiĂšme »  il Ă©voquera la raison de cette lecture : la transmission de sa trouvaille, Ă  dĂ©chiffrer « c’était peut-ĂȘtre faire que vous pourriez, c’est ce que je souhaite, lire quelque chose. Si vous arriviez Ă  vraiment lire ce qu’il y a dans cette mise Ă  plat du nƓud borromĂ©en, je pense que ce serait lĂ  dans la main vous toper quelque chose qui peut vous rendre service autant que la simple distinction du RĂ©el, du Symbolique et de l’Imaginaire. »(282)=Par ce nƓud, il donne aux analystes la boussole qui indique leur place et  leur fonction dans un discours: « Que ça les aide (les analystes) Ă  frayer le chemin de l’analyse
Il s’agirait  que vous y laissiez cet objet insensĂ© que j’ai spĂ©cifiĂ© du a. C’est ça qui s’attrape au coincement du Symbolique de l’Imaginaire et du RĂ©el comme nƓud. C’est Ă  l’attraper juste, que vous pouvez rĂ©pondre Ă  ce qui est votre fonction : l’offrir comme cause de son dĂ©sir Ă  votre analysant. C’est ça qu’il s’agit d’obtenir
ce nƓud il faut l’ĂȘtre
 »

En rĂ©fĂ©rence aux « 4 discours » articulĂ©s dans l’Envers de la Psychanalyse (69-70), seul le discours analytique place l’objet(a) en position de « semblant », au carrefour des jouissances sur le noeud.* AprĂšs la rĂ©pudiation du « je souis » de la pensĂ©e philosophique pour privilĂ©gier le « se jouit » des jouissances, Lacan indique en mĂȘme temps la place que doit occuper l’analyste dans son rapport Ă  l’analysant (262): objet a en place de semblant dans le discours,  ĂȘtre le nƓud mĂȘme
place du RĂ©el ?! Quelle place que celle de l’analyste ? celle du plus-de-jouir au carrefour des 3 jouissances ? (repĂ©rable sur le nƓud). Il n’y a pas d’ĂȘtre analyste, il n’y a qu’une fonction : celle de la copule, pour un possible dĂ©chiffrage du symptĂŽme ?
dont la place va pouvoir, aussi, ĂȘtre situĂ© sur ce nƓud
  *(cf. : schĂ©ma) « Vous ne pouvez Ă  la fois en ĂȘtre et l’ĂȘtre » (262)

=Ce bord de l’ĂȘtre comme copule rejoint-il la fonction phallique ? DĂ©finie dans (Ecrits p692): « La signification du phallus » (9/05/58 Munich), lorsqu’il souligne la nĂ©cessitĂ© du dĂ©sir de l’Autre (d’un Autre barrĂ©), pour la mise en place du sujet du dĂ©sir en tant qu’il a renoncĂ© Ă  s’identifier au phallus
  « le phallus imaginaire doit choir pour que soit instituĂ© le phallus symbolique et le signifiant phallique » il donne un repĂ©rage ramassĂ© de cette fonction : « Le phallus est le signifiant privilĂ©giĂ© de cette marque oĂč la part du logos se conjoint Ă  l’avĂšnement du dĂ©sir. On peut dire que ce Sa est choisi comme le plus saillant de ce que l’on peut attraper dans le rĂ©el de la copulation sexuelle, comme aussi le plus symbolique au sens littĂ©ral (typographique) de ce terme, puisqu’il y Ă©quivaut Ă  la copule (logique). On peut dire aussi qu’il est par sa turgidité l’image du flux vital en tant qu’il passe dans la gĂ©nĂ©ration». Plus tard, le phallus sera la fonction dans les mathĂšmes  de la sexuation Vx(Éž)x.

« Qu’est-ce que l’ĂȘtre a de suprĂȘme si ce n’est par cette copule ! »Crie-t-il dans la TroisiĂšme(260).       -A propos de ce terme de copule : mot qui lie l’attribut au sujet, le plus souvent le verbe ĂȘtre 
.        Je reprendrais les propos de Lacan dans la confĂ©rence de presse qui prĂ©cĂšde, oĂč il se rĂ©fĂšre Ă  Saint Jean  « Au commencement Ă©tait le Verbe » mais avant le commencement, oĂč est-ce qu’il Ă©tait ? c’est ça qui est vraiment impĂ©nĂ©trable
 c’est un commencement complĂštement Ă©nigmatique
le drame ne commence que quand le Verbe s’incarne
c’est lĂ  que ça commence Ă  aller vachement mal pour l’homme moyen 
il est ravagĂ© par le verbe» puis, pour argumenter sa praxis, (le parlĂȘtre, c’est une façon d’exprimer l’inconscient, p18-19-21 conf de presse), il poursuit :  « j’ai une certaine expĂ©rience de ce mĂ©tier sordide qui s’appelle ĂȘtre analyste
et lĂ  j’en apprends quand mĂȘme un bout
s’il n’y avait pas le Verbe, qui, il faut bien le dire, les fait jouir, tous ces gens qui viennent me voir, pourquoi est-ce qu’ils reviendraient
si ce n’était pas pour s’en payer une tranche, de Verbe ?...pour l’analyse, c’est vrai, au commencement est le Verbe. » (cf. plus loin : opposition religion et analyse)

