A quoi reconnaßt-on une secte? conférence de Charles Melman à la Maison de l'Amérique latine en 2001
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A quoi reconnaĂźt â on une secte ?
Charles Melman
Cycle de confĂ©rences Ă la Maison dâAmĂ©rique latine
Octobre 2001
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Câest un peu pour mettre au dĂ©fi les psychanalystes que jâai proposĂ© ce thĂšme puisque, comme vous le savez, la dĂ©finition de secte Ă©chappe aussi bien aux thĂ©ologiens, aux spĂ©cialistes de lâhistoire de religions, aux sociologues, aux moralistes⊠En tout cas, ils en apportent souvent des dĂ©finitions diverses mais dont aucune, en tout cas, ne semble satisfaisante pour chaque fois distinguer trĂšs prĂ©cisĂ©ment le phĂ©nomĂšne sectaire et lui donner lâinterprĂ©tation quâil mĂ©rite, câest-Ă -dire, du mĂȘme coup dĂ©cider ce qui pourrait ĂȘtre une conduite lĂ©gitime Ă leur endroit.
Vous savez en effet que nous avons, en tout cas en Europe, mais aussi dans dâautres contrĂ©es, aussi bien dans les deux continents de lâAmĂ©rique, nous avons le bĂ©nĂ©fice qui fait de la religion un Ă©lĂ©ment de la sphĂšre privĂ©e des individus, je veux dire, qui ne relĂšve pas des dĂ©cisions de lâEtat et dĂšs lors bien sĂ»r, Ă quel titre est-on en droit dâintervenir sur ce quâil en est du comportement privĂ© de tel ou tel pour ce qui regarde son rapport Ă la rĂ©ligion ? Il y a donc une premiĂšre question qui nâest pas inintĂ©ressante et qui est de savoir si lâon est lĂ©gitimement fondĂ©s en tant que citoyens Ă intervenir sur le phĂ©nomĂšne des sectes, ou bien sâil convient de laisser le choix Ă chacun, câest-Ă -dire de respecter cette libertĂ© qui a Ă©tĂ© chĂšrement acquise, cette libertĂ© de culte, ou bien, est-on fondĂ© Ă intervenir pour protĂ©ger contre eux-mĂȘmes ceux qui sont engagĂ©s dans ce genre de mouvement ? Et alors, quâest-ce qui nous permet de reconnaĂźtre ce quâil en est spĂ©cifiquement dâune organisation sectaire, ou bien ce quâil en est, plus beaucoup plus communĂ©ment, une organisation religieuse.
Si vous cherchez du cĂŽtĂ© de lâĂ©tymologie, vous savez que la racine vient de deux mots qui sont trĂšs explicites en latin et qui signifient aussi bien suivre que couper.
Si vous regardez dans le Dictionnaire des Religions*, Ă©ditĂ© au PUF et qui date de 1984 on vous dit quâune secte constitue un groupe de contestation de la doctrine et de structure de lâĂ©glise entraĂźnant le plus souvent une dissidence, et dans un sens plus Ă©tendue, la secte dĂ©signe tout mouvement religieux minoritaire, ce qui est comme vous le voyez une dĂ©finition faible, car on voit pas pourquoi des mouvements indiscutablement sectaires et qui intĂ©ressent des millions dâindividus, pourquoi le fait, donc, de concerner des millions dâindividus permettrait de dire quâil sâagit forcement de mouvement minoritaire.
Il y a une dĂ©finition de Max Weber que je vous donne, car je la trouve intĂ©ressante, et qui oppose lâĂ©glise a la secte en disant que lâĂ©glise est une institution de salut qui privilĂ©gie lâextension de son influence, alors que la secte est un groupe contractuel qui met lâaccent sur lâintensitĂ© de la vie de ses membres. Câest une dĂ©finition intĂ©ressante mais Ă©trange car vous voyez que lâĂ©glise est une institution de salut qui privilĂ©gie lâextension de son influence alors quâil sâagit dans la secte dâun groupe contractuel, je crois que le terme mĂ©rite dâĂȘtre soulignĂ©, groupe contractuel qui met lâaccent dans lâintensitĂ© de la vie de ses membres.
Encore une dĂ©finition de sociologues, câest la derniĂšre que je vous donnerai, dâErnst * qui dit que lâĂ©glise, elle, elle est accoutumĂ©e Ă passer des compromis avec les Ă©tats alors que les sectes se situent rĂ©guliĂšrement en retrait de la sociĂ©tĂ© globale.
Je pense que en Ă©coutant, en lisant ces dĂ©finitions nous percevons aussitĂŽt ce que je vous disais au dĂ©part, câest-Ă -dire finalement le fait queâŠalors que le phĂ©nomĂšne est Ă©vident, nous sommes en peine pour le conceptualiser dâune façon qui serait pertinente, car aucune de ces dĂ©finitions, je ne vais pas passer mon temps Ă les critiquer, ce nâest pas ce qui nous intĂ©resse, aucune de ces dĂ©finitions ne tient. Elles peuvent toutes ĂȘtre rĂ©cusĂ©es.
Il est bien Ă©vident que nous connaissons des sectes fort importantes qui nâopĂšrent pas du tout de retrait Ă lâĂ©gard de la sociĂ©tĂ© globale et quâau contraire cherchent Ă lâinvestir, cherchent Ă lâoccuper. On peut pas dire quâaujourdâhui lâEglise se preocuppe essentiellement de passer des compromis avec les Ă©tats, etc, etc.
Alors pour en parler avec vous je dois dâemblĂ©e vous dire que je nâai pas de contact, dâexpĂ©rience personnelle et privĂ©e avec les sectes. Je nâai pas eu non plus lâoccasion, je dois dire, câest une carence mais elle ne mâĂ©tonne pas, je nâai pas mâoccasion dâavoir Ă©tĂ© amenĂ© Ă recevoir en analyse un patient qui viendrait de ce genre dâexpĂ©rience et en rĂ©alitĂ© je pense, mĂȘme je suis persuadĂ© que les analystes nâont guĂšre lâoccasion de les rencontrer.
Je vais donc vous en parler Ă partir Ă©videment de documents qui existent sur⊠des documents issus, produits par les sectes elles-mĂȘmes, bien sĂ»r, et en particulier ceux qui mâont retenu car je les trouve admirables, ce sont les textes de lâEglise de la Scientologie, en particulier ceux Ă©crits par Lafayette von Hubard et qui sont absolument superbes, qui sont une espĂšce dâaffront Ă lâintelligence,et au bon sens absolument magnifique et Ă la vraisemblance dâailleurs, et qui, comme vous le savez, marchent formidablement â ils rencontrent un grand succĂšs. Et puis aussi je me suis intĂ©ressĂ© aux manifestations de ce mouvement qui me paraĂźt trĂšs important et intĂ©ressant et que certains dâentre vous ici connaissent directement et qui est lâEglise universelle du royaume de Dieu et qui me paraĂźt un phĂ©nomĂšne par son extension, par son importance, par sa richesse, par sa puissance non seulement financiĂšre mais aussi politique, par exemple au BrĂ©sil⊠Donc qui est un mouvement qui me paraĂźt trĂšs intĂ©ressant et trĂšs important de suivre.
