Sur l'incomplétude de lAutre dans le graphe du désir
Sur l'incomplétude de l'Autre dans le séminaire du Désir et son interprétation de Jacques Lacan
Virginia Hasenbalg-Corabianu
S(
), le signifiant du manque dans lâAutre, est un mathĂšme que Lacan posera pour la premiĂšre fois en tant que tel dans le graphe du dĂ©sir (sĂ©minaire Formations de lâinconscient). LâannĂ©e suivante, dans le sĂ©minaire « Le dĂ©sir et son interprĂ©tation » il y revient. Un « parcours » y est dĂ©crit alors sur les conditions structurelles pour quâun sujet accĂšde et assume sâil le veut, sâil le peut, ce quâil en est de cette lâincomplĂ©tude de lâAutre, et accĂšde par lĂ Ă une position dĂ©sirante avec l'accĂšs Ă lâobjet par le biais du fantasme.
Ce bouclage n'est pas dĂ» Ă une derniĂšre symbolisation Ă lâorigine dâun ordre nouveau, ni Ă une maĂźtrise renouvelĂ©e non plus, mais plutĂŽt Ă apprĂ©hension symbolique de la relation spĂ©culaire concomitante Ă la mise en place dâune subjectivitĂ© qui porte la marque du refoulement.
L'enjeu est celui de l'apparition d'un sujet désirant, homme ou femme.
Comment Lacan prĂ©sente-il cette traversĂ©e qui conditionne lâinscription du S de A barrĂ©? Quâest-ce quâon peut lire dans ce sĂ©minaire qui puisse nous Ă©clairer sur la façon dont Lacan articule ce quâil en est de la barre sur l'Autre ? Quels sont les conditions, quâest-ce qui la dĂ©termine ?
Lacan procÚde avec plusieurs données simultanément. Comme dans une cure, il tresse plusieurs cordes.
C'est dans le graphe du désir qu'apparaßt pour la premiÚre fois dans son enseignement le S(
). On peut donc se demander comment lâarticule-t-il aux deux temps prĂ©alables de la construction du graphe, celui de lâAutre non-barrĂ© de la toute-puissance propre au lieu de lâAutre « RĂ©el » (la mĂšre comme lieu dĂ©tenteur du trĂ©sor des signifiants pris dans sa synchronie comme totalitĂ©) et celui du signifiant de lâAutre non barrĂ©, qui donnerait consistance Ă l'effroi du Che vuoi?, ou angoisse du sujet face Ă lâĂ©nigme du dĂ©sir de lâAutre.
Le tressage pourrait se rĂ©sumer ainsi: la confrontation au dĂ©sir de l'Autre est un prĂ©alable pour l'accĂšs au dĂ©sir. Ce que nous dit Lacan c'est que le sujet y fait lâexpĂ©rience de la Hilflösigkeit, de la dĂ©tresse, qu'il appelle douleur d'exister. Elle est posĂ©e comme concomitante au dit frayage. Un dernier bastion de l'ĂȘtre devient possible dans l'existence du sujet, celui de l'Ă©nonciation, et c'est justement lĂ qu'il se trouvera Ă©lidĂ©, divisĂ©, mais dĂ©sirant.
Il m'a semblé opportun d'interroger le texte sur l'apparition de la barre dans l'Autre.
Le point sur lequel Lacan insiste est celui de la douleur dâexister, et il prendra appui sur un cas de Freud pour l'expliciter.
AprĂšs avoir accompagnĂ© son pĂšre dans lâagonie jusquâĂ la mort, ce patient fait, Ă plusieurs reprises, un mĂȘme rĂȘve : il rĂȘve que son pĂšre Ă©tait vivant et une profonde douleur le saisit Ă chaque fois Ă lâidĂ©e qu'il Ă©tait mort. Or, le rĂ©cit du rĂȘve continue avec cette phrase Ă©nigmatique : il Ă©tait mort, mais il ne le savait pas.
Le rĂȘve proprement dit est une image, celle du pĂšre vivant. Cela produit chez le patient un "fantasme de rĂȘve", c'est ainsi que le nomme Lacan: mon pĂšre Ă©tait mort mais il ne le savait pas. C'est cette derniĂšre proposition qui permet la dĂ©charge de lâaffect : le patient ressent de la douleur, douleur qui prend une signification Ă©nigmatique. Si lâaffect-douleur ne se comprend pas c'est parce qu'il a subi un dĂ©placement, qu'il s'agira de dĂ©chiffrer.