= Dans la troisiĂšme, il indique ce qui rend la position de l’analyste opĂ©rante dans le rĂ©el: un nouage de la  lettre avec une jouissance, une Ă©criture:* « Il n’en reste pas moins que de l’ĂȘtre il faut que vous n’en fassiez que le  semblant
c’est d’autant plus calĂ© qu’il ne suffit pas d’en avoir l’idĂ©e pour en faire le semblant. N’ vous imaginez pas que j’en ai eu, moi, l’idĂ©e. J’ai Ă©crit objet a. C’est tout diffĂ©rent. Ça l’apparente Ă  la logique, c'est-Ă -dire que ça le rend opĂ©rant dans le rĂ©el : au titre de l’objet dont justement y a pas d’idĂ©e ; ce qui, il faut bien le dire, Ă©tait un trou jusqu’à prĂ©sent dans toute thĂ©orie quelle qu’elle soit : l’objet dont il n’y a pas d’idĂ©e...pas un seul discours oĂč le semblant ne mĂšne le jeu. » (p 262) Plus loin, «  Et c’est seulement par la psychanalyse, c’est en cela que cet objet fait le noyau Ă©laborable de la jouissance. Mais il ne tient qu’à l’existence du nƓud, aux trois consistances de tores, de ronds de ficelle, qui le constituent. L’étrange est ce lien qui fait qu’une jouissance, quelle qu’elle soit, le suppose, cet objet, et qu’ainsi le plus-de-jouir, puisque c’est ainsi que j’ai cru pouvoir dĂ©signer sa place, soit au regard d’aucune jouissance, sa condition. Voilà ! » (p268- 269)

Il ponctue alors son propos par les schĂ©mas qui situent sur le nƓud la jouissance du corps qu’il appelle substance jouissante en tant qu’elle est jouissance de la vie, et l’objet a qui sĂ©pare cette jouissance du corps, de la jouissance phallique
 (Hors corps)
*(cf schĂ©mas)

- La place des Jouissances, « lĂ  oĂč se loge ce ça jouit » (p274 rectifier le dessin), est situĂ©e Ă  partir de la mise Ă  plat du nƓud, le « se jouit » qui court depuis le dĂ©but de la confĂ©rence,apparaĂźt au champs d’intersection(recouvrement ?) de 2 consistances
Je propose de sortir de l’étendue pour indiquer « la voie du nƓud »à partir du point de dĂ©part (urverdrangt) de la tresse elle mĂȘme, non pas d’une seule consistance torique qui me paraĂźt rĂ©ductrice, mais par 3 vecteurs-tores-copules qui sĂ©parent et relient Ă  la fois(façon fĂ©minine ?)
 indique trois directions Ă  partir du point de nouage.*∞

-AprĂšs avoir indiquĂ© la place du plus-de-jouir Ă  l’intersection des jouissances, Lacan va Ă©galement situer le symptĂŽme « ceci ne va pas sans que vous vous aperceviez de la place, dans ces diffĂ©rents champs, du symptĂŽme » (p278) sur son dernier schĂ©ma  oĂč il s’agit, me semble-t-il, d’intersections de trois consistances toriques, qui en fait serait impossible Ă  reprĂ©senter dans une mise Ă  plat ; prĂ©sentation d’arĂȘtes projectives qui sera toujours partielle, comme la ligne d’interpĂ©nĂ©tration sur la BK (de forclusion ?)
pour le dĂ©finir ainsi :*« Le symptĂŽme est irruption de cette anomalie en quoi consiste la jouissance phallique, pour autant que s’y Ă©tale, que s’y Ă©panouit, ce manque fondamental que je qualifie du non-rapport sexuel. C’est en tant que dans l’interprĂ©tation c’est uniquement sur le signifiant que porte l’intervention analytique, que quelque chose peut reculer du champ du symptĂŽme ». (p279)

=Il situe ce champ du symptĂŽme (nĂ©cessitĂ© d’un ne cesse pas de s’écrire du rĂ©el (p273) sur le nƓud mis Ă  plat : sur la  surface de recouvrement du Symbolique par le RĂ©el
.SymptĂŽme Ă  la jonction de bords mouvants, dĂ©limitant un RĂ©el qui se dĂ©ploie en fonction de conjonctures (le social ?) diffĂ©rentes (types jouissances ?) et de la possibilitĂ© d’opĂ©rer, Ă  partir du RĂ©el, dans le champ du Symbolique sur le signifiant= soit l’acte analytique Ă  partir de l’hypothĂšse de l’inconscient. Pratique analytique selon diffĂ©rents types d’interprĂ©tation et d’effets de sens
 Il interroge ici les analystes sur la question de leur acte, dans l’actualitĂ© de leur position et de leur devenir dans l’Histoire


2) Ainsi, dans La TroisiĂšme, c’est la lecture d’une Ă©criture, celle du nƓud, qu’il veut faire entendre ; intervention qui comprend la premiĂšre oĂč il y avait mis sa « parlance »: fonction de la parole et champ du langage et l’accent sur la lalangue dont s’opĂšre l’interprĂ©tation « pas interprĂ©tation de sens mais jeu sur l’équivoque ». Au plus prĂšs de la lettre et du signifiant, ici, c’est du  RĂ©el qu’il se doit de partir: « il me faut soutenir cette troisiĂšme du RĂ©el qu’elle comporte »(264) ; Il pose, dĂšs la 45Ăšme minute de son exposĂ©, la question qu’il veut « sĂ©rieusement » mettre Ă  l’épreuve : « est-ce que la psychanalyse est un symptĂŽme ? » pour y donner sa rĂ©ponse, suivie de tout un argument concernant le symptĂŽme
(Sa nomination4Ăšme ). C. Melman dira « Le symptĂŽme est organisĂ© par la parole, c’est la maison du sujet » On le dĂ©finit aussi  comme identification d’une coupure, limite Ă  la jouissance, ce qui ne va pas
 et il sera ensuite repĂ©rĂ© comme nomination symbolique avec le nƓud Ă  4 de Lacan, diffĂ©renciĂ© du nƓud Ă  3 de Freud, dans RSI, 21/01/75 p :26,(prĂ©sentĂ© par E. Quillin cet Ă©tĂ©) puis « gĂ©nĂ©ralisation du symptĂŽme » qui inclurait aussi l’inhibition et l’angoisse, comme 3 modalitĂ©s de lien au RĂ©el. Fonction de suture de ces identifications/ copule des nominations? Jalons en attente
 (cf.Lettres du symptĂŽme, E.Porge,p140)