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Alors pour rentrer maintenant dans, plus directement dans notre question et aprĂšs tout mâautorisant, je dirais, de cette dĂ©marche de Freud lorsquâil sâautorise Ă parler de la psychologie collective et de montrer comment lâanalyse individuelle aprĂšs tout est dĂ©pendante, est liĂ©e Ă ce qui peut ĂȘtre la psychologie collective, je veux dire que nous ne fonctionnons pas certains dâentre nous comme des individus isolĂ©s mais bien entendu nous percevons un certain nombre de contraintes, un certain nombre de plaisirs, un certain nombre de possibilitĂ©s du fait de notre participation sociale. Donc dâemblĂ©e poursuivant la mĂ©thode Ă cet Ă©gard de Freud, jâĂ©voquerai pour vous ce qui me semble ĂȘtre lâĂ©conomie particuliĂšre, lâĂ©conomie psychique particuliĂšre du groupe que constitue la secte. Et, au risque peut-ĂȘtre de vous surprendre, je vous dirais que le premier trait que jây relĂšve est celui du bonheur procurĂ© par lâorganisation en cause Ă ces membres du fait de lâaccord qui se trouve rendu possible Ă chacun avec lâordre organisateur et prescriptif de la communautĂ©. Le bonheur est fait de lâaccord de lâindividu membre de ce groupe avec lâordre prescriptif de la communautĂ©, avec le commandement et principes religieux, moraux et sociaux de la communautĂ© et du mĂȘme coup lâharmonie de ces rapports devenus fraternels et non plus conflictuels avec les autres membres du groupe.
Câest un type de bonheur trĂšs particulier et qui porte en psychiatrie un nom bien prĂ©cis, et qui est toujours significatif, et qui est le sentiment dâĂ©lation, câest ce qui se passe pour vous, pas trop souvent jâespĂšre, lorsque dans des circonstances particuliĂšres vous vous trouvez brusquement en harmonie. Ce sentiment ocĂ©anique, dont a pu parler Ferenczi ; pour vous trouver en harmonie avec les impĂ©ratifs avec organisation du monde, avec autrui et en mĂȘme temps du mĂȘme coup avec vous mĂȘme.
Ce nâest pas une situation qui est la plus frĂ©quente mais câest le type dâexpĂ©rience que peut arriver Ă lâoccasion de tel ou tel incident dans le parcours que vous pouvez Ă©prouver ce genre de sentiment dâĂ©lation, ce sentiment dâĂ©lation que câest accompli, que vous y ĂȘtes et que maintenant lâessentiel est rĂ©solu.
Vous pouvez remarquer Ă©galement Ă cette occasion que ce groupe auquel vous appartiendrez fonctionne comme une famille Ă©largie, autrement dit les structures privĂ©es de la famille sont en gĂ©nĂ©ral rompues au profit de lâappartenance collective fonctionne comme une famille Ă©largie oĂč la distinction des sexes passe volontiers au second plan devant ce qui devient la communautĂ© des enfants de Dieu, peu importe, Ă partir de cet instant le sexe des dits enfants, ils sont tous Ă©gaux Ă lâĂ©gard de cet amour pour le fondateur, pour le crĂ©ateur. Et puis aussi, on peut le signaler en passant, le fonctionnement volontiers endogamique de cette famille Ă©largie
Dans ce qui appartient toujours Ă lâĂ©conomie propre Ă ce groupe on notera de façon Ă peu prĂšs gĂ©nĂ©rale un desintĂ©rĂȘt pour les biens matĂ©riels avec un goĂ»t justement pour le sacrifice pour le fait dâavoir Ă y renoncer, et accompagnant Ă ce sacrifice des biens matĂ©riels, une exaltation du narcissisme de chacun des membres comme si enfin il se trouvait en conformitĂ© avec les idĂ©aux propres au dit groupe.
On pourrait remarquer encore que ces sectes se comportent dâune certaine façon sur le mode du ghetto, câest-Ă -dire, sur le principe de lâexclusion, de la mise a part dâune communautĂ© des participants. Ce sentiment dâĂ©lation va avec le renoncement Ă ce que lâon appelle communĂ©ment le libre arbitre, je dis communĂ©ment parce que comme vous le savez câest un terme qui appartient aux premiĂšres rĂ©flexions, aux premiĂšres considĂ©rations thĂ©ologiques ; donc bon debarras avec mon dĂ©barras avec ce que lâon appelle le libre arbitre et la facultĂ© de sâen remettre entiĂšrement et pleinement au commandement prescripteur.
Toujours au titre des traits de cette Ă©conomie collective, une organisation dont il faudra remarquer quâelle nâest pas fondĂ©e sur la croyance. On serait presque enclin Ă dire quâelle nâest pas fondĂ©e aprĂšs tout sur la foi.
Elle est fondĂ© en effet sur une toute autre dimension psychique qui est celle de la conviction, qui est toute autre chose que la croyance, la croyance câest effectivement sâengager dans un acte de foi, alors quâici dans la matiĂšre, ilsâagit de conviction et de certitude. Il nâest pas question ici du pari des pascaliens ; chacun est Ă lâavance assurĂ© que son gain, compte tenu de sa mise, que son gain sera total, sera parfait, câest le gros lot !
Un autre trait qui mĂ©rite de distinguer ces organisations sectaires des organisations religieuses câest que le fondateur est en gĂ©nĂ©ral Ă©minemment incarnĂ©, je veux dire, Ă©minemment prĂ©sent dans le champ de la rĂ©alitĂ©, et la vie du groupe est organisĂ© Ă partir de ce qui est son savoir et son autoritĂ©. Ce fondateur, pour reprendre une distinction trĂšs fine faite par Lacan Ă propos des mĂ©canismes de la psychose, ce fondateur on le croit, ce nâest pas quâon y croit, on le croit en tant que tel.