Freud interprĂ©te ce rĂȘve au patient, en ajoutant une phrase: mon pĂšre Ă©tait mort mais il ne savait pas quâil Ă©tait mort selon mon vĆux, selon le vĆux du patient. En ajoutant « selon son vĆu » Freud introduit la signification oedipienne. Le pĂšre Ă©tait mort selon le vĆu du fils, et c'est ce que le pĂšre ne savait pas. La douleur serait ici celle qui est Ă Ă©pargner au pĂšre, qui serait peinĂ© dâapprendre quâil serait mort selon le voeu du fils.
Lacan, Ă son tour, va revenir sur la question de la douleur attribuĂ©e au pĂšre. Contrairement Ă Freud, il va lâattribuer au sujet de lâĂ©nonciation lui-mĂȘme, le rĂȘveur. La vrai douleur, si lâon peut dire, câest lâeffroi du rĂȘveur devant sa propre mort Ă lui, et câest en prenant appui sur un dernier triomphe imaginable dans sa rivalitĂ© au pĂšre, quâelle, la douleur, trouvera la voie pour sa dĂ©charge, tout en permettant au sujet de continuer Ă en mĂ©connaĂźtre lâenjeu.
On voir ainsi que la question de la rivalitĂ© au pĂšre, le complexe dâĆdipe classique, nâest pas le dernier mot de Lacan, tout en restant un passage obligĂ© pour lâaccĂšs au dĂ©sir. Mais ce nâest pas le dernier mot.
Comment déploie-t-il la suite?
LâĆdipe sâĂ©puise dans une derniĂšre rivalitĂ© au pĂšre : l'image du pĂšre lui sert dâappui fantasmatique pour affirmer un triomphe sur lui. Ce fantasme du rĂȘve permet au patient de continuer Ă se tenir Ă lâĂ©cart de la dĂ©tresse face Ă la mort, tout en lâĂ©prouvant. La douleur que le patient Ă©prouve est rendue possible grĂące Ă une image, celle du pĂšre dans le rĂȘve. Or, cette image est une reprĂ©sentation substitutive qui permet lâĂ©mergence dâun affect qui est un affect du sujet face Ă la mort, sa dĂ©tresse Ă lui face au maĂźtre absolu quâest la mort, au moment mĂȘme oĂč, avec la mort du pĂšre, il perd le dernier bastion que lâen protĂ©geait.
La notion de représentation substitutive est de Freud : l'affect peut trouver ainsi une voie pour sa décharge grùce elle. Elle permet au sujet de ressentir une douleur qui sans elle ne verrait pas le jour.
Il peut arriver quâune motion dâaffect ou sentiment soit perçue mais mĂ©connue. Son propre reprĂ©sentant ayant Ă©tĂ© refoulĂ©, elle a Ă©tĂ© contrainte de se rattacher Ă une autre reprĂ©sentation et elle est tenue par la conscience pour la manifestation de cette derniĂšre. Quand nous rĂ©tablissons la connexion exacte, nous appelons « inconsciente » la motion dâaffect originaire, bien que son affect nâait jamais Ă©tĂ© inconscient et que seule sa reprĂ©sentation ait succombĂ© au refoulement (Lâinconscient, S. Freud).
Si lâaffect part directement de lâinconscient, il a toujours un caractĂšre dâangoisse - angoisse contre laquelle tous les affects « refoulĂ©s » sont Ă©changĂ©s. Mais il arrive aussi, frĂ©quemment, que la motion pulsionnelle doive attendre jusquâĂ ce quâelle trouve une reprĂ©sentation substitutive (âŠ) Un affect ne se produit pas tant que nâa pas rĂ©ussi la percĂ©e qui lui donne une nouvelle façon dâĂȘtre reprĂ©sentĂ© dans le systĂšme Cs.
En situant le rĂȘve dans un contexte oedipien, Freud situe la douleur ressentie et donc nommĂ©e par le patient, comme Ă©tant celle du pĂšre, meurtri par le vĆu de mort de son fils.
L'image du pĂšre (qui ne sait qu'il est mort) dans le rĂȘve est donc un image qui se substitue au sujet.
Pour Lacan, il ne le savait pas (quâil Ă©tait mort), attribuĂ© au pĂšre par Freud, dĂ©signe le sujet de lâĂ©nonciation lui-mĂȘme, Ă la troisiĂšme personne, le rĂȘveur: il avoue sa propre douleur tout en la mĂ©connaissant, puisquâil la projette sur le pĂšre.