L’annĂ©e prĂ©cĂ©dente (nov. 73)Lacan parlait « de types (cliniques) de symptĂŽmes, c'est-Ă -dire de nƓuds,
de l’idĂ©e du symptĂŽme comme nƓud
et qu’à partir de lĂ , c’est dans la contingence du cesse de ne pas s’écrire, que peuvent se produire les points-nƓuds, les points de prĂ©cipitation qui feraient que le discours analytique ait enfin son fruit. » Pourrait-on dire aussi les S1 ? produits de l’interprĂ©tation, comme chiffrage du symptĂŽme ?(en place de production du discours analytique)

J’appelle symptĂŽme ce qui vient du RĂ©el 
(p : 264)« Ça veut dire que ça se prĂ©sente comme  un petit poisson, dont le bec, vorace, ne se referme qu’à se mettre du sens sous la dent. Alors, de deux choses l’une :-ou ça le fait prolifĂ©rer
(croissez et multipliez-vous, a dit le seigneur, ce qui est quand mĂȘme quelque chose d’un peu fort, qui devrait nous faire tiquer, cet emploi du terme de multiplication : lui le Seigneur, quand mĂȘme, sait c’que c’est qu’une multiplication ! c’est pas l’ foisonnement du petit poisson)- ou bien alors il en crĂšve. Ce qui vaudrait mieux, ce  à quoi nous devrions nous efforcer, c’est que le RĂ©el, du symptĂŽme, en crĂšve
 E t c’est lĂ  la question : comment faire  » (p265 nƓud)* Question Ă©thique de la praxis et de sa fonction qu’il se pose depuis toujours :                  « A une Ă©poque 
oĂč j’essayais de faire comprendre dans des services de mĂ©decine ce que c’était que le symptĂŽme, je le disais pas tout Ă  fait comme maintenant, mais quand mĂȘme, c’est peut-ĂȘtre un Nachtrag,( aprĂšs coup) je crois que je le savais dĂ©jĂ , mĂȘme si je n’avais pas encore fait surgir  l’Imaginaire, le Symbolique et le RĂ©el
 le sens  du symptĂŽme n’est pas celui dont on le nourrit pour sa prolifĂ©ration ou extinction, le sens du symptĂŽme c’est le RĂ©el, le RĂ©el en tant qu’il se met en croix pour empĂȘcher que marchent les choses, au sens oĂč elles( se) rendent compte d’elles mĂȘmes de façon satisfaisante
 au moins pour le maĂźtre » (La foi-foire l’espĂ©rance et la charitĂ©-archiratĂ©)

Cette approche du symptĂŽme, à partir du rĂ©el, est complexe, mais c’est une nĂ©cessitĂ© logique:         
Le symptĂŽme c’est ce qui ne cesse pas de s’écrire (logique modale)
 du RĂ©el (273).

-DiffĂ©rents niveaux de dĂ©finition du RĂ©el (p263)ont Ă©tĂ© dĂ©pliĂ©s  par Lacan, pour prĂ©ciser sa place dans l’opĂ©ration analytique (se dĂ©marquer non seulement de l’imaginaire du corps, mais du sens,) avant d’aborder ce qui pourrait en faire un symptĂŽme
 dans le rapport de la psychanalyse dans le champ social, comme consĂ©quence de l’acte analytique, par le biais de la contingence du transfert=qui rĂ©vĂšle la vĂ©ritĂ© du « truc » : cesse de pas s’écrire,(p131,les non dupes 19/03/74), rapport du RĂ©el au symptĂŽme et du symptĂŽme au RĂ©el,  qui sera prĂ©cisĂ© ensuite sur le nƓud Ă  plat
 puis du RĂ©el Ă  la lettre.

1=ce qui revient toujours Ă  la mĂȘme place, celle du semblant, (pas du seul imaginaire) pour y prendre  un appui (point de butĂ© rĂ©el Ă  l’imaginaire).

2=L’impossible d’une modalitĂ© logique, c’est ce qui les fait trois (les ronds du nƓud bo)=ne se fraye que par l’écrire (12/02/74 cf Aristote : vide de tout sens ses 3 termes du syllogisme en les transformant en lettres : 1er pas de la science du RĂ©el=la logique, qui n’est pas encore l’acte analytique. DiffĂ©rence de ces « dits » manipulĂ©s de la logique d’Aristote /du « dire vrai » de la pratique du discours analytique qui rĂ©serve la place de la vĂ©ritĂ©= lorsque « ça cesse de ne pas s’écrire », la contingence de la rencontre= la rainure qui supplĂ©e Ă  l’impossibilitĂ© d’écrire le rapport sexuel, il y passe quelque chose qui « à l’air de s’écrire »entre deux sujets= soit le S2, le savoir (imprimĂ© quelque part) en tant qu’inconscient, c’est ça qui coule dans la rainure du dire vrai= deux signifiants s’imprimeront sur ce support.=dĂ©pĂŽt, sĂ©diment qui se produit chez chacun quand il commence Ă  aborder ce rapport sexuel=il s’agit de quelque chose qui s’écrit et qu’il s’agit de lire en le dĂ©chiffrant. (RSI,14/1/75 p 46= « Le RĂ©el est tissĂ© par le nombre
qui lui donne sa consistance
pas naturelle du tout », puis p46 « Il faut qu’une corde soit nouĂ©e Ă  un bout pour qu’on puisse s’y tenir ». /Descartes : Bonnes rĂšgles pour la direction de l’esprit  « approfondir d’abord les arts les plus simples oĂč l’ordre rĂšgne davantage : des artisans qui font de la toile et des tapis, des femmes qui brodent ou font de la dentelle
.ainsi que toutes les opĂ©rations qui se rapportent Ă  l’arithmĂ©tique »Cf Ă©criture S1.

