Mathinées lacaniennes
Sur la mascarade, extraits des séminaires
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4 concepts, page 228 La mascarade nâest pas ce qui entre en jeu dans la parade, nĂ©cessaire au niveau des animaux Ă lâappariage, et aussi bien la parure se rĂ©vĂšle-telle, lĂ , gĂ©nĂ©ralement, du cĂŽtĂ© du mĂąle. La mascarade a un autre sens, dans le domaine humain, câest prĂ©cisĂ©ment de jouer, au niveau non plus imaginaire mais symbolique. ,Câest Ă partir de lĂ quâil nous reste, maintenant, Ă montrer que la sexualitĂ© comme telle fait sa rentrĂ©e, exerce son activitĂ© propre, par lâintermĂ©diaire, si paradoxal que cela paraisse, des pulsions partielles. Tout ce que nous en dit Freud, tout ce quâil en Ă©pelle, tout ce quâil en articule, nous montre ce mouvement que je vous ai tracĂ© au tableau la derniĂšre fois, ce mouvement circulaire de quelque chose de la poussĂ©e qui sort Ă travers le bord Ă©rogĂšne pour y revenir comme Ă©tant sa cible, aprĂšs avoir fait le tour de quelque chose x, que jâappelle lâobjet a. Je pose que câest par lĂ que le sujet vient, tente Ă Â atteindre ce qui est Ă proprement parler la dimension de lâAutre (avec un grand A).
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5 mars 1958, Formations de lâIcs
Cette batte constituĂ©e la derniĂšre fois par ce signe bĂąton, de la cravache ou du nâimporte quoi qui frappe, est ce quelque chose, par oĂč mĂȘme un effet dĂ©sagrĂ©able devient distinction et instauration de la relation mĂȘme par oĂč la demande peut ĂȘtre reconnue comme telle ; ce par quoi ce qui a Ă©tĂ© dâabord moyen dâannuler la rĂ©alitĂ© rivale du frĂšre, devient secondairement ce quelque chose par quoi le sujet lui-mĂȘme se trouve distinguer par oĂč lui-mĂȘme est reconnu comme quelque chose qui peut ĂȘtre, ou reconnu, ou jetĂ© au nĂ©ant, ce quelque chose qui dâores et dĂ©jĂ se prĂ©sente donc comme la surface sur laquelle peut sâinscrire tout ce qui peut ĂȘtre donnĂ© par la suite, une sorte de chĂšque, si je puis dire, tirĂ© en blanc, sur lequel tous les dons sont possibles.
Et vous voyez bien que puisque tous les dons sont possibles, câest quâaussi bien il ne sâagit mĂȘme pas de ce qui peut ou non ĂȘtre donnĂ©, parce que lĂ il sâagit bien de cette relation de lâamour dont je vous dis quâelle est constituĂ©e par ce que le sujet, lui, donne essentiellement, câest-Ă -dire ce quâil nâa pas. Tout le possible de cette introduction Ă lâordre de lâamour suppose ce signe fondamental qui, par le sujet, peut ĂȘtre, ou annulĂ©, ou reconnu comme tel.
(...)