La troisiĂšme personne permet au sujet dâattribuer Ă lâautre une douleur qui est la sienne. Le sujet de lâĂ©noncĂ© câest le pĂšre : lui, il ne savait pas quâil Ă©tait mort. Le sujet de lâĂ©nonciation c'est le sujet.
LâaccĂšs Ă la vraie cause de la douleur dâexister, et son assomption, dĂ©pend du point oĂč le sujet se trouve dans son analyse, nous dit Lacan.
Lâimage du pĂšre dans le rĂȘve fonctionne ainsi comme objet du fantasme, et elle sert au sujet Ă continuer Ă ignorer ce quâil sait dĂ©jĂ Â : quâavec la mort du pĂšre disparaĂźt la derniĂšre protection qu'il constituait devant la mort.
Cette douleur dâexister, qui dans le cas de ce patient est voilĂ©e, refoulĂ©e, est dĂ©crite par Lacan comme le moment oĂč le sujet se reconnaĂźt exister sans quâil y ait du dĂ©sir pour lui donner sens. Câest sur le postulat logique dâune existence sans dĂ©sir que Lacan va jusquâĂ dire quâil y en a qui sont morts dĂ©jĂ sans le savoir. Ceux qui sâaccommodent bien dans lâombre dâune vie sans dĂ©sir âŠ
Autrement dit, se savoir vivant nĂ©cessite de sâinstituer comme dĂ©sirant: ce serait lâautre option que propose Lacan. Il sâagit dâaffronter ce qui se prĂ©sente comme lâĂ©nigme du dĂ©sir de lâAutre parce quâil est la source mĂȘme de mon propre dĂ©sir.
La seule issue Ă la dĂ©tresse face Ă la douleur dâexister, la Hilflosigkeit qui caractĂ©rise lâinstitution dâun sujet dĂ©sirant relĂšve, poursuit Lacan, dâune rectification de sa position dans la relation spĂ©culaire.
Il fait ici allusion au schĂ©ma optique et Ă la nĂ©cessitĂ© de la mise en jeu de lâIdĂ©al du Moi pour lâapprĂ©hension symbolique de lâimage de lâautre. Dans notre cas lâimage du pĂšre fonctionne comme en court circuit.
La mise en suspens du Che Vuoi ? et la dĂ©tresse qui lui est propre peut trouver ainsi un autre frayage dans la mise en place du fantasme. Câest lâacuitĂ© dâun instant rempli de dĂ©tresse oĂč le sujet se sait exister avant de dĂ©sirer, oĂč il se voit avoir tout perdu et subsister pour en tĂ©moigner. La religion imaginarise ce moment structurel avec Job et le Christ: celui qui dans lâAutre me rassure dans mon existence « mâa abandonné ». La religion fait de ce temps logique un vĂ©cu soutenu par quelquâun qui retrouve le temps dâaprĂšs la confirmation que cet Un dans l'Autre est bien lĂ malgrĂ© tout. Contrairement Ă la cure analytique.
Lacan situe alors la mort du pĂšre aimĂ© du patient comme une confrontation du sujet Ă sa propre mort. Lâissue nâest pas la croyance mais la nĂ©cessaire et suffisante prise en compte de ce qui nous dĂ©termine: un instant oĂč le sujet est aboli, confrontĂ© Ă l'existence, avant que le dĂ©sir puisse s'appuyer sur un objet apte au fantasme.
Autrement dit, il s'agit de l'abolition du sujet et sa rĂ©apparition divisĂ©, sous la forme de cette troisiĂšme personne, et en mĂȘme temps, le surgissement et l'appui trouvĂ© grĂące Ă l'objet.
Il n'est pas Ă©tonnant que Lacan commente Ă ce moment le texte de Freud, Un enfant est battu. L'expression on bat un enfant, du texte de Freud, montre bien comment le "je" comme sujet de la phrase est effacĂ© et remplacĂ© par le "on". Lâexpression « je suis battu par le pĂšre » est introuvable dans les propos du patient, elle ne peut qu'ĂȘtre dĂ©duite. Autrement dit, dans la cure, lorsque le sujet parle de lui en parlant de nâimporte quoi dâautre que lui. Et il ne fait que ça.
Revenons donc au départ:
Il y a au départ un grand Autre réel comme lieu du code dans le premier étage du graphe du désir à droite. Il représente le trésor des signifiants dans sa synchronie.
Lâenfant sâadresse Ă un sujet quâil sait parlant, quâil a vu parlant, qui lâa pĂ©nĂ©trĂ© de rapports depuis le dĂ©but de son Ă©veil Ă la lumiĂšre du jour.