3=n’est pas le monde, aucun espoir de l’atteindre par la reprĂ©sentation.=n’est pas universel, du mĂȘme coup : « n’est tout, qu’au sens stricte de ce que chacun de ses Ă©lĂ©ments soit identique Ă  soi-mĂȘme, mais Ă  ne pouvoir se dire tous (quantĂ©s) : y a pas de tous les Ă©lĂ©ments, y a que des ensembles, Ă  dĂ©terminer dans chaque cas ».Pas tout x Éžx..., que des S1 ?(production du discours analytique).

4=s’écrit S1 : sans aucun effet de sens ; homologue de l’objet a. NĂ©cessitĂ© de la lettre et de son Ă©criture. Cerner le RĂ©el du nƓud avec l’écriture S1, signifiant –lettre « qui n’a le sens que de ponctuer ce n’importe quoi, signifiant qui ne s’écrit que de le faire sans aucun effet de sens » ; signifiant un, « l’homologue en somme si j’ose dire, de l’objet a 
qui refend le sujet et le grime en ce dĂ©chet, qui, lui, au corps ex-siste» nous dit Lacan, pour cerner l’objet a qui se trouve Ă  la place du semblant dans le discours analytique
 il avoue lĂ  que son jeu de « tenter de nouer ce S1 et a par le nombre d’or n’était qu’illustration de la vanitĂ© de tout coĂŻt avec le monde, c'est-Ă -dire la connaissance ! »Il n’y aura jamais copulation du 1 au a. Et pour en faire semblant, d’ĂȘtre l’objet a, il faut ĂȘtre doué ! (p264)
. Lacan fait alors allusion Ă  la position d’une femme analyste
 (Cela dĂ©pendrait du bord de la copule sur lequel on se retrouve ?)pour en arriver Ă  la conclusion suivante :

=>Le sens du symptĂŽme dĂ©pend de l’avenir du RĂ©el, donc de la rĂ©ussite de la psychanalyse. Ce qu’on lui demande, c’est de nous dĂ©barrasser et du RĂ©el et du symptĂŽme
Si elle a du succĂšs dans cette demande
on peut s’attendre Ă  tout ! À savoir Ă  un retour de la vrai religion par exemple
(265)

LĂ  encore, la confĂ©rence de presse de la veille vient Ă©clairer ce propos : « la psychanalyse n’est pas  venue Ă  n’importe quel moment historique ; elle est venue corrĂ©lativement Ă  un pas capital, Ă  une certaine avancĂ©e du discours de la science
la psychanalyse est un symptĂŽme, seulement il faut comprendre de quoi
(se rĂ©fĂ©rant Ă  Freud dans « Malaise de la civilisation »)
la psychanalyse fait partie de ce malaise dans la civilisation. Alors le plus probable, c’est qu’on n’en restera pas lĂ  Ă  s’apercevoir que le symptĂŽme c’est ce qu’il y a de plus rĂ©el. On va nous sĂ©crĂ©ter du sens Ă  en veux-tu en voilĂ , et ça nourrira non seulement la vraie religion mais un tas de fausses
et la religion triomphera de la psychanalyse
et de beaucoup d’autres choses. »

Ainsi, Lacan poursuit : « Mais si la psychanalyse rĂ©ussit elle s’éteindra,  de n’ĂȘtre qu’un symptĂŽme oubliĂ©. Elle ne doit pas s’en Ă©pater : c’est le destin de la vĂ©ritĂ© telle qu’elle-mĂȘme le pose au  principe qui dit : la vĂ©ritĂ© s’oublie. Donc, tout dĂ©pend de si le RĂ©el  insiste ; pour ça il faut que la psychanalyse Ă©choue
Il faut reconnaĂźtre qu’elle en prend la voie hein ! et qu’elle a donc encore de bonnes chances de rester un symptĂŽme : de croĂźtre et de se multiplier. Psychanalystes pas morts, lettre suit ! » ( l’ĂȘtre suis ?)(266)   Mais quand mĂȘme mĂ©fiez vous : c’est peut-ĂȘtre mon message sous forme inversĂ©e ! Retournement : Sommes-nous lĂ  au point d’impossible ou d’indĂ©cidable des effets de la psychanalyse sur le RĂ©el  ou du RĂ©el sur la psychanalyse?

M. Czermak  disait  en parlant du symptĂŽme(Emission sur Lacan en 96,  France culture) : « c’est le pur fruit d’une articulation logique,  pur effet de structure, qui indique la vĂ©rité la psychanalyse c’est un bon symptĂŽme, parce qu’il nous permet de respirer !» rejoignant Lacan Ă  la fin de la confĂ©rence de 01/75 Ă  Strasbourg : « un symptĂŽme c’est quelque chose qui a le plus grand rapport avec l’incs
Alors ce que je voudrais, c’est que la psychanalyse tienne le temps qu’il faudra, en tant que symptĂŽme, parce que c’est quand mĂȘme un symptĂŽme rassurant. »

3) Psychanalyse et religion dans le social: d’une Ă©thique du dĂ©sir au discours de la science :