Joan RiviĂšre montre comment, dans un cas quâelle situe par rapport Ă diverses [voies et] cheminements possibles dans lâaccession Ă la fĂ©minitĂ©, comment un de ces cas dĂ©montrait pour elle, se prĂ©sentait comme ayant une fĂ©minitĂ© dâautant plus remarquable dans son assomption apparemment absolument complĂšte que câĂ©tait prĂ©cisĂ©ment chez un de ces sujets dont toute la vie par ailleurs peut sembler ĂȘtre Ă lâĂ©poque, beaucoup plus encore quâĂ la nĂŽtre, lâassomption de toutes les fonctions masculines. Autrement dit, il sâagit de quelquâun qui avait une vie professionnelle parfaitement indĂ©pendante, Ă©laborĂ©e, libre, et qui nĂ©anmoins, ce qui, je le rĂ©pĂšte, tranchait plus Ă cette Ă©poque quâĂ la nĂŽtre, se manifestait par une sorte dâassomption corrĂ©lative et au maximum, Ă tous les degrĂ©s, de ce quâon pouvait appeler ses fonctions fĂ©minines ; ceci non seulement sous la forme apparente, publique, des fonctions de maĂźtresse de maison, dans ses rapports avec son Ă©poux â en tant que montrant partout la supĂ©rioritĂ© des qualitĂ©s qui sont, dans notre Ă©tat social, forcĂ©ment, [censĂ©es ĂȘtre de façon] univoque les caractĂ©ristiques sociales de ce qui est la charge de la femme â [mais] particuliĂšrement dans un autre registre, tout spĂ©cialement dans le plan sexuel, quelque chose dâentiĂšrement satisfaisant dans ses relations Ă lâhomme, autrement dit dans la jouissance de la relation.
Or, cette analyse met en valeur, sous cette apparente et entiĂšre satisfaction de la position fĂ©minine, quelque chose de trĂšs cachĂ© qui nâen constitue pas moins la base, quelque chose qui sans aucun doute est ce quâon trouve aprĂšs quâon y ait Ă©tĂ© incitĂ© tout de mĂȘme par quelque menue, mais infiniment menue discordance apparaissant Ă la surface de cet Ă©tat en principe complĂštement satisfaisant.
Ce quelque chose de cachĂ© â il est intĂ©ressant de le montrer, parce que vous savez lâimportance, lâaccent que notre expĂ©rience a pu mettre sur le Penisneid, revendication du pĂ©nis, dans beaucoup de troubles du dĂ©veloppement de la sexualitĂ© fĂ©minine â ici ce qui est cachĂ©, câest bien tout le contraire, câest ce phallus, comme on lâappelle. Je ne peux pas vous refaire lâhistoire de cette femme, ce nâest pas notre objet aujourdâhui, mais la source de la satisfaction fondamentale supporte [que] ce qui apparemment fleurit dans cette libido heureuse, câest la satisfaction cachĂ©e de sa suprĂ©matie sur les personnages parentaux.
Câest le terme mĂȘme dont se sert Madame Joan RiviĂšre, et ceci est par elle considĂ©rĂ© comme Ă©tant Ă la source mĂȘme de ce qui se prĂ©sente avec un caractĂšre qui nâest pas tellement assurĂ© dans lâĂ©volution de la sexualitĂ© fĂ©minine, pour ne pas ĂȘtre remarquĂ© dans ce cas. La source du caractĂšre satisfaisant de lâorgane lui-mĂȘme est la preuve [du fait que] prĂ©cisĂ©ment, Ă partir de la dĂ©tection de ce ressort cachĂ© de la personnalitĂ© chez le sujet mĂȘme, si [câest] seulement dâune façon transitoire [que sâ] obtient cet effet de perturber profondĂ©ment ce qui avait Ă©tĂ© acquis ou prĂ©sentĂ© chez le sujet comme relation achevĂ©e, mĂ»re et heureuse, [ceci avait] entraĂźnĂ© mĂȘme pour un temps la disparition de cette heureuse issue de lâacte sexuel.