Câest avec lui qui se constitue le premier message oĂč le sujet reçoit le premier seing de la relation Ă lâAutre. Il en rĂ©sulte en plus, au bout, la premiĂšre rĂ©alisation dâun IdĂ©al.
Lacan insiste sur le fait que cet Ă©tage nâest pas une Ă©tape Ă dĂ©passer, que, sâagissant de structure, on nâest pas dans un stade Ă dĂ©passer. Tout au contraire, puisque câest Ă ce premier Ă©tage que Lacan revient pour situer la deuxiĂšme topique freudienne, aprĂšs avoir construit lâensemble du graphe. Câest-Ă -dire quâil y a au dĂ©part une identification Ă cet Autre rĂ©el, qui se prĂ©sente Ă la perception de celui qui ne parle pas encore mais qui est en quelque sorte parlĂ© par lui, Autre rĂ©el perçu comme tout-puissant. La toute-puissance dĂ©coulant donc de la perception de la langue dans sa synchronie. Lâomnipotence dont il sâagit câest celle de lâAutre en tant quâil dispose de la somme des signifiants.
Mais ce n'est plus le cas dans la deuxiĂšme ligne, dont lâenjeu est que le sujet assume lâacte de parler.
La mise en place de cette deuxiÚme ligne est amenée par Lacan en deux temps:
- Le premier est un mise en suspens. Parler implique se confronter au Che vuoi? La question du désir est posée ici comme étant le désir de l'Autre. Lacan écrit: signifiant du grand Autre. Comme ça, pas barré.
- le deuxiÚme est une résolution: Le signifiant en question devient le signifiant de l'Autre barré.
C'est alors que Lacan nous dit que le discours du deuxiĂšme Ă©tage est le discours de lâAutre, et ce discours de lâAutre, câest le discours des parents, destinĂ© Ă devenir lâinconscient du sujet.
Le deuxiĂšme Ă©tage reprend les principes de code et de message. Il est maintenant question de lâacte de parler.
Ă ce niveau, le code est donnĂ© par quelque chose qui nâest pas le trĂšsor de tous les signifiants qui sont susceptibles de venir se prĂ©sentifier dans la demande primitive, mais c'est un code pulsionnel, le code pulsionnel d'un sujet, c'est-Ă -dire un certain rapport d'un sujet Ă la demande en tant qu'il est marquĂ©, lui, le sujet, par ses avatars. Ce sont les formes orales ou anales de lâarticulation signifiante effectivement produite.
Le message au niveau de la deuxiĂšme ligne, on le symbolise par un signifiant, un signifiant de lâAutre, puisque câest au niveau de lâAutre que la question est posĂ©e, dâun Autre manquant, ce qui est un Ă©lĂ©ment problĂ©matique.
Il apparaĂźt ici la notion dâincomplĂ©tude de lâAutre. Et elle vient aussitĂŽt associĂ©e Ă lâidĂ©e que le sujet ne sait pas : est-ce que le sujet sait ce quâil fait en parlant ? Il ne le sait pas, mais il y a un signifiant qui est affectĂ© Ă dĂ©signer les rapports du sujet au signifiant, le phallus. Il ne peut avoir la rĂ©ponse parce que la rĂ©ponse câest le rapport du sujet avec le signifiant. Et sâil lâarticule, dans toute la mesure oĂč il articule cette rĂ©ponse, le sujet sâanĂ©antit et disparaĂźt. Câest justement ce qui fait que la seule chose quâil puisse ressentir câest la castration.
LĂ oĂč le sujet se confronte au dĂ©sir de lâAutre, le phallus câest la rĂ©ponse. Mais si le sujet articule cette rĂ©ponse, il sâanĂ©antit. Et un ressenti apparaĂźt : la castration.
Il y a quelque part nĂ©cessairement, du fait que le signifiant se redouble, câest-Ă -dire, quâil est appelĂ© Ă la fonction de se signifier lui-mĂȘme (double boucle ou huit intĂ©rieur), la production dâun champ qui est dâexclusion, par quoi le sujet est rejetĂ© dans le champ extĂ©rieur.
Le phallus dans sa fonction radicale est seul signifiant, mais, quoi quâil puisse se signifier lui-mĂȘme, il est innommable comme tel. Sâil est dans lâordre du signifiant, car câest un signifiant et rien dâautre, il peut ĂȘtre posĂ© sans diffĂ©rer de lui-mĂȘme. Comment le concevoir intuitivement ? Disons quâil est le seul nom qui abolisse toutes les autres nominations.