-La position intenable de la psychanalyse est rappelĂ©e dans la confĂ©rence de presse du 29/10/74 oĂč, la veille, il tentait d’expliquer: « c’est quelque chose de trĂšs difficile, la psychanalyse. D’abord c’est trĂšs difficile d’ĂȘtre psychanalyste, parce qu’il faut se mettre dans une position qui est tout Ă  fait intenable. Freud avait dĂ©jĂ  dit ça. (Gouverner, Ă©duquer, qu’il va dĂ©velopper et il y ajoute la position du savant, celle de la science et l’angoisse que cela peut susciter
) C’est une position intenable, celle du psychanalyste. » Et annonçait pour le lendemain: « vous entendrez quelque chose qui se rapporte aux rapports de la psychanalyse avec la religion. Ils ne sont pas trĂšs amicaux. C’est en somme ou l’un ou l’autre. Si la religion triomphe, comme c’est le plus probable- je parle de la vraie religion, il n’y en a qu’une seule de vraie- si la religion triomphe, ce sera le signe que la psychanalyse a Ă©chouĂ©. » Il indique que la religion va guĂ©rir le parlĂȘtre de ce qui ne va pas en le lui faisant oublier.

-Analyste, symptĂŽme et passe : AprĂšs avoir prĂ©cisĂ© Ă  la journaliste qui n’y comprend rien, ce qu’est, selon lui, la « vrai religion », la romaine, chrĂ©tienne, qui a toujours des ressources pour « donner du sens », il y oppose l’analyste dans sa fonction: « L’analyste, lui, c’est tout Ă  fait autre chose. Il est dans une espĂšce de moment de mue. Pendant un petit moment, on a pu s’apercevoir de ce que c’était que l’intrusion du RĂ©el. L’analyste, lui en reste lĂ . Il est lĂ  comme un symptĂŽme, et il ne peut durer qu’au titre de symptĂŽme. Mais vous verrez qu’on guĂ©rira l’humanitĂ© de la psychanalyse. A force de le noyer dans le sens, dans le sens religieux bien entendu, on arrivera Ă  refouler ce symptĂŽme
Est-ce qu’une petite lumiĂšre s’est produite dans votre jugeote ? »....puis aprĂšs : « on a eu un petit instant comme ça un Ă©clair de vĂ©ritĂ© avec la psychanalyse. Ce n’est pas du tout forcĂ© que ça dure
 ! »Allusion Ă  l’échec de la Passe ?et d’une temporalitĂ© pour l’ĂȘtre-analyste


Il souligne ainsi qu’il ne faut pas l’entendre, cette question de la psychanalyse comme symptĂŽme, au sens de penser que la psychanalyse serait un symptĂŽme social. « Il n’y a qu’un seul symptĂŽme social : chaque individu est rĂ©ellement un prolĂ©taire, c'est-Ă -dire n’a nul discours de quoi faire lien social, autrement dit semblant
 (Pas un seul discours oĂč le semblant ne mĂšne le jeu). C’est Ă  quoi Marx a parĂ© d’une façon incroyable : aussitĂŽt dit aussitĂŽt fait hein,  Ce qu’il a Ă©mis implique, qu’il n’y a rien Ă  changer. C’est bien pour ça d’ailleurs que tout continue exactement comme avant »(266). Cependant, les non dupes mettant la transparence Ă  la place du semblant ne vont-ils pas contribuer Ă  ce que j’appelle un « dĂ©tournement »  des discours en capitalisme prolĂ©tariant les un-dividus ? Ainsi, si le non rapport sexuel (pourtant universel) ne fait plus symptĂŽme social, est-ce un effet de la Mondialisation ? (cf : structure des 4 discours)

-« La psychanalyse, socialement, a une autre consistance que les autres discours : Elle est un lien Ă  deux. C’est bien en ça qu’elle se trouve Ă  la place du manque de rapport sexuel. Ça  ne suffit pas du tout Ă  en faire un symptĂŽme social puisque
un rapport sexuel, il manque dans toutes les formes de sociĂ©tĂ©. C’est liĂ© Ă  la vĂ©ritĂ© qui fait structure de tout discours
266 »Lieu qui fait institution et famille ? Il prĂ©cise alors que c’est bien pour cette raison qu’il n’y a pas de vĂ©ritable sociĂ©tĂ© analytique, mais une Ă©cole


Lacan souligne ici comment  la dimension du transfert dans l’analyse, la distingue justement de ce qu’il appelle symptĂŽme social, celui oĂč ce lien manque. Ici le « lien Ă  deux » implique la dimension du discours, de l’adresse Ă  l’Autre, et donc des 4 places de la structure de discours, mais surtout il implique un rapport Ă  une jouissance :  « l’étrange est ce lien qui fait qu’une jouissance, quelle qu’elle soit, le suppose, cet objet, et qu’ainsi le plus-de-jouir, puisque c’est ainsi que j’ai cru pouvoir dĂ©signer sa place, soit au regard d’aucune jouissance, sa condition. Voilà ! »(p269, dĂ©jĂ  citĂ©)
ensuite il rappelle encore la dimension de l’interprĂ©tation, (avec la distinction du signans=qui nous permet d’opĂ©rer dans l’analyse, de l’état d’attention flottante, du fait d’une espĂšce d’équivoque, Ă©quivalence matĂ©rielle, entendre un dit qui Ă©merge de lalangue, et du  signantum=le sens, inventĂ© par les stoĂŻciens ;p227 les non dupes)
 avant de reprendre la responsabilitĂ© de l’analyste dans la structure de ce discours, (il fait allusion Ă  l’exposĂ© de Nasio ? le matin sur Ethique et sexuation):« Dans tout ça, donc, il n’y a pas de problĂšme de pensĂ©e. Un psychanalyste sait que la pensĂ©e est aberrante de nature, ce qui ne l’empĂȘche pas d’ĂȘtre responsable d’un discours qui soude l’analysant
à quoi ?...il soude l’analysant au couple analysant-analyste. (266-267)