Ce devant quoi lĂ donc nous nous trouvons en prĂ©sence, souligne Madame Joan RiviĂšre, est ceci : câest que câest en fonction du besoin chez le sujet dâĂ©viter de la part des hommes la rĂ©torsion de cette subreptice soustraction Ă lâautre de la source et du symbole mĂȘme de sa puissance, que, Ă mesure quâavance lâanalyse, apparaĂźt de plus en plus Ă©videmment guidĂ©, et dominĂ©, et donnĂ©, le sens de la relation du sujet avec les personnes de lâun et lâautre sexe. Câest dans la mesure oĂč ceci doit ĂȘtre, pour en Ă©viter le chĂątiment, la rĂ©torsion de la part des hommes qui sont ici visĂ©s, que le sujet â dans une scansion trĂšs fine, mais qui apparaĂźt dâautant mieux que lâanalyse avance, qui Ă©tait dĂ©jĂ perceptible pourtant dans ces petits traits âanomaliquesâ de lâanalyse â Ă chaque fois en somme que le sujet a fait preuve de sa puissance phalliquement constituĂ©e, se prĂ©cipite dans une sĂ©rie de dĂ©marches, soit de sĂ©duction, soit mĂȘme de procĂ©dures sacrificielles : tout faire pour les autres, et justement en apparence adoptant lĂ les formes les plus Ă©levĂ©es du dĂ©vouement fĂ©minin, comme quelque chose qui consiste Ă dire : âMais voyez, je ne lâai pas ce phallus, je suis femme et pure femmeâ, Ă se masquer spĂ©cialement dans les dĂ©marches qui suivent auprĂšs des hommes immĂ©diatement, dans ces dĂ©marches professionnelles par exemple, dans lesquelles elle se montre Ă©minemment qualifiĂ©e, adoptant soudain par une sorte de dĂ©robade lâattitude de quelquâun dâexcessivement modeste, voire anxieux sur la qualitĂ© de ce quâil a fait, et en rĂ©alitĂ© jouant tout un jeu de coquetterie, comme sâexprime Madame Joan RiviĂšre, qui Ă ce moment-lĂ lui sert, non pas tant Ă rassurer quâĂ tromper, dans son esprit, ce qui pourrait souvent sâoffenser de ce quelque chose qui, chez elle, se prĂ©sente essentiellement et fondamentalement comme agression, comme besoin et jouissance de la suprĂ©matie comme telle, comme profondĂ©ment structurĂ© sur toute une histoire qui est celle de la rivalitĂ© avec la mĂšre dâabord, avec le pĂšre ensuite.
Bref, Ă propos dâun exemple comme celui-lĂ , aussi paradoxal quâil paraisse, nous voyons donc bien que ce dont il sâagit dans une analyse, dans la comprĂ©hension dâune structure subjective, câest toujours de quelque chose qui nous montre le sujet engagĂ© dans un procĂšs de reconnaissance comme tel, mais de reconnaissance de quoi?
Comprenons-le bien, puisque de ce besoin de reconnaissance le sujet est inconscient, câest bien pourquoi il nous faut quelque part situer cet Autre, nĂ©cessitĂ© par tout rapport de reconnaissance, le situer dans une altĂ©ritĂ© dâune qualitĂ© que nous nâavons pas connue jusquâĂ prĂ©sent, ni jusquâĂ Freud, celle qui en fait la pure et simple place de signifiant par quoi lâĂȘtre se divise dâavec sa propre existence, qui fait du sort du sujet humain quelque chose dâessentiellement liĂ© Ă son rapport avec ce signe, dâĂȘtre ce qui est fait de ce signe, dâĂȘtre lâobjet de toutes sortes de passions qui prĂ©sentifient dans ce procĂšs mĂȘme la mort, en ce que câest dans son lien Ă ce signe que le sujet est assez dĂ©tachĂ© de lui-mĂȘme pour pouvoir avoir ce rapport, semble-t-il unique dans la crĂ©ation de sa propre existence, qui est la derniĂšre forme de ce que dans lâanalyse nous appelons le masochisme, Ă savoir ce quelque chose par quoi le sujet apprĂ©hende la douleur dâexister, cette division oĂč le sujet se trouve constituĂ© dĂšs lâabord en tant quâexistence.
Pourquoi ? Parce que ailleurs son ĂȘtre a Ă se faire reprĂ©senter dans le signe, et le signe lui-mĂȘme est dans un tiers endroit. Câest lĂ ce qui, dĂšs le niveau de lâinconscient, structure le sujet dans cette dĂ©composition de lui-mĂȘme sans laquelle il nous est impossible de fonder dâaucune façon valable ce qui sâappelle lâinconscient.
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