Une remarque encore, câest quâil nây a bien entendu et je crois Ă mes yeux, pour moi câest un trait essentiel du dispositif, il nây a pas la moindre Ă©tude exĂ©gĂ©tique des textes de fondation. Ce sont des textes dâailleurs dont le caractĂšre prescriptif et dont les sens sont voulus pour ĂȘtre clair, net, prĂ©cis, et donc, il nây a aucun place Ă ce qui serait des travaux dâhermĂ©neutique religieuse, quâest-ce quâil a bien voulu dire ? On comprend pas trĂšs bienâŠ
La programme est limpide, il est nette, il est simple et il nây a lĂ aucune place je dis bien pour ce qui serait Ă proprement parler un travail de thĂ©ologie, dâinterprĂ©tation. Je crois dâailleurs que ce type de distinction dans le rapport au texte, câest-Ă -dire de savoir si, Ă lâendroit du texte, on un travail dâhermĂ©neutique, dâexĂ©gĂšse, dâinterprĂ©tation ou si au contraire le texte vaut comme une holophrase dans son intĂ©gralitĂ© et sans rĂ©ticence et sans retrait, je crois que cette diffĂ©rence dâabord, de rapport au texte mĂ©rite dâĂȘtre reconnue comme je dirai essentielle pour ce quâil en est de notre devenir Ă partir du rapport au texte parce que comme vous le savez, jusquâĂ ce jour nous sommes entiĂšrement faits de rapport aux textes
Câest pas, câest peut-ĂȘtre pas Ă©ternel, en tout cas pour le moment, nous sommes tous des produits, les enfants de certain nombre de textes et il est Ă©vident que le rapport avec eux est essentiel pour ce quâil en est de notre fonctionnement psychique et dans la conduite de notre vie. Et dans le cas prĂ©cis que je suis en train dâĂ©voquer, je vous fais remarquer que le message que lâun de ces bienheureux reçoit de fondateur est un message qui reprend dâune façon directe, aucunement sur le mode inversĂ©, qui est le propre de nos rapports au texte, mais il a Ă reproduire le programme, il a Ă reprendre les prescriptions religieuses avec une fidĂ©litĂ© qui exclut toute reprise par ce quâil en serait de sa subjectivitĂ©, et dâune interprĂ©tation subjective, une espĂšce dâendossement subjectif. Ce nâest aucunement ce qu'on lui demande. On lui demande de sâabolir en tant que sujet pour reprendre intĂ©gralement et textuellement ce quâil en est du programme, et de disparaĂźtre comme sujet dans cette modalitĂ© du rapport au texte.
Alors, comme je vous le faisais remarquer il y a un instant, je ne crois pas que lâon puisse nier que ce dispositif ne soit source de ce quâil faut bien appeler le bien-ĂȘtre. Le bien-ĂȘtre puisque le sujet se trouve, en quelque sorte, soulagĂ© des affres de son existence, que sa conduite est bien rĂ©glĂ©e, est bien dĂ©terminĂ© et que il a en outre le plaisir de pouvoir cultiver avec autrui une relation fondĂ©e sur une identitĂ© Ă peu prĂšs parfaite, câest-Ă -dire des semblables qui soient effectivement des semblables, la dimension de lâaltĂ©ritĂ© Ă©tant rejetĂ© Ă lâextĂ©rieur du groupe et prĂ©sentĂ©e comme Ă©tant le monde profane, le monde de la chute, le monde de lâerreur, le monde des dĂ©chets, etcâŠ.
Et si vous me permettez cette incidente, je vous dirais que câest bien pourquoi chaque fois quâune activitĂ© guĂ©risseuse est proposĂ©e au nom dâun bĂ©nĂ©fice qui serait celui dâun bien -ĂȘtre et bien, je pense que cela devrait ĂȘtre largement acquis dans notre culture quâil sâagit lĂ Ă chaque fois dâune menace et que le fonctionnement spirituel prend place comme nous le savons pour ce quâil est dâun inconfort fondateur, dâun malaise fondateur, du doute, de lâincertitude, de la quĂȘte, de lâĂ©garement, de lâĂ©chec et que ces divers traits sont les conditions dâun possible exercice spirituel. Autrement dit, le caractĂšre justement guĂ©risseur de ces groupes, car il nây a aucun doute quâils agissent comme psychothĂ©rapies collectives, psychothĂ©rapies de groupe, et bien je crois que ce trait mĂ©rite par nous dâĂȘtre soigneusement, attentivement rĂ©flĂ©chi. Je vous cite ce quâun mĂ©decin auditionnĂ© par la Commission Parlementaire qui en France sâest attachĂ© au phĂ©nomĂšne sectaire, un mĂ©decin dont la Commission dit quâil est peu suspect Ă la complaisance Ă lâĂ©gard des phĂ©nomĂšnes sectaires, voilĂ ce quâil a dĂ©claré : Vous rencontrez le meilleur et le pire dans les sectes. Parfois par le biais des sectes les personnes se retrouvent dans un groupe chaleureux, dâautres redonnent un sens Ă leur vie, dâautres encore se structurent. Parmi mes patients certains sont entrĂ©s dans des sectes. Je ne voudrais pour rien au monde quâils en sortent car cela leur sert momentanĂ©ment de tuteur. Bien entendu cela ne lĂ©gitime pas lâensemble du phĂ©nomĂšne, mais câest vous dire quâil y a des aspects trĂšs positifs. Si on ne le comprend pas on comprendra pas davantage le succĂšs des sectes. Nos contemporains ne sont pas des imbĂ©ciles. sâils se ruent par centaines de milliers dans ces mouvements câest quâils ont des raisons et surtout quâils y trouvent de rĂ©ponses.
Une autre des personnalitĂ©sâŠ, câest publiĂ© sous le couvert de lâanonymat, on ne connaĂźt pas les honorables confrĂšres qui ont produit ces jugements, mais une autre de ces personnalitĂ©s auditionnĂ©es dĂ©clare, en insistant sur la transformation personnelle et lâamĂ©lioration des capacitĂ©s de chacun des membres de la secte et il dĂ©clare, Il est vrai que si on se mobilise, comme câest le cas dans les sectes, on augmente ses capacitĂ©s et il trouve le fonctionnel allĂ©gĂ©, petits maux de ventre, de tĂȘte, les rhumatismes disparaissent pour peu que lâon ait une plus forte motivation.
Les sectes obtiennent donc des rĂ©sultats. Câest vrai que lâon augmente ses capacitĂ©s, câest vrai que si lâon se mobilise autour de nâimporte quoi , mĂȘme le culte de la betterave, on peut devenir meilleur, plus fort, plus efficace et plus dynamique. Nous sommes tous tentĂ©s de dĂ©velopper notre potentiel, qui dâentre nous ne le serait pas ? Les personnes se ruent dans les sectes parce quâils ne trouvent plus dans le monde que nous leur avons construit les repĂšres, les moyens de mobilisation, la crĂ©dibilitĂ© des appareils, bien sĂ»r nous sommes lourdement responsables.
On attrape les mouches avec du vinaigre. Les gens ont besoin dâidĂ©al. On rentre dans une secte avant tout par idĂ©al.
Il ne faut pas se tromper, les sectes manient une langue de bois que lâon ose mĂȘme plus pratiquer ailleurs, et, tĂ©moignage dâun ancien adepte dâune secte, pour quoi des individus sont poussĂ©s Ă y adhĂ©rer ? VoilĂ ce quâil dĂ©clare : Tout dâabord je crois quâil y a ce mal du siĂšcle, ce mal de vivre qui est de plus en plus prĂ©sent, la cellule familial est souvent Ă©clatĂ©e, le pĂšre en particulier est souvent absent ou au contraire trop prĂ©sent par sa violence, par exemple. A travers un secte, on recherche une famille, un pĂšre dâemprunt, une autoritĂ©, un modĂšle qui nous fait dĂ©faut. Du jour au lendemain on se retrouve avec deux cent, trois cents amis, qui vous recevront, qui vous accueilleront. Votre couvert sera mis.