=ResponsabilitĂ© de l’analyste : produire un discours singulier qui soude l’analysant, dans le transfert, Ă  son rapport de dĂ©sirant : couple analysant-analyste,  dĂ©sir de dĂ©sir : a (a+b), disparitĂ© subjective liĂ© Ă  la vĂ©ritĂ© du manque de rapport sexuel
d’un lien Ă  2 qui ne fait pas un mais 3, voir 4
.En effet, la fonction de l’analyste dans le social, ne serait-elle pas avant tout de mĂ©nager la place d’un discours, quel qu’il soit ?, mais qui ne pourrait (se) tenir qu’au prix d’une nomination symptomatique d’une jouissance = 4Ăšme rond, nomination symbolique d’un nom du pĂšre pour une jouissance phallique, nomination imaginaire d’une fonction (nommĂ© Ă ),peut-ĂȘtre symptomatique d’un sens Ă  donner?, nomination rĂ©elle symptomatique de la jouissance Autre ?
Ce sont des hypothĂšses Ă  discuter.

LĂ  se pose la question du Discours  de la science ? avant que La boucle se boucle sur l’avenir de la psychanalyse, dit Lacan (p281),  la science (pourtant nĂ©e des petits rapports de lettre Ă  lettre de GalilĂ©e) nous donne des gadgets Ă  nous mettre sous la dent, Ă  la place de ce qui nous manque.  « C’est ça, la science part de là
et pour ça je mets espoir que, passant au-dessous de tout reprĂ©sentation, nous arriverons peut-ĂȘtre Ă  avoir sur la vie quelques donnĂ©es plus satisfaisantes ». Lacan situe la science sur le nƓud : sur la surface de recouvrement du rĂ©el par l’imaginaire du corps, dans le champ de la jouissance de l’Autre
c’est Ă  proprement parler le champ oĂč naĂźt la science
 hors langage, hors symbolique, cette jouissance de l’Autre, en tant que parasexuĂ©e, n’existe pas
car c’est uniquement Ă  partir de la lettre que nous avons accĂšs au RĂ©el.(280). « C’est le phallus qui nous empĂȘche d’avoir un rapport avec quelque chose qui serait notre rĂ©pondant sexuel. C’est notre rĂ©pondant parasexuĂ©, et chacun sait que le para, ça consiste Ă  ce que chacun reste de son cĂŽtĂ©, que chacun reste Ă  cĂŽtĂ© de l’autre. »(281)

-« Le piquant dans tout ça c’est que ce soit le RĂ©el dont dĂ©pende l’analyste dans les annĂ©es qui viennent,  et pas le contraire
 »(267) Ainsi, le discours scientifique pourrait faire que le RĂ©el, que doit « contrer » l’analyste, prenne « le mors aux dents »  ça devient drĂŽle quand les savants sont eux mĂȘme saisis d’une angoisse, symptĂŽme type de tout avĂšnement du RĂ©el, d’oĂč l’accĂšs de responsabilitĂ© du biologiste qui s’impose l’embargo d’un traitement de laboratoire des bactĂ©ries sous prĂ©texte que si on en fait de trop dures elles pourraient bien glisser sous le pas de la porte et nettoyer au moins toute l’expĂ©rience sexuĂ©e en nettoyant le parlĂȘtre
 le comique est que toute vie rĂ©duite Ă  l’infection qu’elle est rĂ©ellement, selon toute vraisemblance,  ça c’est le comble de l’ĂȘtre pensant !... L’ eu-thanasie ,l’ eugĂ©nique etc, nous mettraient enfin dans l’apathie du bien universel
 et supplĂ©eraient Ă  l’absence du rapport
Lacan annonce ici de façon magistrale « l’avenir qui nous pends au nez » que nous confirme aujourd’hui  la clinique d’une nouvelle Ă©conomie psychique


4) L’avenir de la psychanalyse dĂ©pend de ce qu’il adviendra de ce RĂ©el : « à savoir si les gadgets, par exemple, gagneront vraiment Ă  la main
si nous arriverons Ă  devenir nous-mĂȘmes animĂ©s vraiment par les gadgets
 »(281) Lacan n’y croit pas en 73
pensant Ă  la stabilitĂ© de la structure de discours. Dans la confĂ©rence de presse il dit « Le propre du RĂ©el c’est qu’on ne l’imagine pas », Lacan ne pense pas que ce qu’il appelle le triomphe de la vraie religion soit une sorte de schizophrĂ©nie collective comme le pose un interlocuteur italien. Il suppose(21) : « on doit pouvoir s’habituer au rĂ©el, le seul concevable, le seul auquel nous ayons accĂšs. Au niveau du symptĂŽme, ce n’est pas encore vraiment le rĂ©el, c’est la manifestation du rĂ©el Ă  notre niveau d’ĂȘtres vivants. Comme ĂȘtres vivants, nous sommes rongĂ©s, mordus par le symptĂŽme, c'est-Ă -dire en fin de compte, nous sommes malades, c’est tout. L’ĂȘtre parlant est un animal malade. Au commencement Ă©tait le Verbe, tout ça, ça dit la mĂȘme chose. Mais le rĂ©el auquel nous pouvons accĂ©der, c’est par une voie tout Ă  fait prĂ©cise, c’est la voie scientifique, c'est-Ă -dire les petites Ă©quations. Et ce rĂ©el lĂ , le rĂ©el rĂ©el, si je puis dire, le vrai rĂ©el, c’est celui justement qui nous manque complĂštement en ce qui nous concerne, car de  ce rĂ©el, en ce qui nous concerne, nous en sommes tout Ă  fait sĂ©parĂ©s
.Ă  cause du rapport dont nous ne viendrons jamais Ă  bout
22  ».