Ă la question « Che vuoi? » la rĂ©ponse câest « le dĂ©sirant », la rĂ©ponse qui ne dĂ©signe pas le qui de « qui veut? », mais la rĂ©ponse de lâobjet. Ce que je veux dans le fantasme dĂ©termine lâobjet dâoĂč le dĂ©sirant quâil contient doit sâavouer comme dĂ©sirant.
LâĂ©lision du sujet avec le dĂ©sir de lâAutre, qui est son propre dĂ©sir, le convoque Ă la place de dĂ©sirant. Pas dâautre signe du sujet que son abolition : S barrĂ©.
Il y a dans le rapport du sujet au signifiant une impasse essentielle, puisquâil y a cette Ă©lision subjective dont parle Lacan. Mais cette impasse sâavĂšre ĂȘtre une impasse fĂ©conde puisquâelle sâouvre sur lâengagement du dĂ©sir.
Sous lâeffet du signifiant phallique, le dĂ©sir de lâAutre ne peut que le renvoyer Ă son propre dĂ©sir. En tant que dĂ©sirant il trouvera dans lâobjet du dĂ©sir une image, un imaginaire traitĂ© symboliquement avec quoi voiler le trou. La Hilfsoligkeit ou dĂ©tresse, dans la confrontation avec le dĂ©sir de lâAutre ne peut frayer une issue qu'Ă partir de la castration, qui veut dire dĂ©tachement et perte de lâobjet partiel qui Ă©tait lâenjeu de la demande de la mĂšre.
Si cet objet partiel demeure retenu, câest parce quâil rĂ©pond Ă la question de lâĂȘtre du sujet : il le refuse Ă lâAutre. Il y a confusion entre demande anale et castration. Comme la cassette de lâavare.
La mĂ©taphore anale dĂ©signe le choix pour le sujet : ou bien il retient lâobjet, et dans ce cas, son ĂȘtre mĂȘme sera rabaissĂ© Ă lâobjet anal, ou bien, il le lĂąche pour lâAutre, ce qui lui vaudra un retour assurĂ© sous les espĂšces de lâobjet a, objet du dĂ©sir.
Câest lâobjet qui rĂ©pondra alors Ă la question de son ĂȘtre, mais dans lâimaginaire symbolisĂ© du fantasme, par la cession de ce quâil signifiait narcissiquement, lui le sujet, pour lâAutre maternel.
De cet enjeu ne restent que les signifiants inscrits dans lâinconscient.
En tout cas, lâobjet du dĂ©sir ne se constitue pas Ă partir de cet Autre Ă contenter, mais de la partie de son « ĂȘtre » Ă laquelle le sujet a renoncĂ© pour se mettre en accord avec la loi.
Il importe quâil sâinscrive ici une perte rĂ©elle, nĂ©cessaire pour que, Ă©lidĂ©, il ait accĂšs Ă la norme mĂąle.
Dans Subversion du sujet et dialectique du dĂ©sir , Lacan reprend le graphe et le commentaire du rĂȘve du pĂšre mort, et en particulier cette notion dâĂ©lision subjective en rapport avec le refoulement et lâinconscient.
Il y dit : LĂ oĂč câĂ©tait⊠(en faisant allusion au Wo es war) usons de la faveur quâil nous offre dâun imparfait distinct. LĂ oĂč câĂ©tait Ă lâinstant mĂȘme, lĂ oĂč câĂ©tait pour un peu, entre cette extinction qui luit encore et lâĂ©closion qui achoppe, Je peux venir Ă lâĂȘtre, de disparaĂźtre de mon dit.
Ănonciation qui se dĂ©nonce, Ă©noncĂ© qui se renonce, ignorance qui se dissipe, occasion qui se perd⊠Quâest-ce qui reste ici sinon la trace de ce quâil faut bien qui soit pour choir de lâĂȘtre ?
Si le phallus comme signifiant a une place, câest celle trĂšs prĂ©cisĂ©ment de supplĂ©er au point, Ă ce niveau prĂ©cis oĂč dans lâAutre disparaĂźt la signifiance : lâAutre est constituĂ© par ceci quâil y a quelque part un signifiant manquant. DâoĂč la valeur privilĂ©giĂ©e de ce signifiant quâon peut Ă©crire sans doute, mais quâon ne peut Ă©crire quâentre parenthĂšses, en disant bien justement ceci : câest quâil est le signifiant du point oĂč le signifiant manque S(
)
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