Et on vous entendra, et vous vous sentez en confiance. Les personnes qui rentrent dans les sectes sont souvent des idĂ©alistes, des personnes qui recherchent la perfection, pas toujours mais en partie. Personnellement, lâĂ©clatement familial, le dĂ©sir idĂ©aliste mâont poussĂ©, le gourou nous disait « le monde va mal, il suffit dâallumer la tĂ©lĂ©vision Ă lâheure des informations pour sâen convaincre. Il y a des guerres, des maladies, des problĂšmes partout, le monde va mal. Que peut-on faire Ă titre individuel pour essayer quâil aille mieux ? Câest ce que nous proposait le gourou. Nous voulions amĂ©liorer la situation de la terre, de la planĂšte des autres. Commencez par vous-mĂȘme, commencez par vous transformer et vous transformerez le monde et jây croyais. Je me transformais pour transformer le monde.
Je crois que tous ces tĂ©moignages, aussi bien des mĂ©decins que dâanciens adeptes de sectes, nous rendent bien compte de ce qui est parfois lâauthenticitĂ©, Ă la fois le trouble produit par ce que jâĂ©voquais pour vous de cette Ă©conomie particuliĂšre induite que par le jugement apportĂ© sur ses consĂ©quences. La question donc Ă laquelle nous avons ce soir Ă trĂšs briĂšvement rĂ©pondre, nous avons Ă esquisser la rĂ©ponse, cette question est la suivante : quelle est, Ă quelle demande populaire rĂ©ponde donc cette offre ?
Parce quâil est Ă©vident quâil nây aurait pas de secte sâil nây avait une demande et quâest-ce que ces sectes offrent pour rĂ©pondre Ă cette demande. La rĂ©ponse que je vais vous proposer, qui est ma thĂšse, est ce qui justement permet de distinguer secte et religion. Car on ne va pas dire quâil sâagit simplement dâun besoin spirituel auquel rĂ©pondraient des officines qui auraient Ă©tudiĂ© le marketing de la question comme il convient, câest tout-Ă -fait le sentiment que lâon a quand on sâintĂ©resse Ă la Scientologie, câest-Ă -dire, que lâinventeur gĂ©nial de cette affaire, câest-Ă -dire Lafayette von Hubard. Lisez, vous les trouvez pour pas trĂšs cher, ses bouquins⊠LâelectropsychomĂštre est un peu plus cher, câest un appareil qui permet de mesurer, je ne sais pas quoi, un potentiel Ă©vocateur qui fait que vous y ĂȘtes sur la question. Alors il y a lâaiguille qui se dĂ©place⊠ça, ça coĂ»te plus cher, lâelectropsychomĂštre, mais le bouquin, vous pouvez vous lâoffrir beau marchĂ©, et sa lecture est tout Ă fait instructive car cette homme a parfaitement flairĂ©, pigĂ© de quelle façon on pouvait faire de la religion unbusiness contemporain particuliĂšrement rentable et que le degrĂ© de crĂ©dulitĂ© de nos contemporains Ă notre Ă©poque de formation rigoureuse et scientifique, ce degrĂ© de crĂ©dulitĂ© Ă©tait immense.
Mais je reviens a ma question. Quâest-ce quâoffrent les sectes Ă cette demande populaire ? Elles offrent ce que nos democracies et nos organisations politiques ont souvent perdu ou dont elles ont la nostalgie, elles offrent un maĂźtre. VoilĂ ce quâelles offrent. Un patron. Un maĂźtre. Câest-Ă -dire, un guide. Vous pouvez le traduire en allemand si vous voulez⊠Il vous soulage du doute, du choix, de la responsabilitĂ©. Il vous soulage de lâexistence. Vous avez simplement Ă suivre, Ă obĂ©ir. Ce qui, comme vous le voyez, nâest pas du tout identifiable Ă ce qui est une religion. Une religion qui est organisĂ©, celles qui sont issues du monothĂ©isme, qui organisĂ©s donc autour dâun figure paternelle et qui donc dâemblĂ©e accordent la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s, dâemblĂ©e sait que vous serez en infraction avec la loi, et qui dâemblĂ©e reconnaĂźt en vous cette division qui est propre Ă tout croyant, Ă tout fidĂšle ici, puisque câest vouloir, câest chercher et qui est donc une religion Ă©videment dâamour.
Ici ce nâest pas du tout forcement le cas. Ce qui importe, je dis bien, câest le commandement. Et si vous vous amusez Ă aller voir la diversitĂ© de programmes offerts par les diverses sectes, parce que câest un Ă©ventail, câest un panorama, câest un fourre-tout, câest miraculeux, câest merveilleux, câest incroyable, câest strictement⊠on y cherche, comme je vous le disais tout Ă lâheure⊠on nâa aucun souci, plus câest invraisemblable, plus câest cocasse mieux câest. Le seul trait commun entre des programmes aussi diffĂ©rents câest le caractĂšre impĂ©rieux, impĂ©ratif, obligatoire, sans manquement possible, sans aucune rĂ©mission de faute de ce qui est Ă lâintĂ©rieur de ce groupe prescrit. Et câest sĂ»rement de la part des observateurs extĂ©rieurs, ce qui fait leur retrait, leur surprise quand ils apprennent par un Ă©chappĂ© ce qui se passe Ă lâintĂ©rieur, leur retrait, leur sentiment effectivement de se trouver devant un systĂšme de type totalitaire de telle sorte que sâil devait y avoir quelque assimilation avec la religion on pourrait dire que les sectes rĂ©alisent la religion « plus », il y a un bonus qui fait toute la diffĂ©rence.
On remarquera aussi que le type dâorganisation, je dirais, donne en outre ce sentiment trĂšs agrĂ©able, trĂšs recherchĂ© aujourdâhui, qui figure trĂšs volontiers aujourdâhui parmi les exigences contemporaines, câest le sentiment de proximitĂ©. Cela nâa non plus seulement le caractĂšre universel ou Ă prĂ©tention universelle des religions que nous savons, mais ça a lĂ un cĂŽtĂ© local, je dirais presque rĂ©gionaliste, en tout cas un mode dâorganisation de proximitĂ© qui intervient au titre des facteurs dâagrĂ©ment.
Alors il est du point de vue psychopathologique intĂ©ressant de retenir que ce dispositif met, peut mettre les adeptes dans une situation de dĂ©pendance qui est parfaitement Ă©gale comme vous le savez Ă la relation de dĂ©pendance Ă lâendroit des produits, des drogues diverses. La dĂ©pendance nâest pas Ă prendre lĂ seulement comme une mĂ©taphore. Je veux dire que les adeptes peuvent de trouver en Ă©tat de manque dĂšs lors quâils sont extraits de cette communautĂ©, le ressentir avec une extrĂȘme violence, un grand dĂ©sarroi psychique, de lâangoisse, un sentiment de dĂ©sorganisation. Autrement dit, ces sectes, nâest-ce pas, font des accros. Et la difficultĂ© bien entendu du lĂ©gislateur est dâavoir affaire Ă un public qui est non seulement consentant mais qui en redemande. Comment donc intervenir sâil nây a de plainte que latĂ©rale, que marginale, quâaccidentelle comme lorsque par exemple une famille vient se plaindre que son enfant ait Ă©tĂ© ainsi soustrai, mais si le gosse est majeur, comment aller contre ce qui sera la parfaite adhĂ©sion dont il fera Ă©tat. Alors, nous pouvons tenir cet Ă©trange appĂ©tit pour un maĂźtre comme Ă©ventuellement une rĂ©ponse Ă©videmment au type dâathĂ©isme induit par la science et comme vous le savez la surprise des observateurs câest de constater quâil y a souvent de scientifiques de bon niveau qui font partie de ces mouvements.