=Si ce Réel est toujours « filtré » par un symptÎme la psychanalyse en poursuivra sa lecture.

Mais que pouvons-nous dire 40ans plus tard, Ă  l’ùre (erre) de la dĂ©-mesure, du nuclĂ©aire et de la mondialisation? Cf L’envers de la psychanalyse(69-70) : Si la structure des discours fonctionne Ă  partir du fait que « le dĂ©sir de l’homme c’est le dĂ©sir de l’Autre » avec la butĂ©e que constituait une jouissance dite phallique
 lorsque ce lien du dĂ©sir est remplacĂ© par un autre type de rapport :une  dis-position sans butĂ©e phallique ( rapport rĂ©el Ă  l’objet marchand
pour un individu alors dis-pensĂ© de castration) que devient le discours ?

De cette incidence contemporaine du RĂ©el dans le social, j’évoquerai pour conclure quelques hypothĂšses thĂ©oriques et cliniques  Ă  dĂ©battre :

-S1-S2 holophrasĂ©s ?Je rejoins ici l’hypothĂšse amenĂ©e par RenĂ© Dupuis il y a bientĂŽt 30 ans (!) sur « symptĂŽmes et psychosomatique , Nodal 2, 1985» :  « dans la psychosomatique S1 passerait dans le champs de S2 et se maintiendrait en tant que coupure, mais une coupure qui serait indiffĂ©rente Ă  toute rĂ©fĂ©rence paternelle ou phallique
caractĂšre intermittent de ces manifestations liĂ© Ă  la prĂ©sence rĂ©elle d’un Autre (thĂ©rapeute)
Le discours Universitaire qui s’origine du S2, rejoint notre civilisation moderne qui s’organise Ă  partir d’un savoir qui fait commandement. On peut se demander si cette disposition n’est pas responsable de ces manifestations psychosomatiques que sont les maladies dites de civilisation »

Quid de la « fonction phallique » dans de telles conditions ? Qui va « chiffrer » le sujet si l’analyste (comme fonction) disparaĂźt avec son symptĂŽme et comment, dĂšs lors, trouver (produire) les chiffres d’un nouveau savoir, les S1 qui reprĂ©sentent, Ă  mon sens, notre capacitĂ© d’invention, sinon d’abord par notre prĂ©sence rĂ©elle?

-Aujourd’hui, qu’en est-t-il du symptĂŽme et qu’en faire ? SymptĂŽme, comme manifestation du RĂ©el, qui nous ronge, comme la tĂ©lĂ©vision dĂ©voreuse, Ă©voquĂ© par Lacan ; depuis, les gadgets donnĂ©s par la science, se sont multipliĂ©s ; mais ont-ils encore valeur de symptĂŽme ? Le phallus fonctionne-t-il toujours comme « notre rĂ©pondant para sexué »? Comme l’espĂ©rait Lacan Ă  la fin de la confĂ©rence... Je me demande comment parler de symptĂŽmes Ă  partir des « états », « dys-fonctionnements », « comportements troublĂ©s » multiples et variĂ©s qui se prĂ©sentent Ă  nous mais n’ont pas « valeur » de symptĂŽme. Comment faire advenir ce que j’appelle une « nomination symptĂŽmatique » dans les institutions et avec les enfants en premiĂšre ligne
C’est ce que j’appelle « pouvoir intervenir pour prĂ©parer le terrain » : faire Ă©merger, d’abord avec notre propre dĂ©sir, hypothĂšse et parole
             (Cf travaux en pĂ©dopsychiatrie , note de Lacan Ă  J.Aubry 10/69,  interventions de L Sciarra)

Quelle sorte de symptĂŽmes que les addictions qui se multiplient aussi : gadgets et pharmacons introduits dans la substance jouissante du corps (cf la psychanalyse est-elle une addiction ?)Quel sens donner Ă  ces Ă©tats dĂ©pressifs chroniques aggravĂ©s par des traitements mĂ©dicamenteux mal adaptĂ©s, opĂ©rations de multiplications Ă  la place d’une division (du sujet)= rĂ©sultat :une absence de dĂ©sir gĂ©nĂ©ralisé !  Bien que tout soit fait pour « rĂ©pondre aux besoins des usagers » ! Lorsqu’il n’y a plus « dĂ©bat », « plus d’ébats » ajoutait T. Florentin !

=Dans le pseudo discours capitaliste qui rĂšgne dans nos sociĂ©tĂ©s, pas de place pour le semblant, pas de place pour la supposition « l’objet de la supposition n’est pas le genre de l’objet de l’opinion », lecture d’Aristote citĂ© par Lacan12/02/74,p116, qui parlait du « moyen » du symptĂŽme pour articuler la logique « science du RĂ©el » au « dire vrai » Aujourd’hui, c’est la transparence totale, le RĂ©el s’y rĂ©vĂšle dans sa cruditĂ© la plus terrible : l’in-dividu glorieux et sans limite s’y prĂ©cipite dans une adresse au Savoir scientifique et technologique rĂ©pondant Ă  tout, producteur Ă  l’infini d’objets manufacturĂ©s nommĂ©s Ă  une vie de plus en plus courte, pour entretenir la plus-value Ă  la place du plus-de-jouir, au prix d’un discrĂ©dit du savoir dans l’Autre, ravalant le signifiant par une signification dĂ©bridĂ©e dans un dĂ©ferlement de sens. Savoir acĂ©phale, sans signifiant maitre pour l’arrimer
(a)et S1 indiffĂ©renciĂ©s ?