Nous pouvons Ă©videment, câest facile invoquer le fait que les migrations, la mondialisation, etc. entraĂźnent Ă sâĂ©carter, Ă sâĂ©loigner de ce que lâon appelle les racines, propres Ă chacun, et puis aussi bien sĂ»r au fait que nous nâavons plus guĂšre dans notre Ă©ducation des projets existentiels. Ce qui comme le disait tout Ă lâheure ce mĂ©decin quand il y a des motivations, ne serait-ce que pour le culte de la betterave, on se mobilise, on se sent mieux on oublie les rhumatismes, le mal de tĂȘte, etc.
Il y a aussi bien sĂ»r, et je lâĂ©voquais tout Ă lâheure, le fait que lorsquâon lit les textes de lâEglise de la Scientologie qui est, je dirais, organisĂ©e en un rĂ©seau souterrain, en un rĂ©seau souterrain souvent, assez remarquable, avec une organisation secrĂšte assez remarquable. Je ne sais pas si vous avez suivi ces pĂ©ripĂ©ties dans la presse mais les dossiers de lâEglise de la Scientologie qui Ă©tait instruit une juridiction provinciale ne cessent pas de disparaĂźtre, on va les chercher, ils ne sont plus lĂ . Et puis, donc, lâEglise de Scientologie organisĂ©e comme une vĂ©ritable commerce, on y vend de la marchandise que manifestement il y a un tas de gens qui apprĂ©cient et qui veulent.
Et puis avec lâEglise Universelle de Royaume de Dieu, ce qui risquerait dâapparaĂźtre comme une surprise, câest-Ă -dire de constater que les pauvres et les misereux car il constituent quand mĂȘme au BrĂ©sil une fraction importante sinon majeure de troupes de cette Ă©glise, et bien, on aurait pu spontanĂ©ment croire que ces pauvres avaient besoin de subside, de subventions, des bons alimentaires⊠ce que cette Ă©glise, ce que ces Ă©vĂȘques de cette Ă©glise ont parfaitement compris câest que ce dont ils avaient besoin câĂ©tait de payer, eux qui nâont pas un sous, ce dont ils avaient besoin câĂ©tait de se sacrifier et payer et dâacheter leur salut futur. Et pour ceux dâentre vous qui ont pu voir le film montrant la façon dont ce public misĂ©reux sâempresse de venir donner son salaire, le maximum du salaire, nâest-ce pas, aux Ă©vĂȘques qui sont lĂ , Ă recueillir ces dons, câest une opĂ©ration qui par elle-mĂȘme est Ă la fois scandaleuse et en mĂȘme temps Ă©mouvante.
Et en mĂȘme temps, je dirais le dur mĂ©rite de nous rappeler certains traits majeurs de notre psychologie puisque il est limpide, clair que ces organisations sectaires sont des organisations maffieuses dont les victimes sont consentantes, dont les victimes ne sont pas contraintes, de telle sorte quâil nâest pas excessif ou absurde si lâon consent de lâenvisager comme telle, de noter ce goĂ»t pour ce quâil faut bien appeler des micro fascismes, câest-Ă -dire dâorganisations en faisceau dâun groupe, Ă partir du principe dâun sacrifice commun Ă accorder, Ă payer et qui concerne non seulement ses propres biens, non seulement son organisation familiale, mais comme vous le savez, qui peut aller jusquâĂ celui de sa propre vie sans problĂšme majeur comme cela a Ă©tĂ© illustrĂ© Ă quelques reprises. Ce qui diffĂ©rencie donc radicalement des sectes des religions câest quâen aucun cas il sâagit pour elles dâun pĂšre qui aime ses crĂ©atures, mais il sâagit dâun maĂźtre Ă qui il faut donner et pour lequel il faut ĂȘtre prĂȘt Ă mourir.
Il me semble que ces remarques que je vous ai proposĂ©es introduisent un type de sĂ©paration, de distinction qui pourrait Ă©ventuellement servir justement pour distinguer les deux phĂ©nomĂšnes et ne pas fonctionner sur une espĂšce dâĂ©quivoque, et sur ce qui serait aprĂšs tout la libertĂ© de croyance, la libertĂ© de culte, le fait que la religion serait, relĂšverait de la sphĂšre privĂ©e de chacun. Est-on en droit, est-ce que lâEtat est en droit dâintervenir, lâEtat rĂ©publicain est en droit dâintervenir sur des telles organisations, contre de telles organisations ? Je crois que cela dĂ©pendra justement essentiellement des conceptions quâil sera amenĂ©, des conceptions thĂ©oriques quâil sera amenĂ© Ă sâen faire et du mĂȘme coup de lâargumentation quâil pourra se donner pour agir. Mais je crois pour ma part que ce type dâentreprise, comme celle que jâĂ©voquais entre autre en dernier mais il nây a pas quâelle, la secte Moun, les sectes dĂ©rivĂ©es du bouddhisme, les sectes japonaises qui sont particuliĂšrement autoritaires⊠Je crois que nous ne pouvons rester insensibles, et je dirais au nom de la libertĂ©, comme je disais il y a un instant, de croyance et dâopinion, et câest tout ceci comme ça dans⊠marquĂ©s par le souci de la libre entreprise. Je crois que nous avons Ă ĂȘtre un peu plus prĂ©sents, et un peu plus actifs pour nous donner les moyens conceptuels de nous y opposer.
VoilĂ ces quelques remarques. Merci pour votre attention.
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Bernard Vandermersch : Nous vous remercions beaucoup de nous apporter des Ă©lĂ©ments pour nous orienter dans cette affaire. Pour poser quelques questions avant de passer la parole dans la salle, il me semble que dans votre façon dâenvisager les choses il y a des points trĂšs forts et dâautres qui me semblent⊠plus ou moinsâŠ
Charles Melman : plus faiblesâŠ
B. V. : Non, maisâŠen tout cas ce qui me semble trĂšs trĂšs fort câest ce que vous appelez cette appĂ©tence pour le maĂźtre qui est effectivement un point sur lequel il y a une diffĂ©rentiation massive, cette espĂšce dâabolition subjective souhaitĂ©, et qui sâĂ©carte de ce qui se passe dans les religions. Câest une question que je voulais vous poser Ă cette Ă©gard, pourquoi cette appĂ©tence pour la maĂźtrise et cette abolition de toute coupure entre ce qui commande et ce qui obĂ©it, coupure oĂč se situerait le sujet en fin de compte, pourquoi cette appĂ©tence rĂ©clame-t-elle ces dons, ces offrandes supplĂ©mentaires, le sujet ayant dĂ©jĂ consenti quelque part Ă son abolition ?
Quelle est lâĂ©conomie qui vient, subjectivement je parle, pour un sujet qui vient consentir Ă payer ça un prix exorbitant ? VoilĂ câest cela ma premiĂšre questionâŠ
Ch. M. : Merci Bernard. Mais ça fait partie si vous voulez de ce que lâon note de plus traditionnel dans les cultures ante religieuses et que nous connaissons, nâest-ce pas ? Le sacrifice a toujours Ă©tĂ© un Ă©lĂ©ment essentiel de lâorganisation sociale et en particulier le sacrifice aux dieux. Alors câest lĂ , lâun des grands traits de lâhumanitĂ©, les motivations sont souvent celles de le vouloir riche et puissant, et plus les dons sont importants, y compris Ă©ventuellement en jeunes gens et en jeunes filles, plus, nâest-ce pas, ce dieu est supposĂ©, ce maĂźtre, est supposĂ© florissant. Câest une Ă©conomie trĂšs ancienne dont il est intĂ©ressant de noter quâelle reste vivace nâest-ce pas, justement que la religion ne semble pas avoir effacĂ© ce mode trĂšs primitif de rapport aux dieux ou aux maĂźtres.
Donc cela ne paraĂźt pas du tout de lâordre de la surpriseâŠ
B.V. : Cela serait donc pourtant un dĂ©voilement massif de cette structure fondamentaleâŠ
Ch.M. : Oui.
B. V. : On fonde son existence dans un sacrifice, câest lĂ , câest plutĂŽt son abolition au profit de faire tenir un dieu.
Ch.M. : Il ne sâagit pas lĂ , dans ce cas lĂ de fonder son existence, mais de se fonder comme existant, câest-Ă -dire comme aimĂ© et comme reconnu par ce dieu, ce qui nâest pas la mĂȘme chose, dâĂȘtre reconnu comme un membre de la communautĂ© dont il est le fĂ©tiche, dont il est le totem, dont il est lâemblĂšme, etc.
Roland Chemama : Quelle différence est-ce que vous verriez entre le fascisme politique et ce micro fascisme que vous avez décrit ?
Ch. M. : La diffĂ©rence, Roland, elle tient surtout en ceci, câest que ces micro fascismes, comment dirais-je, nâont un pouvoir que trĂšs locale, nâest-ce pas ? trĂšs parcellaire. Mais autrement, un autre Ă©lĂ©ment est sans doute que le militarisme ne constitue pas un trait spĂ©cifique de ces groupes mais lâagressivitĂ©, les dĂ©marches agressives et offensives, en particulier pour se faire connaĂźtre, oui. Mais en dehors du fait, dont je dis bien que le pouvoir de ces groupes se trouve limitĂ© Ă des surfaces, des espaces particuliĂšrement restreints, quelques hectares, nâest-ce pas ?
(retournement de la cassette)
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R. Ch. : parce quâen mĂȘme temps vous avez dĂ©montrĂ© quâils pouvaient rĂ©unir des millions dâhommesâŠ
Ch. M. : oui !
R. Ch. : Donc on pourrait imaginer que la ressemblante structurale avec le fascisme est telle, quâest-ce qui empĂȘcherait ces groupes de sâinstaller, de pouvoirâŠ
Ch. M : Je suppose que vous me tendez la perche, en fin, comme vous le savez, et comme ça mâa Ă©tĂ© confirmĂ© rĂ©cemment par AngĂ©la, lâEglise Universelle du Royaume de Dieu a un pouvoir politique important au BrĂ©sil et la question serait Ă©ventuellement de savoir sâil est possible aujourdâhui quâun prĂ©sident de la rĂ©publique au BrĂ©sil puisse se passer de leur soutien sâil veut ĂȘtre Ă©luâŠ
Puis, ça intĂ©resse aussi , sâil y en a parmi vous qui ĂȘtes psychanalystes, puisque ladite Ă©glise a ses psychanalystes, nâest-ce pas ? , promeut ses psychanalystes et peut trĂšs bien demain ĂȘtre la beneficiare dâune loi qui rĂ©glementera la profession, de telle sorte que ce seront les membres de lâĂ©glise qui seront seuls reconnus lĂ©galement au titre de psychanalyste.
XX : Je voulais vous demander si vous faites une diffĂ©rence extrĂȘmement nette entre religion et secte, quel statut pourrait-on donner Ă lâOpus Dei au sein de lâEglise catholique, qui a beaucoup des caractĂ©ristiques de sectes, **qui jouĂ© un rĂŽle extrĂȘmement important dans lâEspagne franquiste et aprĂšs et qui continue Ă ĂȘtre promu au sein du Vatican par le papeâŠ
Et donc, jâaimerai avoir votre avis lĂ -dessus.
Ch. M. : Ca aussi câest une question amicale⊠Il y a une longue tradition de flirt entre le pouvoir et lâEglise, et le pouvoir politique, nous le savons, câest ce qui a donnĂ© la Reforme. On peut pas ignorer, et il est certain quâune tradition soit ce qui sâabolit si aisĂ©ment, si tant est quâon ait la volontĂ© de lâabolir. Il est donc certain quâil y a dans lâEglise cette participation temporelle que vous Ă©voquiez et vous pourrez souhaiter que lâimage de CĂ©sar ne soit pas distincte de celle du pontife, ça câest clairâŠ
Mais au moins ce qui est quand mĂȘme notable câest que aussi avertie soit-elle, parce quâil est bien Ă©vident que les spĂ©cialitĂ©s au Vatican et ailleurs connaissent tout ça parfaitement, ils ne jouent pas la carte de sectes. Ils ne sâengagent pas sur le terrain, je dirais dĂ©magogique, des organisations sectaires.
Jeanne Wiltord : Il semble que câest quand mĂȘme la montĂ©e des sectes sur le plan social qui a poussĂ© dans lâEglise catholique la formation de mouvements charismatiques. Câest-Ă -dire quâils sont quand mĂȘmeâŠ
Ch. M. : Sans doute. Mais je dirais que malgrĂ© cela, je prend votre remarque qui est importante et prĂ©cieuse, mais malgrĂ© cela je dirais que la distinction me semble nĂ©anmoins pertinente et que mĂȘme dans les mouvements charismatiques il sâagit de reconstituer ce quâil en serait du plaisir et du bonheur de la foi, des rites et de la communion collective, nâest-ce pas ? Je veux dire que tout un ensemble de phĂ©nomĂšnes qui sont un peu tombĂ© en dĂ©shĂ©rence dans les Ă©glises et bien, je dirais que malgrĂ© ces mouvements charismatiques on ne trouve pas, lâĂ©glise ne sâavance pas dĂ©guisĂ©e sur ce terrain. Elle ne cherche pas Ă employer les mĂȘmes instruments, les mĂȘmes armes⊠les mĂȘmes moyens
Christiane LacĂŽte : ce qui mâa le plus intĂ©ressĂ© dans ce que tu as dit est ce qui concernait la certitude par rapport au doute qui est toujours au fond du domaine religieux. Câest un point de clivage trĂšs important. Cependant je trouve quâil y a beaucoup de diffĂ©rences dans les types de certitudes et je te demanderais bien sur quoi ça sâapplique entre quelque chose qui dans lâĂ©glise de la Scientologie est tout de mĂȘme de lâordre dâun bonheur pragmatique tandis que, par exemple, du cĂŽtĂ© des raĂ«liens, jâai eu Ă faire Ă un raĂ«lien, Ă faire Ă des gens comme ça, il y a un type de certitude quasi dĂ©lirant. Parce que cela vient des astres, il y a des ovnis, des choses intĂ©ressantes. VoilĂ . Quelles sont les deux bornes de cette certitude ?