=>Serait-ce un retour au « symptÎme social » généralisé ? : serions-nous tous des « prolétaires » délivrés de la contrainte sociale ? (cf : intervention sur « la passe », de Lacan le 3/11/73 à La Grande Motte, p252).

-Dans un social soumis aux normes plutĂŽt qu’à la loi, qui vise Ă  la conformitĂ© par des procĂ©dures tricheuses on aboutit Ă  un « ordre de fer »(nomination RĂ©elle selon PCCathelineau ?) et on utilise  les apparences : changer de costume en fonction du milieu pour s’adapter au mieux aux exigences du social environnant, c’est la « comĂ©die des apparences » comme disait une patiente pour dĂ©noncer le « politiquement correct » du monde dans lequel elle devait Ă©voluer...C’est la norme qui habille l’imposture (cf « La fabrique des imposteurs » de R. Gori). Glissement vers des fonctionnements pervertissant ?(Qui n’ont rien Ă  voir avec la fonction du « semblant ») Dans « un social assujettissant » devons nous perdre la fonction de la contrainte et  sa nĂ©cessité ? (journĂ©es en Belgique sur ce sujet).Dans un social en perte d’ins-titution, quelle pratique possible et quel type de transfert ? Quelles fins de cure (et dĂ©buts) possible ? Osons-nous en parler vraiment


-Exemple clinique dans un « service » socio-Ă©ducatif oĂč je travaille encore comme psychiatre consultant : d’un « travailleur social » qui rĂ©pond « la folie, ça veut rien dire ! » Ă  un adolescent psychotique lorsque ce dernier commence Ă  se questionner, en ma prĂ©sence, sur son Ă©tat
Cet Ă©ducateur soutenait le « droit » des parents Ă  interrompre les soins engagĂ©s au CMPP pour leur fils au prĂ©texte que « ça ne sert Ă  rien » et « accompagner» les parents « malgrĂ© leur dĂ©ni » !Ne confirme-t-il pas ainsi, par son  dĂ©saveu (ou dĂ©menti ?) d’un dĂ©but de soins, le dĂ©ni contemporain de la folie
ce qui n’a fait qu’accentuer les passages Ă  l’acte violents  de plus en plus dangereux de ce garçon de 13 ans qui ne peut expliquer comment ça lui vient directement de l’Autre :  « Je sais pas pourquoi j’ai fait ça 
 il est fou M. » ajoutait-t-il en parlant de lui-mĂȘme Ă  la troisiĂšme personne avant d’affirmer dans la foulĂ©e « il est super Mohamad Mehra ! » ce qui me fit trĂšs vite poser la question d’un phĂ©nomĂšne d’automatisme mental, jamais identifiĂ© chez les enfants


=Lacan espĂ©rait un tĂ©moignage et une transmission possible de la psychanalyse avec sa proposition de la Passe. Avant « la TroisiĂšme » le 2/11/73 il faisait une intervention sur la Passe : « ce couloir, cette faille par laquelle j’ai essayĂ© de faire ma Passe, j’aurai peut-ĂȘtre pu en inventer une plus subtile
s’il y a quelqu’un qui passe son temps Ă  passer la passe c’est moi ! » En juillet 78, il sera déçu  et constate l’échec de la Passe:

« rien ne tĂ©moigne que le sujet (supposĂ© savoir) sait guĂ©rir une nĂ©vrose  ».

Il  restera toujours  aussi seul malgrĂ© l’importance de son assistance : « chaque psychanalyste sera forcĂ© de rĂ©inventer la psychanalyse puisqu’elle reste intransmissible ».       

La fonction de l’analyste serait donc de tenir la rampe du RĂ©el, mais quelle « rampe tenir » ?

Comment tenir dans le champ du social si les institutions, qui assurent  une limite symbolique Ă  la folie ordinaire humaine, disparaissent? Elles sont devenues  des Etablissements puis des Services puis des « pĂŽles »  entreprises acĂ©phales, commandĂ©es par la pure Ă©conomie de marchĂ©, broyant des un-dividus
 Exit le sujet d’un cĂŽté et de l’autre l’analyste  qui doit « contrer » le RĂ©el
mais si ce rĂ©el n’est plus dĂ©limitĂ©, comment le « coincer » ? Dans quelle sorte d’im-passe sommes-nous ?

Dans le vent d’une sociĂ©tĂ© plutĂŽt dĂ©sarrimĂ©e, le nƓud bo peut-t-il encore servir de boussole  pour des parlĂȘtres en « dĂ©s errance », non arrimĂ©s Ă  un S1 ? (comme le souligne Sciara dans son ouvrage sur les Banlieues)  Comment  les dĂ©sengluer de ce discrĂ©dit de la parole et de la castration et sortir des effets de cette « pseudo-suture » ? (rĂ©cusation du transfert).

Quelle  autre Ă©thique pour l’analyste ? Dans Les non dupes errent (73-74) Lacan proposait de : « nous forger une autre Ă©thique, qui se fonderait sur le refus d’ĂȘtre non dupe » de ce savoir (ics)  pour produire les S1 (signifiants premiers d’un sujet), chiffrage d’une vĂ©ritĂ© qui ne peut que se mi-dire (leçon2,p31)
 Sortir d’une position pessimiste.

la praxis sera donc toujours Ă  rĂ©inventer. « C’est quand la psychanalyse aura rendu ses armes devant les impasses croissantes de notre civilisation (malaise que Freud pressentait) que seront reprises par qui ? les indications de mes Ecrits ». (67 : Raison d’un Ă©chec).

, Ste Anne le 10/03/2013.

Les chiffres entre parenthĂšses correspondent aux pages de la transcription de « la troisiĂšme » dans l’édition de l’ALI d’aout 2010 en annexe du sĂ©minaire « les non-dupes errent » 73-74.

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