Est-ce que dans lâĂ©glise de la Scientologie câest simplement la certitude liĂ©e Ă lâobĂ©issance Ă des ordres ? On ne peut pas que le contenu implique une certitude tandis que dans des sectes Ă contenu apocalyptique, il y a un contenu reprĂ©sentatifâŠ
Ch. M. : Je ne suis pas sĂ»râŠje ne suis pas certain quâil y ait une diffĂ©rence majeure parce que â comment dirais-je ? Si lâon prend par exemple les raĂ«liens, il faut quand mĂȘme pas oublier que les soucoupes volantes ça a Ă©tĂ© un grand thĂšme populaire pendant quelques dĂ©cennies. Il y a moins en ce moment, câest bizarre. Il doit y avoir, je ne sais pas, une pĂ©nurie (rires). Il y a quand mĂȘme eu un moment, il y a eu des annĂ©es durant lesquelles beaucoup de gens ont vĂ©cu avec⊠les soucoupes volantes, combien on avait vuâŠÂ ?
Je vais donc dire que nous sommes Ă©videmment, spontanĂ©ment, comme tu sais, tous enclins Ă penser quâil y a un peu plus haut, quâil y a lĂ sinon un ĂȘtre, du moins des ĂȘtres qui ne demandent quâĂ entrer enfin en contact avec nous. Je veux donc dire que câest Ă la limite lĂ encore de ce quâon pourrait appeler une physiologie, de la psychopathologie de la vie quotidienne. Et je ne dirais pas que ce type de certitude est essentiellement diffĂ©rent de lâautre.
Ch. LacĂŽte : Je parlai de la quĂȘte de certitude engagĂ©e par lâEglise de la ScientologieâŠ
Ch. Melman : Oui, bien sĂ»râŠLa certitudeâŠ
Bernard Vandermersch : Je ne suis pas sûr que ce soit de la certitude, ce serait plutÎt de la conviction, sinon on serait dans la paranoïa.
Ch. M. : La conviction est toujours ce qui est en rapport avec une vĂ©ritĂ© structurale. Et donc ⊠Il nây pas Ă la limite⊠Croire quâil y a quelquâun dans lâAutre, câest de lâordre de la conviction, et je dirais que le vrai problĂšme câest de savoir pourquoi cela ne se vĂ©rifie pas plus souvent ? Le vrai problĂšme ne serait pas tant quâil y ait des gains qui croient aux soucoupes volantes, mais pourquoi il y en a qui ne croient pas ?
Donc moi je crois que la conviction est Ă tenir dans ce registre, conviction quâil y a du maĂźtre et que donc câest une faute de ne pas affaire, en entendre les lois.
Câest de lâordre dâune conviction qui lĂ aussi câest pas de lâordre de la psychose, câest de lâordre de ce que la structure met en place pour chacun dâentre nous et qui fait que ça va tout seul. La vraie question Ă©tant pourquoi il y en a qui sâen passentâŠ
Cecilia Hopen : Je voulais vous poser une question qui est peut ĂȘtre un peu risquĂ©e âŠJâessaie de me rĂ©pondre, de me demander quelle diffĂ©rence il y aurait entre ce que vous dites des sectes et un groupe religieux fondamentaliste, intĂ©griste ?
Ch. M. : Ah voilĂ Â ! Merci, Cecilia, Oh ! Je nâai rien Ă dire lĂ -dessus⊠DĂ©solĂ© maisâŠ
XX : Je voudrais savoir si pour vous ce maĂźtre des sectes favoriserait le fantasme du pĂšre du pĂšre, plus accessible (âŠ) que Dieu, est-ce quâil nây aurait pas lĂ une structure (âŠ)
Ch. M. : Oui, sans doute vous avez raison, câest un avantage, dâautant que ces sectes ont le sens de la hiĂ©rarchie, de lâaccession, de monter de degrĂ©s, des approches, nâest-ce pas ? Ca occupe une vie, câest merveilleux de voir ça, pĂ©riodiquement par son excellence monter les degrĂ©s qui vous mettent de plus en plus prĂšs de lâautoritĂ©, de lâautoritĂ© suprĂȘme. SĂ»rement ce que vous Ă©voquez est surement un des facteurs moteur de lâaffaireâŠ
OuiâŠ
Alors on est censĂ©s ĂȘtre tout prĂšs de la psychose dans tout ça, et cependant, quâest-ce qui fait dire que ce nâest pas psychotique ? Câest quâil y a des gens qui font leur beurre, leur affaire, il y a des gens qui ne sont pas fous.
Maha Hammad : Ils recrutent quand mĂȘme parmi les psychotiques !
Ch. M. : Pas seulement, pas seulement, MahaâŠ
B.V. : Est-ce que dans le fond, est-ce quâune position paranoĂŻaque, un paranoĂŻaque supporterait ce type de lien, sinon dâun façon trĂšs xĂ©nopathique, sans ĂȘtre hallucinĂ©s inmediatementâŠ
Je pense que câest plutĂŽt des nĂ©vrosĂ©s en souci de se soulagĂ©s en raison deâŠ
Ch. M. : Des nĂ©vrosĂ©s dans la nostalgie de nâĂȘtre pas psychotiques !
XX : Il y a des patients qui trouvent une certaine armatureâŠ
Ch. M. : Mais il nây a pas que des schizophrĂšnes. Ce ne sont pas des repĂšres.
Virginia Hasenbalg : Est-ce quâil sâagirait dâun phĂ©nomĂšne qui a lieu au sein dâun discours hystĂ©rique puisquâil sâagit dâun pĂšre imaginaire dans ce maĂźtre? Est-ce quâon peut concevoir que ce phĂ©nomĂšne puisse avoir lieu avec des structures obsessionnelles ?
B.V. : Pourquoi est-ce quâune hystĂ©rique serait plus favorisĂ©e puisque lâadresse au maĂźtre est tout Ă fait diffĂ©rent. Au contraire, elle a un appĂ©tit du maĂźtre mais sans aucune, sans aucun souci de soutenir une subjectivitĂ©. Ce serait presque le contraire de la position hystĂ©rique.
Ch.M. : Ce qui paraĂźt quand mĂȘme dramatique câest que si vous voulez voir un groupe social heureux, câest ça qui moi me paraĂźt scandaleux, ce qui me hĂ©risse, si vous voulez voir un groupe social heureux, et dont les gens le disent, et bien allez voir lĂ dedans. Câest ça qui paraĂźt abominable.
XX : Est-ce quâil ne sâagirait dâun systĂšme qui nie la psychopathologie ? Qui nie notre systĂšme de pensĂ©e. Parce quâau fond les sectes câest mondiale, câest mondial et local en mĂȘme temps. On pourrait mĂȘme penser une nouvelle forme de psychose. Je crois que câest un faux problĂšme de poser la question, quelle type de patient peut y adhĂ©rer. Moi je pense que ce qui est fort dans le systĂšme(âŠ) Il nây a pas de texte, il nây a pas de divisionâŠ(âŠ) Notre problĂšme câest la nĂ©gation du symbolique
Ch. M. : Je vais vous lire quelques phrases du programme de la Scientologie : La Scientologie comporte un certain nombre de connaissances qui proviennent de certaines vĂ©ritĂ©s fondamentales. Parmi les premiĂšres de ces vĂ©ritĂ©s sont les suivantes : lâhomme est un ĂȘtre spirituel et immortel. Câest bien ça ! Son expĂ©rience va bien au-delĂ de la durĂ©e dâun vie.
On est sur terrain familier, tout le monde se retrouve avec sa formation coutumiĂšre⊠Ses capacitĂ©s Ă lâhomme sont illimitĂ©es mĂȘme si elles ne sont pas rĂ©alisĂ©s dans le prĂ©sent⊠Ca câest dĂ©jĂ quelque chose⊠lĂ dâun seul coup on sort des sources religieuses, là ⊠ses capacitĂ©s sont illimitĂ©es, de plus la scientologie considĂšre que lâhomme est fondamentalement bon et que son salut spirituel dĂ©pend de lui-mĂȘme et de ses semblables ainsi que de lâaccomplissement de sa fraternitĂ© avec lâunivers
X.X. : Câest de la littĂ©rature pour des gogos, et quand on lit ce quâils Ă©crivent pour leur hiĂ©rarchie ça nâa rien Ă voir avec ça, câest mĂȘme exactement lâinverse.
Ch. M. : Bien sĂ»râŠEt alors, quel est le premier moyen dâappliquer les vĂ©ritĂ©s fondamentales de la Scientologie Ă la rĂ©habilitation de lâesprit humain ? Le premier moyen sâappelle ? ça sâappelle lâaudition. Il sâagit lĂ de la pratique centrale de la scientologie. Elle est administrĂ© par un auditeur, du latin audire, celui qui Ă©coute. Autrement dit les auditeurs de la Scientologie aident des individus Ă atteindre ce but en leur faisant examiner leur existence par le biais dâune sĂ©rie dâĂ©tapes soigneusement conçues par Lafayette von Hubard, nâest-ce pas ? Le but câest de devenir auditeur. Autrement dit, vous nâinculquez rien au candidat Ă lâĂ©glise, il faut ĂȘtre auditeur, il faut savoir lâĂ©couter, et vous voyez de quelle maniĂšre, nâest-ce pas, ce type a le gĂ©nie de venir prendre son bien dans ce qui au dĂ©part est la religion traditionnelle. Ensuite on vous dit que les capacitĂ©s humaines sont illimitĂ©es et ensuite on dĂ©couvre ce qui appartient Ă©videment a la psychanalyse, on dĂ©couvre lâauditeur. On nâest pas prĂȘtre de cette Ă©glise, si vous montez dans la hiĂ©rarchie vous devenez auditeur. Lâaudition nâest pas une chose quâune personne subit. On ne peut tirer des bienfaits quâau moyen dâune participation active et une bonne communication. Lâutilisation de lâelectropsychomĂštre, ou lâĂ©lectromĂštre, etc., alors lĂ , câest le canular intĂ©grale et ça ne gĂȘne pasâŠ
Angéla Jesuino Ferreto :
Quand je me suis intĂ©ressĂ© Ă lâEglise Universelle de Dieu câest ce rapport au texte qui mâa beaucoup interpellĂ©e, dans le sens de voir quâil n ây avait pas de folie.
Il y avait mĂȘme une mĂ©fiance Ă lâĂ©gard de ce qui Ă©tait (âŠ) et le rapport Ă lâinterprĂ©tationâŠ
Ce qui me semblait moins dĂ©lirant câĂ©tait tout ce qui avait trait au corps. Câest quelque chose que dans les articles en France (âŠ) la place prĂ©dominante du rapport au corps.
Ce qui se passe dans les sectes au niveau de (âŠ) des traitements. Et je trouvais quâil y avait cette similitude lĂ , alors que par ailleurs il y des tas de choses qui ne sont pas pareilles.
Cette place du corps qui est tout Ă fait importante.
Ch. M. : (âŠ) Non, si ce nâest effectivement les pratiques du corps sont chez nous aujourdâhui limitĂ©s Ă ce que lâon sait des salles de gymnastique ou des instituts de massages de beautĂ©. Cette usage, cette destination devenue profane de la manipulation du corps laisse effectivement la place Ă des exercices qui se trouvent donc associĂ©s Ă un souci spirituel. Quâest-ce que vous voulez que je vous dise ? Moi je pense que ça doit ĂȘtre trĂšs agrĂ©able.
X.X. : (âŠ) Ce monsieur Lafayette dont vous venez de parler et que je ne connais pas⊠Il semble quand mĂȘme poser le problĂšme de la tromperie et de la canaillerie. Câest-Ă -dire quâil semblerait quand mĂȘme quâau niveau de ses convictions, les convictions sont pour les autres, ceux qui viennent vers eux, par contre eux savent trĂšs bien que ça repose sur pas grande chose (. ..) de tromper, de leurrer. On est mĂȘme dans une certaine forme de perversion. Il y a quelque chose qui est su par certains et qui permettrait (âŠ) Il y aurait cet attrait pour les autres, dâĂȘtre attirĂ©s justement par cette tromperie,
Ch. M. : Je suis parfaitement dâaccord avec ça. Je veux dire quâil y a lĂ une espĂšce dâinvitation perverse, câest fort vraisemblable, câest-Ă -dire une espĂšce de complicitĂ© tacite, un petit clin dâĆil comme ça. Comment dire ? Autrement dit, une position avantageuse Ă ce que le partenaire se fasse avoir et que ça ne lui dĂ©plaise pas.
B.V. : ⊠Sans jamais quâil y ait un dĂ©masquage de la chose, mĂȘme au plus haut niveauâŠ
Maha Hammad : Je ne sais pas si jâai bien compris au dĂ©part, vous parlez dâune sociĂ©tĂ© oĂč il y aurait une pĂ©nurie de maĂźtre, et vous le mettiez en rapport avec le surgissement des sectes.
Quâest-ce quâil en serait dans les sociĂ©tĂ©s de maĂźtres ?
CH. M. : Ecoutez lĂ vous me posez une question⊠comment voudriez vous que je rĂ©ponde ? Si ce nâest que dans une sociĂ©tĂ© de maĂźtres il nây a pas besoin de sectes. On a sous la main tout ce quâil faut, et il nây a pas besoin de se donner du mal pour ⊠il suffit de payer son tribut au maĂźtre quâil est lĂ , si ce nâest que dans une sociĂ©tĂ© de maĂźtre on nâa pas le plaisir exquis que peut procurer la secte, ce qui, vous voyez câest dommageâŠ
B. V. : Je vous remercie beaucoup.
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